Comment se faire soigner quand on est psychotique

Après les ennuis qu’on peut s’attirer en psychiatrie pour des prétextes futiles, vous vous dites sans doute qu’il est facile d’y entrer mais difficile d’en sortir.
Pas forcément!
Si vous êtes psychotique et que vous voulez vous faire soigner, bien des embûches se dresseront sur votre chemin.

En effet, un vrai psychotique ne se rend absolument pas compte de sa maladie et ne demande jamais à se faire soigner!
C’est ce que pensent encore certains psychiatres.
Alors qu’on peut très bien être psychotique et demander de l’aide, parce qu’on souffre horriblement et qu’on veut s’en sortir, oui, ça arrive!

Que faire dans un cas comme celui-là?
Ca vous paraît simple, j’imagine: prendre rendez-vous avec un psychiatre.

Mais non, c’est loin d’être aussi simple.

En effet, vous pouvez vous présenter à Sainte-Anne en pleine bouffée délirante et être renvoyée chez vous sans autre forme de procès.

Vous pouvez aller chez votre généraliste, en Espagne, qui vous donne des anxiolytiques en attendant le rendez-vous avec un psychiatre. Ce rendez-vous peut être reporté pour des prétextes ridicules. Par exemple: vous revenez au centre de santé pour qu’on vous donne la date de rendez-vous avec le psychiatre, deux semaines après avoir vu votre généraliste. Et on vous dit qu’on n’a pas pu prendre de rendez-vous car vous n’aviez pas donné votre deuxième nom de famille. Vous expliquez à la dame que vous n’avez qu’un nom de famille car vous n’êtes pas espagnole même si vous résidez dans le pays. Eh bien, ce n’est pas une raison valable. Vous n’aurez votre rendez-vous que lorsque vous aurez donné un deuxième nom de famille. Vous pouvez inventer celui que vous voulez, ou donner celui de votre mère, ce que j’ai fait, après tout si c’est la condition pour avoir droit à des soins, autant faire plaisir à l’administration.

Après ces péripéties épuisantes quand vous êtes dans un état de santé extrêmement dégradé, vous voilà enfin chez la psychiatre. Ca y est, on va vous aider!
Mais non! Ce n’est pas si simple! Un vrai psychotique ne demande pas de l’aide, donc tous les symptômes psychotiques que vous énoncerez seront forcément inventés. Vous aurez droit à des antidépresseurs. Pas d’amélioration après quelques semaines? On va les augmenter!

Vous pouvez aller dans un centre de guidance demander à voir un psychiatre. Là, on commencera par vous répondre vertement qu’il y a aussi de très bons psychologues, alors qu’après deux ans de souffrance vous vous êtes enfin décidé à accepter éventuellement des médicaments.

Vous pouvez aller aux urgences, poussée par votre psychologue, et là on va vous dire, quand vous expliquerez sommairement votre parcours en psychiatrie et votre diagnostic que « psychotique, c’est un bien grand mot! »

D’autres pscyhiatres vous trouveront un peu plus sensible que la moyenne, vous diront d’attendre que ça passe.

Evidemment ça ne passe pas et ça s’aggrave.

Alors, comment être soigné rapidement quand on n’en peut plus, quand on a pris son courage à deux mains pour aller demander de l’aide à des inconnus, qu’on se dit que c’est ça ou mourir?

En réalité, c’est très simple.
Ecoutez ces conseils, ça vous évitera bien des démarches fastidieuses et des semaines de souffrances.

Premier bon plan: une tentative de suicide. Là, c’est radical, vous serez pris au sérieux.

Second bon plan: vous taper la tête contre les murs. J’ai testé cette méthode en Espagne, n’en pouvant plus de ne pas être crue, d’être renvoyée de la psychiatre à la psychologue en passant par le généraliste, sous AD qui ne m’aidaient pas et sous Temesta qui me rendait dépressive. J’ai craqué, j’ai crié, j’ai pleuré en me tapant la tête contre les murs devant les bureaux des psychiatres. Ca manque de dignité, je vous l’accorde, mais ça été très efficace: j’avais des neuroleptiques dans l’heure et un psychiatre qui me suivrait pour mes problèmes psychotiques.

