« Hôpitaux psychiatriques: les abandonnés », j+1

J’ai regardé cette émission hier, et j’ai pleuré tout le long du reportage et du débat, aussi terribles l’un que l’autre.

Certains s’insurgent, non contre ce qui a été vu, mais contre le reportage, ce serait un hasard, quelque chose qui n’est absolument pas représentatif de la psychiatrie.
J’aimerais qu’ils aient raison.

Mais ce soir je suis triste, parce qu’ils ont tort.
Bien sûr, tout n’est pas si noir, mais ce qui a été vu dans ce reportage n’a pas lieu uniquement dans cet hôpital.  Le reportage sur Sainte-Anne montrait la même chose.

Alors, oui, j’aimerais tellement qu’ils aient raison.

J’aimerais que nulle part on ne mette les gens en pyjama,

j’aimerais qu’on ait pas donné des anxiolytiques à mon ami parce qu’il se grattait la tête, alors qu’il avait des poux,

j’aimerais qu’on n’ait pas engueulé mon amie qui avait perdu connaissance sous prétexte que c’était une comédienne, alors qu’elle avait 8 de tension suite à sa première prise de neuroleptiques,

j’aimerais que les ambulanciers de Sainte-Anne n’aient pas laissés seul mon ami en HDT devant la porte de Robert Ballanger en lui demandant d’attendre qu’on vienne le chercher. Il est parti, et une fois retrouvé, il a passé trois semaines en isolement, oui, ça aussi j’aimerais que ça n’ait pas eu lieu,

j’aimerais qu’on n’ait pas attachée mon amie parce qu’elle voulait une cigarette,

j’aimerais ne pas lire sur un forum le commentaire d’un infirmier qui trouve que le journaliste infiltré se fait manipuler par les patients, pourquoi, peut-être parce qu’il les écoute et leur parle,

j’aimerais qu’on ne considère pas comme de la manipulation et de l’agitation le fait de vouloir regarder la télé ou fumer,

j’aimerais ne pas avoir eu un psychiatre qui a fait de la prison pour abus sexuels sur patientes et exercice illégal de la médecine,

j’aimerais que mon ami, une fois sorti de ses trois semaines d’isolement, ait eu un autre suivi qu’une consultation de dix minutes par mois, avec un psychiatre qui le décourageait de faire ce qu’il aimait pour le pousser à porter des bagages à Roissy,

j’aimerais ne pas avoir croisé de psychiatres froids, distants, muets,

j’aimerais ne pas avoir eu à me taper la tête contre les murs devant le bureau des psychiatres pour qu’on me soigne enfin,

j’aimerais qu’à Sainte-Anne il n’aient pas laissé partir mon amie qui demandait de l’aide, en pleine bouffée délirante, parce qu’ils ne peuvent concevoir qu’un psychotique puisse lui-même demander des soins,

j’aimerais ne pas avoir été jugée et rejetée par un psychiatre en pleine dépression mélancolique,

j’aimerais qu’on n’ait pas mis un homme en chambre d’isolement une nuit entière pour une insulte dite des heures auparavant,

j’aimerais qu’on ne serve pas du coq au vin à des alcooliques dans un service de psychiatrie,

j’aurais aimé qu’on m’écoute, à l’hôpital, quand je parlais sincèrement et non seulement quand je disais ce qu’ils voulaient entendre,

j’aimerais… j’aimerais beaucoup de choses, mais tout cela existe, toute personne connaissant la psychiatrie peut vous en dresser des listes bien plus longues, mais c’est vrai, nous sommes fous, alors peut-être mentons-nous, comme les journalistes.

J’aimerais au moins qu’on arrête l’hypocrise, j’aimerais qu’on reconnaisse les dysfonctionnements de la psychiatrie pour se concentrer sur ses bienfaits.
J’aimerais qu’on reconnaisse le mal qu’on peut nous faire, que nous sommes sensibles et dignes d’attention.

J’aimerais vraiment ne pas me sentir abandonnée devant ce désastre. Moi qui ne crois pas en Dieu, j’aimerais arrêter de répéter « Sainte-Anne, priez pour nous » parce que je ne sais plus vers qui me tourner, parce que je ne supporte plus les discours qui banalisent ces horreurs.

Peut-être que si je ne pensais qu’à moi, je me dirais que j’ai eu la force de ne pas rentrer dans ce système, et la chance  de ne pas y être contrainte, que je n’y ai pas perdu ma vie, que mes mauvaises expériences sont effacées par le bonheur d’avoir rencontré ma psychiatre. Je pourrais me dire cela et dormir tranquille.
Mais je pleure et fait des cauchemars, car ces hommes ce sont mes semblables, et psychotiques ou pas, personne ne mérite d’être traité comme cela.
Et ces hommes, qui connaissent l’extrême de l’humanité, sont aussi vos semblables.

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