16 janvier 2004

Cette maladie me prend tout. La seule chose que j’ai comme les autres, c’est mon travail. Et elle finira par me le prendre aussi. Elle me bouffe tout, elle détruit tout, elle gagne toujours.
Quand je lisais que la psychose est un drame, eh bien c’est vrai.
« Une drôle de destinée ».
Une putain de maladie de merde, je ne sais pas ce que j’ai fait pour la mériter.
Une vie gâchée par la schizophrénie.
Une vie où tout ou presque est souffrance ou au moins effort.
Où on n’est pas fait pour le monde, pour les relations, où on ne sait pas se protéger.
Où la maladie nous fout à terre, nous tue à petit feu, nous ronge le coeur et le sang.
Je hais cette maladie, j’ai beau me battre, elle me prend tout.
Et personne ne comprend l’enfer que c’est d’être psychotique.
Etre psychotique, c’est être tellement différent, tellement pas de ce monde que personne n’imagine ce que c’est.
Ca fait peur aux gens, ils n’ont même pas envie de comprendre ce qu’ils nomment folie.
J’ai l’impression d’être à bout de force, de m’être déjà trop battue alors que je n’ai que 25 ans et qu’il me reste des années de combat à mener.
Un combat dont je sais déjà que la gagnante sera la maladie.
Elle gagne toujours.
Dans l’état actuel de la science, elle gagne toujours.
Et nous mourrons trop tôt pour voir autre chose que cela.
Je rêve parfois de pouvoir dire « j’ai été malade ».
Et d’être comme tout le monde, d’avoir tourné la page. D’avoir leurs défenses, leurs constitutions. D’être « NORMALE ».
Mais je suis psychotique et on ne cesse jamais de l’être.
Mon rapport au monde se fera toujours par le biais de mes « fragilités structurelles », sera toujours souffrance.
C’est cette année seulement que j’ai vraiment compris que ça ne s’arrêterait jamais, que c’était pour toujours.
Comment fait-on pour supporter cela toute une vie?
Comment fait-on?
On n’y arrive pas, on ne le supporte pas, on en crève toute sa vie.
On ne l’accepte jamais, on hait cette maladie jusqu’au dernier jour.
On est blessé par le monde et les autres jusqu’à sa mort.
La main crochue de la folie blesse notre âme jusqu’à ce qu’on en meurt.
« On a une drôle de destinée. »
On ne l’a pas mérité.
C’est injuste et on se révolte contre la maladie jusqu’à en devenir dingue.

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