L’amitié

Certains psychiatres n’apprécient pas trop qu’on ait des amis schizophrènes, ne parlons même pas des relations amoureuses. Si on passe un peu de temps sur des forums à parler de schizophrénie, si dans la vie on a plusieurs connaissances ou véritables amis qui sont schizophrènes, et même si par ailleurs on a une vie normale et qu’on cotoie d’autres personnes, on va tout de suite nous dire qu’il ne faut pas trop s’investir, voire éviter ces contacts, qu’on s’enferme dans un ghetto.

Pour les gens normaux, la meilleure façon de montrer qu’on peut vivre correctement, c’est d’être amis avec eux, même si eux ça ne les tente pas tant que ça, vu qu’ils nous trouvent bizarres.
Mais sans doute doit-on faire semblant d’apprécier leur compagnie par-dessus tout, rayer de notre vie tout ce qui concerne la schizophrénie de près ou de loin pour ne pas s’enfermer dans la maladie.
A croire que ne plus parler de cette maladie, ne plus cotoyer personne qui en souffre va la faire disparaître comme par magie. Tout autre attitude est pathologique et la preuve qu’on ne veut pas s’en sortir.

Je crois au contraire qu’avoir des amis schizophrènes est une bonne chose.
Il est évident que je ne deviendrai jamais amie avec quelqu’un juste parce qu’il est schizophrène. Mais qu’un ami soit schizophrène, eh bien oui, quoiqu’en dise les gens normaux, c’est un plus.

On a vécu les mêmes choses.
On comprend notre souffrance.
On pardonne et comprend ce qui éloignerait les autres.
On peut parler de neuroleptiques comme d’autres parlent d’aspirines.
On ne doit pas toujours être sur ses gardes.
On peut parler de psychiatrie sans voir un regard de crainte et de pitié chez notre interlocuteur.
On peut rire de nos histoires, de nos délires et dérapages divers, quand il faudrait en parler avec peine et sérieux  à quelqu’un qui ignore tout cela.
On ne doit pas passer notre temps à expliquer le moindre symptôme, la moindre pensée étrange, parce qu’on partage les mêmes références, qui sont étrangères à la plupart des gens.
On évite tous les poncifs sur la maladie.
Et ceux sur la façon d’aller mieux.
On évite la gêne, l’ennui, l’effet confession à un autre qui a peur d’être pris pour un psy.
On ne doit pas se justifier.

Et de toute façon, n’avoir personne pour parler de ça, c’est se sentir seul, incompris et avoir davantage de difficultés à supporter le présence des autres.
Voilà ce que j’aimerais que comprennent les gens. Il ne s’agit pas de pleurer sur son sort ensemble, de s’enfermer dans une maladie ou de se couper du monde, mais simplement de se comprendre vraiment.  Comme le font ceux qui ont vécu la guerre, les femmes qui ont accouché ou ceux qui ont perdu un enfant. Entre personnes qui ont vécu la même chose, cette chose qui gêne les autres et qu’ils ne comprennent pas vraiment, qui leur fait peur.

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