Troisième bon plan: commencer à parler au psy en disant « J’entends des voix ». Surtout pas « je ne sais pas ce qu’il m’arrive, je ne sais pas me concentrer, je pleure, etc… » Non, allez-y directement dans le sensationnel.

Quatrième bon plan: ne surtout pas avoir de recul sur vos symptômes. Par exemple, vous êtes sans cesse persuadée que tout le monde vous déteste et puis vous finissez par vous rendre compte que c’est faux. Voilà que ça recommence, et bien sûr vous êtes déchirée entre la certitude que c’est vrai et le doute, car qui vous dit que comme les autres fois vous n’allez pas vous rendre compte dans quelques semaines que c’était faux? Et ce doute est horrible, pire que la certitude d’être détesté, car vous ne savez plus si vous pouvez vous fier à vous-même.
N’allez surtout pas raconter tout ça. Un bref résumé fera bien plus d’effet: « Tout le monde me déteste tout le temps. Les autres fois ce n’était pas vrai, mais cette fois, je suis sûre que ça l’est ».

Conclusion: que vous vouliez sortir de l’HP ou demander de l’aide, la solution la plus efficace est de vous comporter comme les soignants pensent que se comportent les psychotiques.

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14 commentaires »

  1. olivier Said:

    salut… puis le dire ?.. je suis psychotique, je trouve vos conseils tres étonnants mais aussi très vrais, et ce malheureusement… Je visistais votre site pour trouver d’autres méthodes pour me soigner, et je m’aperçois que quelqu’un pense comme moi, on se sent moin seul, merci… Mais je persiste à croire qu’il s’agit la d’un malheureusement… Bon tout. Olivier.

  2. Lana Said:

    L’article est humoristique, donc le trait est un peu forcé, mais ça reste néanmoins vrai et pas rare.

  3. Anonyme Said:

    je ne sais pas si c’est humoristique, je l’ai lu, cet article, sans recul et j’ai cru y discerner quelquechose de tragique… j’ai repris contact aujourd’hui avec mon psy parce que je fais une rechute ces temps ci…Je sais que pour obtenir mes médicaments je n’ai pas galéré comme l’auteure…que j’ai eu beaucoup de chance et je m’en suis rendu compte seulement en lisant ce texte… je m’ouvre aujourd’hui seulement à d’autres horizons, après plus de dix ans de maladie, à la rue, sans soins et sans présences bienveillantes, c’est pour çà aussi sans doute que j’ai regardé ce texte comme un texte sérieux, un témoignage comme ceux des adultes que je regardais, petit garçon…
    Sans habiudes avec l’échange de paroles entre usagers, sans recul quoi… Il me reste pas mal de choses à apprendre… merci. Olivier.

  4. olivier Said:

    comment je peux faire pour vous envoyer un poème ? Il faut que je m’inscrive quelquepart ? La poésie çà a été mon ultime espoir pendant mes années sombres.. j’aimerais vous offrir un texte…

  5. Lana Said:

    Tu peux me l’envoyer sur mon mail: schizo.sosblog@yahoo.fr

  6. sokoloff Said:

    bonjour, je trouve ce texte extrêmement bien façonné car dans cet humour cinglant il ne ressort que de la tristesse ! actuellement ma soeur est psychotique. Elle est allée 1 mois et 1 semaine dans un hôpital psychiatrique ! Moi je ne suis que témoin, mais après avoir lu pas mal de blogue et de témoignage, on peut faire quelque rapprochement, déjà, l’incompréhension pour vous dire on a mis plus d’un ans à comprendre qu’elle était malade … Elle a pourtant vus des tas de psychologues, psy etc … en lisant ce témoignage et bien je me rend compte que l’incompréhension du mal être est vraiment quelque chose d’horrible. Elle nous a pourtant envoyé pleins de signaux comme la scarification, la drogue etc … mais il a fallu qu’elle parle de suicide pour qu’elle puisse aller en HP. Moi c’est qui me rend furieux c’est les diffèrent verdicts des psychologue, on passait du coq a l’âne en fonction des psy, tantôt c’était rien un petit mal-être, tantôt c’était juste un mauvais passage et on prescrivait des médicaments qui ne servait à rien… En tout cas je comprend l’auteur du texte et je suis perdu quant à la psychose. Merci nicolas

