Les usagers, absents, au cœur des débats sur la psychiatrie

Paris le 29 septembre 2010Les usagers, absents, au cœur des débats sur la psychiatrie, voici ce que nous n’avons pas souligné lors du meeting des 39

Pourtant, au lendemain de la troisième rencontre du collectif des 39, le contenu du débat sur la psychiatrie nous paraissait clair, et nous en étions fiers, encouragés par notre unanimité.

L’assemblée réunissant plus de 600 personnes (jusqu’à 1000 des 30.000 signataires des 39) composée de la ‘base’ des divers acteurs de la psychiatrie, de la Santé Mentale et de la société civile a débattu dans le calme et l’unité du projet de loi actuel inhumain. Elle a affirmé son refus de la loi et a demandé son annulation sans amendement. Elle s’est dite prête à travailler l’avenir autour des valeurs fortes de la psychiatrie de secteur.

La tribune avait été offerte à trois grands acteurs : élus, professionnels et usagers :

-les divers élus de gauche sont venus. Nous avons constaté qu’ils étaient tous décidés à demander l’annulation de la loi sans amendement, tout en soulignant que cette loi faisait partie des multiples applications actuelles d’une politique violemment sécuritaire, inacceptable. Enthousiastes.

-les professionnels de la psychiatrie ont fait contraste. Cinq syndicats de psychiatres et plusieurs de personnel de santé ont défilé montrant que chacun défendait d’abord son originalité et son identité. Leur position envers la loi a été floue et discordante. Ils n’ont eu aucune conscience de la portée négative de leurs positions égoistes. Accablés.

-les associations nationales de familles et d’usagers n’ont pas accepté le rendez vous. Muets devant cette absence douloureuse.

L’assemblée de cette journée a tiré deux conclusions mais n’a rien dit de cette absence.

La première conclusion, l’objectif commun, c’est qu’il est clair aujourd’hui qu’il nous faut parler autrement de la psychiatrie. Nous constatons que les mots et les concepts employés sur la psychiatrie nous divisent tous et obscurcissent souvent les autres au lieu d’éclairer. Notre tâche commune est donc de penser autrement, de créer de nouveaux mots, de nouveaux concepts. Notre objectif commun, cela a été répété, est de « penser » d’abord, puis d’agir, penser avant d’agir.

Penser la souffrance psychique, les troubles psychiques, c’est avoir la certitude que l’homme ne se conçoit que dans son unité, sa globalité et que simultanément il est membre de groupes et de collectifs divers fondant le politique. La conséquence de cette position c’est l’action politique.

Agir, c’est d’abord faire acte de ‘penser’, c’est s’inscrire dans une action politique ; notre cadre de pensée se soutient d’un projet de société.

La psychiatrie actuelle se montre ‘soumise’ au Pouvoir régnant (c’est parce que l’establishment, qu’il soit professionnel ou usagers, s’est enferré dans ses liens avec le Pouvoir, qu’il a peur et n’ose s’en détacher, ni penser) bientôt il va l’utiliser pour servir son emprise, comme dans les pays totalitaires. Le juge Portelli a clairement détaillé tous les caractères qui font que notre Etat devient un Etat policier, étape qui précède tout Etat totalitaire. L’urgence est donc la reconquête politique de la liberté pour notre pays, cette liberté qui en fera un Etat solidaire et fraternel.

Une troisième conclusion doit être tirée, même si l’assemblée n’a pas su l’exprimer, toute à son euphorie, refusant les ombres : le contact n’est toujours pas établi avec les Associations nationales de familles et d’usagers. Nous savons qu’en absence de leur participation aucune de nos actions, de nos pensées sur la psychiatrie n’a de validité. Mais il est clair que familles et usagers ne peuvent eux seuls élaborer une politique de santé mentale, il faut que les professionnels fassent le pas, soient modestes, et changent leur discours qui se veut dominant. La question là aussi est d’abord politique, l’accueil de la parole des usagers et des familles n’est possible que dans un Etat solidaire. Aujourd’hui cette parole est captive du Pouvoir.

Bravo aux 39 d’avoir permis de mettre en évidence que tant qu’il n’y a pas de projet politique fort pour notre société, il ne pourra y avoir une psychiatrie humaine. Cependant soyons courageux et exigeants envers nous-mêmes, car pendant tout ce temps actuel il est indispensable de résister chaque jour aux côtés des familles et des usagers pour faire face à la violence de leurs souffrances et rester humains à leurs côtés.

Nous mesurons l’ampleur de ce qu’il reste à faire, en premier lieu demandons l’annulation de la loi, ensuite élaborons l’avenir, entretemps « soyons présents auprès des usagers ». Nous gardons cette certitude : aucun débat sur la folie ne peut se tenir et se clore sans demander ce qu’en pensent les usagers et les familles réunis en association nationale.

Un espoir existe pour la psychiatrie, nous savons mieux de quoi il est fait : de la parole de tous.

Guy Baillon, psychiatre des Hôpitaux

http://www.mediapart.fr

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :