« Le patient psy plus vulnérable que violent »

Les malades dangereux sont rares, affirme Patrick Chaltiel, médecin et spécialiste des violences en milieu psychiatrique.

« Le problème des personnes souffrant de troubles psychiques, c’est davantage leur vulnérabilité que leur violence », dit le docteur Patrick Chaltiel. De 1998 à 2006, ce psychiatre de la Seine-Saint-Denis a dirigé un Observatoire des violences à Ville-Évrard, l’un des deux plus grands hôpitaux psychiatriques de France.

« À l’extérieur de l’hôpital, les malades sont dix-sept fois plus victimes d’agressions que la population générale, constate-t-il. Alors que leur violence à eux n’est pas supérieure à celle de la population générale. » Seuls 3 à 4 % des patients, particulièrement violents, doivent être traités dans des unités de soins sécurisées.

Les vocations en chute libre

Le problème, souligne-t-il, « c’est que les cas de violence sont surmédiatisés ». La politique menée en psychiatrie, depuis quinze ans, serait, elle-même, selon lui, génératrice de violences. En 1992, le diplôme d’infirmier psychiatrique a été supprimé. Les nouveaux infirmiers arrivent sans formation spécifique. « Un déficit de savoirs qui entraîne une mauvaise gestion des situations d’agressivité. »

Pour Patrick Chaltiel, la réforme des hôpitaux ne fait qu’aggraver le problème. « Avec la doctrine libérale, qui veut calquer l’hôpital sur l’entreprise, les aspects humains de la psychiatrie ne sont plus pris en compte. » Un exemple : il a dû se battre pour maintenir les activités artistiques proposées aux malades, chaque soir, dans son service. « Pourtant, ce sont des réducteurs considérables de violence. Les patients se sentent très dévalorisés par leur maladie. Là, ils vivent pendant trois heures sous un regard positif qui s’intéresse à leur potentiel, pas à leurs troubles ! »

« Aujourd’hui, on nous demande de passer un tiers de notre temps à rendre compte de nos pratiques… Au détriment de la présence auprès des patients ! Or, l’acte de soin le plus essentiel en psychiatrie, c’est l’acte de présence et de disponibilité. » Les vocations de psychiatres s’en ressentent. À l’horizon 2020, leur nombre risque de chuter de 39 %. La baisse la plus forte de toutes les spécialités médicales.

Claudine QUIBLIER.

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