Justifications permanentes

Si vous êtes schizophrène, préparez-vous à faire face toutes sortes d’idées reçues et à vous justifier régulièrement.

Il faudra vous justifier d’avoir été vraiment malade si vous allez mieux. Beaucoup penseront que vous avez sans doute fait une dépression, mais que vraiment, vous n’avez pas l’air si fou que ça. Et cela parmi votre famille, vos amis, et mêmes le personnel médical non psychiatrique (et même psychiatrique parfois). On vous regardera comme si vous aviez inventé votre diagnostic, comme s’il était impossible de croiser un psychotique ailleurs qu’à l’HP.

Si vous prenez un traitement, il faudra sans cesse vous justifier d’en avoir vraiment besoin. On vous dira de l’arrêter pour pouvoir boire de l’alcool avec vos copains, pour arriver à maigrir, éviter les effets secondaires. On vous dira que vous n’en avez pas besoin puisque vous allez bien, que vous êtres un drogué légal et qu’il est tout de même préférable de vivre naturellement. Ou que c’est mauvais pour le foie. Ou même que c’est très dangereux, que vous allez finir par ressembler à une loque sans la moindre intelligence.

Si vous allez mal, il faudra vous justifier sans cesse que vous prenez bien votre traitement.

Si vous êtes hospitalisé en psychiatrie et que vous souhaitez un traitement moins fort ou des correcteurs, il faudra vous justifier en énumérant vos effets secondaires gênants. On vous regardera comme si vous aviez des idées délirantes: « des impatiences dans les jambes, ah bon? », « grossir à cause des neuroleptiques, ça alors? »,  » des problèmes neurologiques? non vraiment, tout cela est psychologique ».

Si vous êtes hospitalisés à l’hôpital général, il faudra vous justifier en expliquant que non, ce n’est pas anodin de ne pas prendre ses neuroleptiques, même pour une nuit, et oui, vous voulez vraiment les prendre.

Si vous souffrez de problèmes somatiques à l’HP, alors là, ça va être le plus difficile. Préparez-vous à insister pendant des jours. Vous avez vraiment très très mal au ventre, non ce n’est pas la diarrhée, peut-on vous aider? On peut vous laisser traîner votre appendicite jusqu’à la septicémie, sachez-le. Vous n’urinez plus depuis trois jours? Personne ne vous écoute? Demander à un membre de votre famille d’insister auprès des infirmières, on finira par vous envoyez aux urgences. Vous faites une chute de tension à cause des neuroleptiques? Non, vous ne jouez pas la comédie, mais il va falloir vous justifier pour qu’on le prenne en compte. Les effets secondaires des psychotropes sont très nombreux et peuvent être dangereux, mais la plupart du temps on ne vous écoutera pas, on ne vous examinera pas.

Vous travaillez? C’est que vous n’êtes pas vraiement schizophrène.

Vous ne travaillez pas, vous vivez de l’AAH? Vous êtes drôlement paresseux, et sans aucune volonté.

Bref, que vous ayez l’air malade ou pas, il faudra vous justifier d’avoir une « vraie » maladie. Et lorsque vous aurez des problèmes somatiques, il faudra vous justifier que votre maladie psychiatrique n’empêche pas d’avoir d’autres problèmes de santé.
En bonne santé apparente, vous inventez votre maladie. Visiblement malade, ce que vous dites n’a plus de poids.
Ceux-là même qui veulent obliger les schizophrènes à prendre un traitement passeront leur temps à vous persuader d’arrêter le vôtre.

Dans toutes les situations, votre parole sera forcément mise en doute.

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