  7. Lana Said:

    Et aller en HP n’est malheureusement pas souvent une solution tant la maltraitance est y fréquente.
    Vous n’êtes pas le seul à être perdu face à la psychose, le plupart des gens le sont, et beaucoup de soignants aussi, ce qui expliquent leur impuissance face aux personnes malades, pour ne pas dire leur mauvais traitements.
    Soyez là pour votre soeur, soyez là même si elle s’est éloignée de vous, aimez-la, écoutez-là et respectez-la. Ne le traitez jamais comme une débile (ce que font trop de familles) mais comme la personne et la soeur qu’elle est et a toujours été. Je pense que c’est le meilleur qu’on puisse faire pour une personne qu’on aime et qui souffre.

  8. leite Said:

    Mon ex me battait et je pense qu il est psychotique .il s est rendu en psy mais ne veux me dire la verite .
    Il a un comportement manipulateur a la
    fois gentil et mechant .quand il n obtiens pas ce qu il veut il est extremement mechant dans ses mots et geste ensuite il pleure
    Comment expliquer tt ca
    Si vous avez des reponse afin de m eclairer ??
    Merci a tous

  9. Lana Said:

    Ce comportement n’a pas grand-chose à voir avec la psychose. C’est assez typique des hommes violents. Il est manipulateur et veut garder son emprise sur vous. La meilleure chose à faire dans ces cas-là, c’est fuir, la plupart du temps ces gens ne changent pas et ne le veulent d’ailleurs pas. Ce livre explique bien le problème:
    http://www.pocket.fr/site/femmes_sous_emprise_&100&9782266157582.html

  10. gecka Said:

    Lana, mon (ex?) conjoint a démarré sa « crise » par une énorme angoisse, qu’il n’arrivait d’ailleurs pas à me décrire. Il m’a juste téléphonée de son travail pour me dire qu’il se sentait extrêmement mal, au bord des larmes, il m’a demandé de lui trouver de l’aide. J’ai appelé des psychiatres (jamais dispos), pour finir par trouver une permanence psy. Il s’y est rendu, après avoir finalement fait une crise de rage contre moi et les enfants…
    Leur « diagnostic » a été : problème de couple.
    Quand il est entré à l’hopital, il était mal, perdu, angoissé, enragé, mais il avait encore une certaine confiance en moi. Il est sorti quelques heures plus tard, sans aucun traitement, et plus aucune confiance en moi… forcément, j’étais la cause de tout ! Je leur en veux, énormément. Car à ce moment-là, il arrivait encore à voir qu’il lui fallait de l’aide.

  11. Lana Said:

    Et qu’est-ce qu’il s’est passé depuis? Si on lui a dit que le problème c’était votre couple, vous a-t-on proposé de voir un thérapeute conjugal (ou au moins tu aurais pu donner ton point de vue)? Je soupçonne que la réponse est non, mais tous ces diagnostics à l’emporte-pièce sans rien derrière m’énervent toujours autant.

  12. Anonyme Said:

    Il existe des analystes qui soignent la psychose : la psychanalyse est un moyen efficace !

  13. Anonyme Said:

    mais pas n’importe lequel : renseignez vous sur les psychanalystes qui traitent (efficacement) les psychoses !

  14. Alain Said:

    Comment faire pour se renseigner quand on ne fait pas partie du milieu ?

    Pouvez-vous en dire plus ici ?


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