Isolée

Je pleure, je pleure tellement que les larmes coulent dans mes oreilles, trempent mon visage, mes cheveux et les draps. Mais je ne peux pas m’essuyer les yeux car ils m’ont attachée. Clouée dans ce lit et enfermée seule dans cette chambre pour avoir trop souffert. Souffert à avoir voulu mourir. Pour me sauver, je me suis coupée, j’ai fait couler mon sang pour arriver à supporter cette douleur, pour arriver à vivre. Mais ils n’ont pas compris, ils ne comprennent pas que je fais ça pour me sauver.
Et maintenant je veux mourir pour de bon. Je souffre tellement et je suis seule, seule comme un chien. J’attends un geste d’humanité. Je suis attachée, isolée. Comme je préfère pleurer seule chez moi qu’à côté d’eux qui ne me parlent pas.
Je suis dans cet hôpital pour me protéger du monde. J’ai peur du monde. Il va trop vite, il s’effondre, les autres voient tout à l’intérieur de moi, ils volent mes pensées et rient de moi. Et ici, on me traite de façon plus cruelle encore. On me fait du mal comme on ne m’en a jamais fait. Ils sont censés me soigner, ils sont même payés pour ça. Mais je ne vaux tellement rien que même ceux qui sont payés pour me soigner me font du mal. Comment quelqu’un pourrait-il être bon avec moi gratuitement dans ces conditions?
Je veux mourir pour qu’ils sachent le mal qu’ils m’ont fait. Je veux être le fantôme qui les hantera toute leur vie, je veux qu’ils regrettent, qu’ils se rendent compte de ma douleur, je veux qu’ils finissent comme moi attachés sur un lit et que personne ne se donne la peine de leur tendre la main. Et ce jour-là, je veux qu’ils pensent à moi et qu’ils regrettent. Ils me rendent méchante.
Je n’ai même plus le réconfort de fumer quand je veux. Je ne peux même plus me sauver en lisant, ni en me coupant.
Ils appelent cette prison chambre de soins intensifs. Ils aiment l’humour noir, ils sont affreusement cyniques alors que je crève de douleur à côté d’eux. Ou alors ils sont tellement fous qu’ils y croient. Je les déteste. Je ne leur parlerai plus jamais. Leur faire confiance? Ils sont là pour m’aider? Très drôle. Pour me tromper, oui, pour mieux m’achever. Je me tairai. Non, je ferai semblant, je leur sourirai hypocritement comme ils font. Je partirai d’ici, loin, très loin, pour mourir et m’échapper, mais surtout ne plus jamais rien leur raconter.
Que peut-on espérer du monde si ceux qui sont là pour vous aider vous font tant de mal? Rien, absolument rien. Les autres ne me doivent rien, eux me doivent asistance. Et ils m’enfoncent un couteau dans le coeur. Je voudrais hurler, mais ils viendraient encore me piquer. Alors je pleure en silence, à n’en plus pouvoir. Je veux mourir, là, tout de suite, pour que ça s’arrête.
Ils croient vraiment m’enlever mes envies de suicide en me traitant comme ça? Mais ils ne comprennent vraiment rien, et je n’arrive pas à comprendre qu’ils ne comprennent rien à ce point. Je ne comprends décidemment rien aux autres, je ne suis vraiment pas faite pour vivre dans ce monde, je n’y comprendrai jamais rien.
Je ne leur pardonnerai jamais.
Je partirai en courant, loin, très loin dans les colines, dans des habits qui ne sont pas les miens, pour que la maladie ne me reconnaisse pas, et je reviendrai hanter cet endroit maudit dans ma robe de nuit d’hôpital pour que mes geoliers me reconnaissent, et je chuchoterai des mots d’apaisement et je caresserai le front des êtres aussi misérables que moi qui pleureront dans cette chambre.

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