La distance thérapeutique

Dans leurs colloques, beaucoup d’éducateurs insistent excessivement sur la nécessité de mettre de la distance entre le "patient" et l’éducateur. Cette recommandation anodine suscite beaucoup de souffrances gratuites. (…) Il suffisait qu’une stagiaire de mon âge se liât d’amitié avec moi, et les éducateurs lui conseillaient presque aussitôt d’y mettre un frein. La retenue rendait ainsi nos relations très superficielles, très "cliniques". Finalement, cette distance constituait un obstacle radical à l’éducation. (…) Toujours est-il que cette distance nous éloignait des éducateurs. Comment confier ce qui touche, ce qui est intime, à une personne qui affiche une telle distance? Avec ce genre d’éducateurs, nous n’abordions jamais les vrais problèmes. Ces personnes représentaient à mes yeux des techniciens, des spécialistes, alors que j’avais expressément besoin d’une écoute amicale, d’une proximité bienfaisante qui stimulât une recherche commune des solutions.

Cette distance a finalement creusé, entre éducateurs et pensionnaires, un gouffre infranchissable. La distance, il est vrai, peut aider le soignant à conserver sa sphère privée, à ne pas se laisser miner par les problèmes du patient. Mais si une distance raisonnable s’acquiert grâce à l’expérience, elle ne peut ni ne doit s’imposer de façon abrupte et froide. Tout cela vient d’un équilibre délicat.

"Eloge de la faiblesse", Alexandre Jollien, Marabout

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7 Commentaires »

  1. behemothe Said:

    ouh là, là alors là je dis casse cou. La distance thérapeutique est nécessaire. Elle ne peut pas s’envisager dans le cadre d’un hôpital ou d’une clinique. C’est une règle que s’est imposée, pas qui a été imposée. Si on supprime la distance thérapeutique on va alors tomber dans plein de piège tel que chantage aux sentiments pour obtenir ce que l’on veut et bien d’autres choses.

  2. Lana Said:

    Il ne dit pas le contraire, juste que trop de distance peut nuire. Un infirmier que je lisais sur un forum disait qu’il préfèrait parler de proximité thérapeutique, parce que pour soigner quelqu’un, il faut s’en approcher, ce qui ne veut pas dire que c’est la même relation qu’avec un proche, et qu’en parlant de distance thérapeutique, on n’entendait plus que le mot distance. Tu avoueras qu’il y a plein de psys qui sous couvert de cette fameuse distance sont juste froids comme des portes de prison.

  3. Lana Said:

    Je précise que Jollien a passé 17 ans en instiution, et plus loin dans le livre, il parle des éducateurs qui lui ont fait du bien. Je mettrai l’extrait demain.

  4. Lana Said:

    Autre précision: il était enfant et adolescent pendant ces 17 ans, et quand on est handicapé lourdement et sans parents, je crois qu’on a besoin de plus de proximité que de distance. Je le pense aussi pour les adultes malades d’ailleurs, chacun peut rester dans son rôle en étant proche de l’autre.

  5. boudaille Said:

    etre en adequation avec ce que l’on est permet d’obtenir une bonne distance thérapeutique.Cela nous evite d’etre froid mais avec assez d’empathie.ça nous evite la peur de l’autre

  6. Lana Said:

    Ca me semble un bon conseil!

  7. Tellier Said:

    vive l’approche de réhabilitation psychosociale !


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