« La traite des fous », Robert Barrett, Les Empêcheurs de penser en rond

Quatrième de couverture

Quand j’ai eu terminé la lecture de la version anglaise (publiée par Cambridge
University Press) de ce livre, ma première réaction a été : c’est aussi
important que les écrits de Michel Foucault sur l’histoire de la folie. Sauf que
nous étions là dans l’analyse contemporaine des processus qui définissent la
psychiatrie et la maladie mentale. Robert Barrett est à la fois psychiatre et
anthropologue. Cette double qualification lui a permis de suivre les
consultations dans un hôpital psychiatrique très moderne, dans la région de
Melbourne. Il a pu se mêler de tout et ne pas être obligé de rester spectateur.
Ce livre devait être traduit d’urgence. Son analyse n’est donc pas dirigée
contre les vieilles institutions asilaires qui peuvent exister encore et sont
souvent la cible de toutes les critiques. Son projet n’est pas de faire la  »
critique  » de la vieille psychiatrie pour participer à la définition d’une
psychiatrie plus humaine et plus efficace. C’est notre actualité la plus
moderne, la plus scientifique qui l’intéresse. Le sous-titre de son livre  » la
Construction sociale de la schizophrénie  » traduit bien une partie de son projet
: s’il n’est pas question de nier la souffrance psychique (elle n’est pas une
construction rhétorique comme ont pu le croire certains anti-psychiatres), elle
n’est pas non plus compréhensible en dehors de la manière dont nos appareillages
conceptuels et théoriques (de la manière d’interroger les patients à
l’architecture de l’hôpital) la remodèlent en tentant de la saisir. Nous avons,
avec ce livre, un des exemples les plus intéressants d’analyse des pratiques
actuelles quand il s’agit d’êtres humains : comment la manière dont nous nous
adressons à eux ne sera pas indifférente à ce qu’ils vont penser, dire, faire et
devenir. Dans les sciences de la vie, nous n’avons pas affaire à des objets
inertes, mais à des humains qui se disent  » Que me veut-il ?  » et qui organisent
leur comportement ainsi en fonction de cette question. Avec ce premier livre,
nous commençons à mettre l’anthropologie médicale de langue anglaise à la
disposition du public français, qui ne pourra qu’être surpris par son
inventivité, encore largement ignorée en France.

Traite des fous (le)

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