« Face aux ténèbres », William Styron, folio

Face aux ténèbres

Récit d’une dépression grave, avec son cortège d’angoisses, d’insomnies, de rafales
dévastatrices, de tentations de suicide, cet ouvrage nous montre ce qu’est
réellement cette tempête des ténèbres qui peut frapper n’importe qui à chaque
instant, mais peut-être plus particulièrement certains écrivains ou
artistes.
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2 commentaires »

  1. Sybilline Said:

    Bonjour à tous,

    Je viens de relire et de choisir certains passages dans cette autobiographie de Styron que je trouve d’une lucidité et d’une sensibilité incroyables. Je voulais vous en faire part, car je crois que l’auteur explique beaucoup de chose sur la dépression qu’il a vécue lui-même et qui a failli l’anéantir. C’est une rhapsodie de Brahms qui l’a sauvé ainsi que l’amour pour sa femme et les soins en hôpital.

    Le passage que j’ai choisi, permet de voir que c’est un mal universel qui a beaucoup touché les écrivains. Styron parle de certains, mais en oublient d’autres: Musset, Nerval et j’en passe…Probablement qu’il affecte les gens les plus sensibles qui ne parviennent pas toujours à se défendre contre les maux d’une société qui sont nos déchets à tous. Il associe vraiment le mot dépression à celui de mélancolie plutôt utilisé au XIXème siècle. La fin laisse un message d’espoir.

    Voici le morceau choisi:

    « Depuis l’Antiquité-dans la complainte torturée de Job, dans les chœurs de Sophocle et d’Eschyle-les chroniqueurs de l’esprit humain ne cessent de se mesurer à un vocabulaire capable d’exprimer de façon adéquate la désolation de la mélancolie. A travers toute la littérature et l’art, le thème de la dépression court comme un veine indestructible, la veine du malheur –du monologue d’Hamlet aux vers d’Emily Dickinson et de Gerard Manley Hopkins, de John Donne à Hawthorne, Dostoïevsky et Poe, de Camus à Conrad et Virginia Woolf. Dans nombre de gravures d’Albrecht Dürer, il est de déchirantes représentations de sa propre mélancolie ; les astres tourbillonnants et déments de Van Gogh présagent la plongée de l’artiste dans la folie et l’extinction de son moi. C’est une souffrance analogue qui souvent colore la musique de Beethoven, de Schumann et de Mahler et imprègne les cantates les plus sombres de Bach. L’immense métaphore qui rend avec le plus de fidélité cette insondable épreuve, cependant, est celle de Dante, dont les vers hélas trop familier ne cessent de frapper l’imagination par leur présage de l’inconnaissable, du ténébreux combat à venir :

    Nel mezzo del cammin di nostra vita
    Mi ritrovai per una salva oscura
    Che la diritta via era smarrita.

    Au milieu du chemin de notre vie
    Je me retrouvai dans une forêt obscure
    car j’avais perdu la voix droite.

    On peut être assuré que ces mots ont été maintes fois employés pour évoquer les ravages de la mélancolie, mais les noires prémonitions qui les marquent ont souvent éclipsé les derniers vers de la célèbre partie du poème, empreints de leur hymne d’espoir. Pour la plupart de ceux qui l’ont connue, l’horreur de la dépression est à ce point accablante qu’elle en est inexprimable, d’où le sentiment frustré de relative impuissance qui se décèle même dans les œuvres des plus grands artistes. Mais dans le domaine de la science et de l’art, il ne fait aucun doute que se poursuivra la quête d’une représentation claire de sa signification qui, parfois, pour ceux qui en ont fait l’expérience, est une image de tous les maux de cet univers qui est le nôtre :
    la discorde et le chaos de notre quotidien, notre irrationalité, la guerre et le crime, la torture et la violence, l’impulsion qui nous précipite vers la mort et l’élan qui nous pousse à la fuir, réunis dans l’intolérable balance de l’histoire. Si nos vies n’avaient d’autres configurations que celle-ci, nous souhaiterions mourir, peut-être le mériterions-nous ; si la dépression n’avait pas de dénouement, alors certes le suicide serait l’unique remède. Mais il n’est nul besoin d’entonner une note forcée ou inspirée pour souligner cette vérité que la dépression n’est pas l’annihilation de l’âme ; les hommes et les femmes qui ont surmonté la maladie- ils sont légion- portent témoignage de ce qui est sans doute son unique rédempteur : il est possible de la vaincre. »

  2. Sybilline Said:

    Ce poème de Baudelaire que je trouve magnifique de par sa forme ramassée, de par sa qualité poétique montre bien aussi ce qu’est la dépression-mélancolie dont le poète devait souffrir également:

    La cloche fêlée

    Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver,
    D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
    Les souvenirs lointains lentement s’élever
    Au bruit des carillons qui chantent dans la brume,

    Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
    Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
    Jette fidèlement son cri religieux,
    Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente !

    Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu’en ses ennuis
    Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits,
    Il arrive souvent que sa voix affaiblie

    Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie
    Au bord d’un lac de sang, sous un grand tas de morts,
    Et qui meurt, sans bouger, dans d’immenses efforts.


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