A propos de la psychiatrie biologique

D’abord, je voudrais dire qu’elle est très utile, que je considère les médicaments comme une arme puissante pour lutter contre la schizophrénie, à condition qu’ils soient bien utilisés. Si les recherches sur l’origine de la schizophrénie permettent un jour de l’éradiquer, tant mieux.
Mais la plupart du temps, les découvertes sur l’origine de cette maladie, les discussions sur l’implication de  tel gêne, tel virus, etc… me paraissent totalement vaines, en tout cas en ce qui concerne le sort des schizophrènes d’aujourd’hui.
Je ne nie pas du tout l’importance de cette partie de la psychiatrie, mais je ne comprends pas qu’on puisse la considérer comme la seule et unique voie.
On pourra trouver toutes les origines qu’on veut, tous les neurotransmetteurs impliqués, les médicaments les plus efficaces, en quoi est-ce que ça changerait notre expérience de la folie?
En quoi avoir le bon médicament, qui nous permettra de nous stabiliser et de reprendre notre vie, changera notre vécu? Cette douleur, cette expérience extrême, ce sentiment de n’être pas de ce monde, cette étrangeté radicale, la perte de nous-mêmes, nous les avons vécus et rien n’effacera cette expérience. Que peut y faire un neuroleptique? Absolument rien.
Voilà pourquoi je pense, et non seulement je le pense mais je le sais d’expérience, que se focaliser uniquement sur les médicaments est une erreur.
On ne sort pas indemne de cette expérience. Et seuls les mots, la parole, l’échange peuvent nous aider à y voir clair, à vivre avec ça.
Les neuroleptiques n’effacent pas le poids de la maladie. La parole le soulage, à défaut de le faire disparaître.
Se contenter de donner un médicament, c’est dire « voilà, j’ai soulagé vos symptômes, débrouillez-vous maintenant tout seul pour vivre dans un monde qui n’est pas le vôtre ».
Voilà pourquoi il y a bien longtemps que les recherches sur les souris soi-disant schizophrènes ne m’intéressent plus. Les souris n’ont pas l’usage de la parole. Et on n’est pas fou sans l’usage de la parole, ou en tout cas de la pensée. C’est ce qu’a l’air d’oublier la psychiatrie biologique.

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