15 mars 2003

Je pleure du sang.

Toutes les larmes qu’il y a en moi, qui résonnent tout le temps, prêtes à couler en hémorragie.

Ma blessure continue de saigner. Elle saignera toute ma vie car la douleur de la schizophrénie est toujours là, je dois vivre avec elle quotidiennement et le souvenir de mes crises les plus graves est une blessure toujours à vif.

La mort vaut peut-être mieux que la folie, elle est moins douloureuse sûrement.

Je vis ça depuis plus de sept ans et dèjà j’ai l’impression que c’est toute ma vie, que je n’ai jamais vécu autre chose, que je suis dans ses filets depuis ma naissance.

C’est peut-être un peu vrai, j’avais ces hallucinations si violentes, enfant. Ces rires, ces images.

Mais la souffrance mortelle n’est venue qu’à dix-sept ans.

Et ces années, toutes ces années qu’il me reste sans doute à vivre, vais-je les vivre avec elle? Avec la EZ, l’héroïne en robe blanche et aux mains sanglantes…

Comment accepter que ma vie sera bouffée par la douleur jusqu’à la fin?

Que je ne serai plus jamais moi?

Comment oublier que je suis psychotique?

J’arrive à donner le change aux autres, mais moi je ne peux pas me tromper, et Nad non plus, et la schizophrénie voit tout. On ne lui échappe pas si facilement, même si les neuroleptiques ont des gros bras pour la ligoter.

Je n’aime pas quand ma psychiatre m’appelle Madame. C’est trop froid, ça met trop de distances, presque de l’indifférence. Je préfère qu’on m’appelle Lana ou qu’on ne m’appelle pas.

Même quand j’écris, quand je peux écrire tout ce que je veux ici, je n’ai pas les mots pour décrire ce qui me bouffe de l’intérieur.

Une bête noire et gluante qui m’enserre le coeur.

Une saloperie de maladie de merde qui me vole ma vie.

Qu’est-ce qu’ils disaient sur Encarta? Une des maladies mentales les plus redoutées. Une expérience solitaire extrêmement effrayante.

Le côté romantique, c’est Nerval, Maupassant, Van Gogh.

« Ma seule étoile est morte et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie ».

Adrienne Mesurat, Musset.

Le côté spécial. Peu de gens savent.

C’est ça qui fascine les gens.

Mais la fascination dure peu, ou pèse peu par rapport à la douleur dévorante. La douleur qui enserre le coeur dans un étau de fer rouge.

Ch. avait été sympa avec moi après l’hôpital, je sortais de psychiatrie, j’étais folle.

Non, je suis injuste, ce n’était pas de la pitié mais de la compassion.

Je veux que ça s’arrête. Je n’en peux plus.

Je veux exprimer, cracher tout ça, toute cette merde qu’il y a en moi.

Mais personne n’a inventé de mots pour parler de ça.

Je peux réciter le DSM IV en entier, il n’y aura rien qui dira ma souffrance.

Je me demandais comment j’avais pu vivre après ça, je demande comment je peux continuer à vivre avec ça.

Dans l’espoir de quoi, putain????

Si tu espères encore que cette maladie va te lâcher, tu es la dernière des connes.

Elle t’a, elle ne te quittera pas. Tu lui appartiens pour toujours.

Tu peux bouffer tous les médocs que tu veux, espérer n’importe quel Géodon ou Abilify, c’est elle qui a gagné depuis longtemps.

Abandonne!!!!

Tu es la perdante depuis le début.

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