« De toute façon, ils ne ressentent rien », deuxième partie

Hier j’ai parlé de tous les sentiments effrayants et douloureux qu’on ressentait en crise psychotique.
Je voudrais aujourd’hui parler des sentiments positifs partagés avec les soignants. Des petits gestes qui nous font du bien.

Puisque certains pensent qu’on peut nous maltraiter sans crainte puisqu’on ne ressent rien, je suppose qu’ils n’imaginent pas non plus qu’ils peuvent nous faire du bien.
C’est le témoignage d’Infirmière qui a caressé le front de son patient qui m’a rappelé l’état dans lequel j’étais quand j’étais malade.
Perdue dans la maladie, le souffrance, je rêvais que quelqu’un me parle, m’écoute, me comprenne, s’occupe de moi. J’avais peur des autres et en même temps j’espérais tout d’eux. Je rêvais d’une main tendue sans laquelle il me semblait impossible de remonter à la surface. J’avais une soif inextinguible d’attention, de douceur, un besoin douloureux que quelqu’un voit ma souffrance et la soigne.
Au point que regarder des séries médicales me déprimait, car j’enviais ces patients que l’on soignait et je me sentais horriblement seule et abandonnée.
Si les soignants qui m’ont rejetée ou mal comprise m’ont fait tant de mal, c’est parce que je plaçais tout mes espoirs en eux et qu’il m’était insupportable de demander de l’aide sans en recevoir.
Je pense que certains soignants m’ont oubliée depuis longtemps mais moi je ne les oublierai jamais.
Adela, qui était infirmière et que j’ai dû voir en tout et pour tout une demi-heure, mais qui m’a pris la main. Ce contact m’a d’abord crispée, et puis m’a bouleversée, c’était cette main tendue que j’attendais.
Une autre infirmière, dont je ne connais pas le nom, qui m’a tapoté gentiment les pieds pour me réveiller en entrant dans la chambre et en me demandant si j’étais nouvelle, en souriant et avec douceur.
Lucia, ma psychiatre, pour son sourire et son « Hola » la dernière fois que je l’ai vue, et alors qu’elle n’était plus ma psychiatre. Elle a fait pas mal d’erreurs avec moi, pensait même que je mentais, mais a finit par être convaincue par son collègue, je crois, et son sourire a tout effacé.
Ma psychiatre, bien sûr, qui m’a rendue à la vie, qui a toujours respecté mes choix, même quand il s’agissait d’interrompre mon traitement, qui m’a respectée, écoutée, a toujours été franche, jusqu’à faire part de ses doutes sans craindre de déchoir de sa position.
Elle qui m’a dit un jour « Ca va vous paraître bête, mais je suis fière de vous ». On ne me l’avait jamais dit.
Il y a d’autres petits gestes de ce genre, mais ceux-là je ne les oublierai jamais. Ce sont eux qui ont mis du baume sur mes blessures, qui m’ont poussée à aller de l’avant, bien plus que n’importe quel psy muet et/ou se contentant de rédiger une ordonnance, voire de juger.
Ces petits gestes qui sans doute ne sont pas grand-chose pour quelqu’un en bonne santé, sont énormes pour nous.
Infirmière (et ceux qui me lisent) , je voulais vous dire que même si vous avez été mal notée, qu’on vous a fait toutes sortes de reproches infondés, pensez que si cette équipe vous a sans doute oubliée, ce patient se souviendra peut-être de vous toute sa vie, parce que votre geste à été celui d’une humanité dont on a un besoin vital quand on est malade.
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