Sébastien a eu la gueule de bois pendant huit ans

Un jour, Sébastien a bu comme  un trou. Ce fut le début d’une longue descente aux enfers.  Après avoir lu l’enquête sur  les internements abusifs à Bélair (nos éditions du 10 janvier), il a voulu apporter son témoignage. Voici comment une beuverie l’a conduit aux portes de la folie.

NOUS sommes en 2002. Le 3 septembre exactement. Sébastien a 22 ans et cherche du travail. Celui qui vit aujourd’hui à Auvillers-les-Forges, avec sa compagne Angélique* et leurs deux enfants, loge à cette époque dans un HLM, place Viénot.
Ce jour-là, la discussion familiale vire à l’aigre. Son beau-père lui reproche de ne pas avoir de travail. Faute de mieux, Sébastien se console dans le mousseux. Et pas qu’un peu : il ingurgite deux bouteilles à lui tout seul.
« Ensuite, c’est parti en cacahuète… » se souvient le désormais trentenaire. « En cacahuète », cela signifie que Sébastien ne trouve rien de mieux à faire que d’appeler les gendarmes, pour leur dire qu’il va « brûler Revin ». « C’était n’importe quoi… » Sans doute, mais par mesure de précaution, les gendarmes le prennent très au sérieux. Et le retiennent au bout du fil pendant qu’ils envoient les pompiers le cueillir, dans sa cabine.
Sébastien est alors transporté à l’hôpital de Manchester, où le personnel d’accueil est rapidement dépassé.

Main sur le thorax, pantalon baissé

« J’étais éméché et remonté, mais je n’étais ni violent ni insultant. Le problème, c’est que personne ne m’écoutait, ou me parlait. Là-dessus on m’a proposé des cachets, toujours sans rien me dire. J’ai refusé parce que j’avais bu et parce qu’ils ne me disaient pas ce que c’était. »
Le refus passe mal. « Six personnes, dont une femme, ont alors débarqué d’un coup dans ma chambre. Le premier me maintient la tête sur l’oreiller et pose sa main sur mon thorax, puis chacun prend un membre et l’attache au lit avec un bracelet. La sixième personne fait la piqûre. Ils descendent le pantalon jusqu’à dévoiler le sexe. J’ai entendu : « Vous êtes malade, vous êtes malade, vous êtes malade ». De quoi, on ne me l’a pas dit. Et puis j’ai dormi. »

Phobie des ambulances

Sébastien se réveille « deux jours plus tard » à l’hôpital psychiatrique de Bélair. Il le comprend en voyant le nom de l’établissement sur les draps. « Je vous jure que ça fait bizarre… » Bourré de Tercian 300 mg, il ne fait que dormir et voit trouble.
Un psychiatre lève finalement l’HDT (hospitalisation à la demande d’un tiers, en l’occurrence Manchester) au bout de quatre jours. En partant, Sébastien discute avec deux infirmiers. « Ils parlaient de mon cas et ne comprenaient pas ce que je fichais là. L’un a dit : Si on commence à mettre à Bélair tous ceux qui ont bu un coup, on risque d’en mettre du monde ! »
Selon le Revinois, les vrais problèmes ont vraiment commencé à partir de là. « Moi qui n’avais jamais eu de soucis, j’ai développé ce qu’on appelle un « traumatisme émotionnel », lié au fait d’avoir été attaché. »
Sa compagne confirme à quel point les années suivantes ont été épouvantables. Pour lui et aussi, on s’en doute, pour le couple. Insomnies à répétition, agoraphobie (peur de la foule), prostration. « J’étais assis là, par terre, contre le mur, avec ma tête qui balançait d’avant en arrière, comme les fous. »
Enfin, Sébastien est saisi d’une peur panique des ambulances. « Dès que j’en voyais une, je croyais qu’on allait m’attacher. Sur la route, il fallait que je m’arrête si je croisais le SAMU. »
Aujourd’hui sous antidépresseur, Sébastien Parizel a vu son état s’améliorer ces derniers mois, après huit ans de calvaire. Au point de pouvoir vivre enfin normalement. Mais il ne peut s’empêcher de se poser certaines questions. « On a pris ma beuverie pour un cas de schizophrénie. J’étais censé entendre des voix ou avoir envie de mourir. Mais ça n’a jamais été le cas ! Alors je me demande, oui, s’il n’y a pas des gens qui deviennent fous seulement après leur passage à l’hôpital ? Et je me demande si on ne met pas les gens un peu trop vite en hôpital psychiatrique. »

Guillaume LÉVY
* Angélique Brasseur, celle-là même que vous aviez portée sur la deuxième marche du concours de « l’Ardennais de l’année » en 2009, pour avoir sauvé la vie du petit Kyllian, qui s’était noyé dans une mare.

http://www.lunion.presse.fr

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