En 1970… ou en 2010

Les citations sont tirées de « Soigner à tout casser », qui raconte des expériences vécues en 1971.
Mais les choses ont-elles vraiment changées?

« Les psychiatres et les infirmières ne reconnaissaient jamais ouvertement qu’ils nous privaient de liberté, et maintenant encore je suis sûre que notre liberté n’avait aucune importance à leurs yeux. »

Dans le reportage sur Sainte-Anne, le psychiatre ne dit-il pas que ce n’est pas un problème s’il n’y a personne dans l’immédiat pour signer l’HDT, qu’il se fiche de la loi et qu’il n’a aucun remords d’avoir enfermé des gens cinq ou six jours de trop?
Ne fait-on pas signer des HDT alors que les patients sont d’accord de se faire hospitaliser, ou alors qu’on ne leur a même pas posé la question, parce qu’ainsi ils auront moins de droits et ne pourront pas sortir d’eux-mêmes?
Mon psychiatre ne m’a-t-il pas refusé de rentrer chez moi pour prendre des affaires et prévenir mes colocataires de mon absence, alors que nous n’avions pas de téléphone et que j’étais en HL? Ne m’a-t-il pas dit que c’était « juste pour la nuit », alors que l’infirmière a dit que c’était pour quelques jours? Pour combien de temps, réellement, visiblement ça ne me regardait pas.

« Quand j’ai réalisé que je souffrais d’amnésie et que je m’en suis plainte, les psychiatres et les infirmières m’ont regardée comme s’il s’agissait d’une idée folle ayant germé dans mon cerveau dérangé. Je n’ai compris qu’il s’agissait des effets secondaires des électrochocs que plusieurs mois après ma sortie. »

Dans le reportage sur Sainte-Anne, on demande à un patient de signer un formulaire de consentement pour des électrochocs, en ne prononçant jamais que le mot « séance ».
Une fois les électrochocs fait, on lui précise alors que cet « examen » a des effets secondaires, plus précisément des trous de mémoires, réversibles, et que ça va passer.
Quel est la valeur d’un formulaire de consentement si on n’explique les effets secondaires qu’après le traitement, et en oubliant de préciser qu’il peut y avoir aussi des amnésies irréversibles?

« La prise de poids, trente kilos en trois mois, effrayante pour une adolescente et peu propice à l’image de soi, était complètement banalisée, comme si effectivement j’étais déjà un tel déchet que le souci de mon image était superflu. »

Si heureusement nous ne devons plus subir de comas à l’insuline, le problème de prise de poids est toujours là, effet secondaire fréquent des neuroleptiques.
Combien d’entre nous se sont entendus dire que pas du tout, les neuroleptiques ne font pas grossir, c’est un pur hasard, ou alors, face à nos questions on nous répondait vaguement que ça n’avait pas d’importance, au mieux que c’était quand même beaucoup mieux d’être gros que malade.
Mon psychiatre ne m’a-t-il pas dit plusieurs fois que le Risperdal ne faisait pas grossir du tout, qu’est-ce que j’allais chercher, mais que vraiment si je voulais un neuroleptique qui faisait moins grossir je pouvais prendre du Zyprexa. Au cas où passent par ici des gens qui ne connaissent pas les neuroleptiques, je précise que le Zyprexa est un des neuroleptiques qui entraînent le plus de prise de poids, voire un diabète, et que certains psychiatres préfèrent ne plus le prescrire à cause de ça.
Quant à savoir si mon psychiatre me prenait pour la dernière des idotes ou si c’était lui l’ignorant, je n’en sais rien, mais dans les deux cas, c’est assez grave. Le résulat, devant cette absence de dialogue, a évidemment été un arrêt du traitement de ma part.

Il y a quarante ans comme aujourd’hui, certains considèrent qu’on peut allégrement bafouer nos droits, ne nous donner aucune information (la seule que j’ai eue quand on m’a tendu une boîte de Risperdal a été « tu prendras ça tous les jours »), mentir sur les effets secondaires.
Nous n’avons pas besoin de savoir combien de temps nous serons enfermés ni d’avoir des effets personnels, puisque nous ne sommes que des malades mentaux, que nous n’avons besoin de rien qui ne soit fourni par l’hôpital et que notre vie à l’extérieur n’a aucun intérêt. Pour l’anecdote, ce sont mes lentilles qui m’ont permis de rentrer chez moi. Voilà un bon argument, j’avais besoin de mon produit, ça tenait plus la route que de prévenir des gens qui se seraient forcément demandé avec angoisse où j’étais passée, vu mon état suicidaire, ou que de prendre avec moi quelques affaires, des livres, ou ne fut-ce que des culottes de rechange.

Comme si on était stupide au point de ne pas savoir que la déclaration des droits de l’homme est aussi faite pour nous, comme si on ne pouvait pas comprendre des informations simples et y consentir ou non en toute connaissance de cause, et gérer avec un psychiatre des doses de médicaments et des effets secondaires, ni accepter une hospitalisation si elle se fait dans de bonnes conditions.

L’effet de tout cela est bien évidemment complètement contre-productif, la seule issue étant la fuite, les faux-semblants ou la perte de dignité.
Ceux qui vont mieux sont ceux qu’on traite en adulte, qui peuvent devenir acteur de leur traitement, en parler en toute franchise avec leur psychiatre, évaluer les effets positifs et négatifs de toute situation.

J’ai l’impression de n’énoncer que des évidences, mais malheureusement, trop souvent, ce n’en sont pas, car on infantilise  souvent les patients, aussi intelligents et diplômés puissent-ils être.

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