« Ca n’a pas d’importance »

Quand on demande un diagnostic, beaucoup de psys répondent que ça n’a pas d’importance, que ça ne veut rien dire.

« Ca n’a pas d’importance », je ne sais pas combien de fois j’ai entendu cela.

Mais au début de ma maladie, si, ça avait de l’importance. Je cherchais à comprendre à tout prix, parce que je ne maîtrisais plus rien, je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait, je perdais pied et un diagnostic était au moins une réalité tangible. Pour pouvoir mettre des mots sur mes souffrances, pour savoir comment faisait les autres, savoir si on pouvait se soigner et comment. Pour accepter la réalité, aussi.

« Ca n’a pas d’importance. » C’était un mur cette réponse, contre lequel je me suis souvent heurtée. Eux, ils savaient, ils comprenaient mais ne voulaient rien me dire.

Vivre avec la schizophrénie, ou n’importe quelle maladie, ça commence par la comprendre. On se cherche dans les descriptions des livres de psychiatrie, dans les témoignages des autres malades. On scrute son âme et son avenir dans la littérature médicale. ca ne veut pas dire qu’on se réduit à une maladie, mais que ce côte-là de nous existe aussi et on essaye d’avoir une prise dessus comme on peut.

C’est je crois courant au début d’une affection, et parfaitement normal comme réaction. C’est une étape qu’il faut respecter.

« Ca n’a pas d’importance. »

Oui, aujourd’hui, c’est vrai, ça n’a plus d’importance. Je connais cette maladie, et c’est moi que je cherche à comprendre, à travers ma personnalité, mon caractère, mes expériences. La schizophrénie des livres ou des autres n’est plus mon miroir. Elle est avec moi, et je sais qu’elle n’est avec personne de la même façon. Je me fiche des statistiques, mon avenir et mon présent sont dans mes mains. Que je sois schizophrène, schizo-affective, psychotique, n’importe quoi ne change rien.

Mais j’ai pu apprivoiser la schizophrénie parce que j’ai pu y faire face grâce à des gens qui ne m’ont pas dit « ça n’a pas d’importance ».  Parce que j’ai pu la regarder, la comprendre, la retourner dans tous les sens, mettre des mots dessus. J’ai pu dire d’accord, maintenant je te cerne mieux, je te comprends mieux, alors tu es là, on va faire avec, ce sera dur mais je sais qui tu es, c’est un avantage.

Maintenant que je sais qui tu es, ça n’a plus d’importance, je vais pouvoir savoir qui je suis.

Publicités

Un commentaire »

  1. Docteur MaBoule Said:

    Tout à fait d’accord. Il est essentiel d’informer les patients sur leur maladie. Les psychiatres ont pendant longtemps adopté une position haute, paternaliste et la fameuse neutralité bienveillante d’origine psychanalytique. Or en matière de maladie chronique, il est essentiel que medecin et patient collaborent dans la confiance, ce qui necessite pour le psychiatre de redescendre de son piedestal, d’informer le patient sur ses problèmes et sur les moyens de les soigner. Le paternalisme pousse davantage à mentir qu’à faire confiance.


{ RSS feed for comments on this post} · { TrackBack URI }

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :