De la sociabilité en psychiatrie

La psychose étant une maladie de la relation au monde et aux autres, quand vous êtes hospitalisé en psychiatrie, l’accent sera mis sur la sociabilité.
Il n’y a d’ailleurs pas de chambre individuelle à l’hôpital psychiatrique.
Il FAUT dormir avec les autres, manger avec les autres, faire des activités avec les autres. Surtout ne pas s’isoler, avoir des activités solitaires. C’est pathologique.
La norme, pour être un être humain épanoui dans notre société, est d’avoir des amis, de sortir, de participer à des activités diverses et surtout collectives de façon régulière. Un goût trop prononcé pour la solitude est suspect.
Alors, même si vous arrivez en pleine décompensation, que vous ne supportez plus les regards, que chaque geste, chaque mouvement, chaque parole autour de vous fait sens, vous attaque et alimente votre délire, même si ce que vous désirez plus que tout, non,  pas désirez, ce dont vous avez un besoin vital pour arrêter de souffrir, de vous effondrer, c’est de vous cacher dans une pièce noire au fond de votre lit (je n’ai pas dit attaché au lit dans une pièce vide!!), eh bien non, il FAUT qu’on vous jete dans un groupe, vous devez passer votre temps à vous retenir de ne pas hurler parce que c’est bien d’être sociable, parce que vous devez le redevenir à tout prix, même si à ce moment-là c’est une violence extraordinaire, si ça va vous rendre totalement dingue et peut-être violent. D’autant plus que je vous rappelle qu’il ne s’agit pas de se faire des amis et encore moins de tomber amoureux (il paraît que c’est mauvais pour les psychotiques de fréquenter d’autres psychotiques hors de l’hôpital) mais seulement de faire partie du jeu social, celui-là même qui vous a amené à l’hôpital.

Mais j’aimerais rappeller une chose: avoir un endroit à soi, pour se protéger, se terrer même, sans personne qui vous parle ni vous regarde, sans aucune présence bien trop angoissante, est un moyen de défense contre l’effondrement, la transparence, l’intrusion, le délire. C’est un passage indispensable pour reprendre des forces. Non, ce n’est pas mal, ce n’est pas un comportement à combattre.
Laissez-nous nous enfermer seuls dans le noir si on le souhaite, sous la couette si nécessaire, car c’est ça ou supporter une violence insupportable qui risque d’en entraîner d’autres et de nous rendre encore plus fous.

Ce n’est pas le moyen de défense qu’il faut supprimer mais la douleur qui le fait naître.

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