« Un schizophrène est, avant toute autre considération, une personne malade. »

Phrase prononcée par Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Antony.

Et moi qui dis depuis des années aux psys qui ne veulent pas donner de diagnostics qu’ils peuvent me le donner, parce que je ne m’y identifierai pas, parce que je ne suis pas d’abord une maladie, que je peux entendre un diagnostic parce qu’il ne résume pas mon identité.
Après les progrès de la psychiatrie au XXème siècle, après la réinsertion des malades dans la cité, après les grands penseurs qui se sont attachés à comprendre l’humain derrière le « fou », aujourd’hui, au XXIème siècle, nous devons supporter d’entendre ça? Nous devons supporter de nous voir réduit à une maladie, de nous voir réduits à tous les préjugés qui y sont liés?
Eh bien non, Monsieur Sarkozy, un schizophrène n’est pas avant tout une personne malade. Un schizophrène est avant tout une personne, tout court.
Non, je ne suis pas d’abord une schizophrène. Je suis d’abord un être humain, je suis d’abord une femme, une fille, une soeur, une amie, une collègue, je suis d’abord quelqu’un qui aime les livres, je suis d’abord une romaniste, une libraire, une Belge, une Wallonne, une Européenne. Je suis d’abord quelqu’un qui vit avec la schizophrènie, qui n’est pas cette maladie mais qui se bat contre cette maladie depuis treize ans, je suis d’abord quelqu’un qui a gagné beaucoup de victoires contre cette maladie, et la plus grande est celle de n’est pas vue par mon entourage comme une schizophrène mais comme étant moi-même, comme faisant partie du monde.
Nous avons quelque chose que vous ignorez, nous avons la force que cette maladie nous a donné, la force que nous avons acquise à force de nous battre, la force d’être resté en vie, la force d’arriver à aimer cette vie, la force d’avoir vaincu les pires souffrances, la force d’avoir supporté entendre les pires conneries sur cette maladie, et ça vous ne nous l’enlèverez pas. Face à vos discours, nous avons notre force de vie, celle que connaissent les gens qui ont frôlé la mort, qui ont souffert pendant des années et qui sont toujours en vie.
Alors, même si souvent vous nous donnez envie de pleurer ou de vomir, c’est toujours cette force qui gagne, car elle a vaincu un ennemi bien plus grand que tous vos discours.

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2 commentaires »

  1. behemothe Said:

    Voilà un détournement d’une affiche pour le cancer qui était sur les abris bus de Grenoble et qui devrait te plaire:
    http://blogs.mediapart.fr/blog/behemothe/230511/comme-pour-le-cancer-je-suis-un-homme-pas-une-psychose

    Évidement entièrement d’accord avec toi et j’apprécie surtout le coup de sang qui est tout à fait justifié

  2. Lana Said:

    J’avais vu cette affiche. Mais ce n’est même plus qu’on est réduit à une maladie, mais à un prototype d’une personne atteinte de cette maladie: pas une psychose, mais un fou dangereux. C’est encore une problématique différente que celle du cancer.


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