Maladie mentale, maladie du corps

Il y a la douleur qui pèse sur le coeur, en permanence. Un poids, un coup de couteau, un hémorragie sans fin.
La gorge serrée, les larmes aux yeux, les larmes qui coulent.
L’angoisse qui coupe les jambes, qui passe dans les bras, partout.
Les tremblements, des mains, des jambes, des dents, de tout le corps sous la couette parfois.
Le froid intérieur, le froid de cadavre, celui qui ne passe pas.
Le sang qui disparaît. La bête noire qui me ronge de l’intérieure.
Les cheveux que j’arrache, les ongles, la peau des lèvres.
La main ou le poignet que je fais saigner. Que je ne soigne pas. Le sang qui sèche, que je passe sous l’eau le lendemain. Une brûlure, puis la peau qui tire. Les croutes qui se forment, qui tombent, et les cicatrices qui évoluent vers la disparition ou une trace blanche indélébile, marque de guerre.
Les cernes, le teint blafard, tiré.
La nourriture qui m’écoeure, qui me fait peur.
Les kilos perdus si vite que je ne tiens plus debout très longtemps.
Les cigarettes, trop de cigarettes.
Le manque de sommeil, le mal de tête qui s’en suit, la faiblesse encore.
Le poids du corps, trop lourd à porter.
Ce corps, ce visage étrangers.
Le corps coupé, la jambe que j’imagine prendre en main, la retourner dans tous les sens, ce n’est pas la mienne.
Le bras qui me dégoûte, que je voudrais voir se détacher.
Le corps à côté duquel je vis, à côté duquel je marche, décalée.
La peau qui disparaît. La peau transparente.
Le cerveau qui s’échappe de mon crâne, qui coule sur l’oreiller.
Les yeux en plus, devant, ou derrière, que je voudrais crever.
Le corps qui gonfle, se transforme, n’a plus rien d’humain.
Le corps sans limite, ouvert à tous vents, à toute foule.

Et après, pour se débarrasser de la douleur de l’esprit, c’est encore le corps qui prend. Des kilos surtout.
Et puis je ne vois plus que trouble, même plus possible de lire, autant mourir tout de suite que d’être vide et sans livres.
Je dors, je ne tiens plus debout, je chavire, je dois restée couchée. Je suis lasse sans pouvoir dormir. Je n’arrive pas à me réveiller le matin.
Et les vomissements, les insomnies, les tremblements, les vertiges, les chutes de tension, la fatigue.
Le manque qui rend fou, les bras qui grattent.

Qui a dit que la schizophrénie était une maladie mentale?

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