Sans date

Avant:

-je voulais mourir. Enfin, je ne sais pas si je le voulais vraiment, mais j’y pensais tout le temps. « Je veux mourir », j’avais cette phrase en tête dès que quelque chose n’allait pas, dès que je faisais quelque chose de mal, quand ça n’allait pas ou qu’un prof disait « à votre âge, on a plein de projets ». La mort me suivait dans les couloirs de La Marlagne. Elle était derrière moi dans ces couloirs immenses et vides, et je ne pouvais me cacher nulle part. Même quand j’entrais dans une toilette, elle s’y enfermait avec moi. Et lorsque je me couchais, elle se glissait aussi sous les draps. Je ne sais plus si ça a commencé avant ou après que V. ait essayé de se suicider.

-je me coupais le poignet. J’ai commencé par la main, je suis passée au poignet quelques mois (un, deux ou trois, je ne sais plus) après. Je pensais que puisque personne ne voyait que j’allais mal, ils verraient au moins ça. C’était le signe extérieur de ma souffrance. Mais personne n’a jamais rien vu.
-je voulais absolument parler à quelqu’un. Je me suis rendu compte que ça tournait presqu’à l’obsession le jour où j’ai relu ce que j’avais écrit depuis plusieurs mois. Et les trois quarts de mes notes ne parlaient que de ça. Je pensais que parler m’aiderait mais je n’y arrivais pas et personne n’est jamais venu vers moi. Ah si, le prof de gym qui m’a demandé « Mais dis, ça va toi? » la seule semaine où j’allais bien (je me croyais même guérie) et devant deux autres personnes J’ai répondu: « Avant j’étais complètement folle mais maintenant ça va ». Il a dit « parce que tu prends toujours tout, comme ça… ».

-j’avais de très bonnes notes en français et en histoire, par contre elles étaient limites voire désastreuse dans les autres cours. J’appuyais exprès sur le frein avant du vélo dans une descente, en face d’un arbre, quand le prof me criait « freine! ». Je prenais mes virages trop courts et trop vite en espérant tomber. Je me disais que j’irais à l’hôpital, que le prof viendrait avec moi et que je pourrais lui parler. J’en voulais à B. d’écrire sur mon bullettin « Nous ne pouvons rien pour elle » parce que je les considérais comme ma dernière chance. Je ne faisais plus mes exercices pendant le cours de math, je regardais par la fenêtre. J’étais sur ma chaise et j’avais l’impression de tomber en regardant le ciel. Et puis certains (rares) cours, je m’acharnais sur mes exercices, je les terminais deux fois plus vite que les autres.

-j’avais l’impression d’être dans un autre monde, de m’être trop éloignée des gens pour pouvoir encore leur parler, d’être derrière un mur au-dessus duquel personne ne pouvait ni n’essayait de voir. Plus tard, j’ai parlé à Jf et j’ai su que c’était faux.

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