« Nos malades », bis

Beaucoup d’expressions associées aux personnes souffrant de maladies mentales ne me plaisent pas. Usager, qui me fait penser à un usager des transports en commun. Handicapé,  car même si cette notion peut être utile pour obtenir une allocation d’invalidité, on la ramène trop souvent à un état permanent voire à une déficience mentale. Client, comme disent les Québecois, ne se centre que sur la notion de profit. Patient ne me dérange pas, car le patient est celui qui souffre, et c’est bien pour cela qu’on s’adresse à un médecin. Mais l’expression que je déteste le plus,  celle employée par les associations de parents, est « nos malades ».

Je ne vais pas réexpliquer pourquoi, je l’ai déjà fait dans un article précédent.

Mais aujourd’hui, l’expression « nos malades » est plus que jamais d’actualité. Les membres de l’Unafam veulent avoir tout pouvoir sur leurs enfants, leurs malades. Ils sont à eux. Ils les ont mis au monde, ils les connaissent mieux que personne, croient-ils, ils veulent pouvoir tout décider à leur place. Comment ils seront soignés, par qui, ce qu’ils prennent comme médicaments, s’ils les prennent. Ils veulent être parents et soignants, contrôler leurs malades jusque dans leurs pensées, ils savent tout bien mieux qu’eux, eux qui, comme le dit Mens Sana, ne sont pas accessibles à la raison. Ils sont à eux, ils veulent savoir ce que leurs malades disent aux psychiatres, décider avec ou encore mieux à la place des soignants, sans se soucier de savoir ce que veut le patient, puisqu’il ne sait pas.

Ils parlent pour eux, pensent pour eux, décident pour eux. Ils obligent, contraignent, envahissent.

Les psychiatres eux -mêmes n’osent plus parler du côté pathogène de certaines familles, ni même de la responsabilité collective de l’apparition de la folie dans une famille, traumatisés par une époque où on l’a trop fait. L’Unafam a bien agi en ce sens, répètant sans cesse que toute la responsabilté était sur les épaules de leurs malades, et eux des parents victimes. Victimes des psychiatres, victimes de la maladie, victimes de leurs malades. Ils sont devenus les garants du politiquement correct en psychiatrie, LA voix à écouter, bien avant celle des premiers concernés, les patients.

Mais pendant qu’ils se drapent dans leur souffrance, leur dignité outragée, et que les soignants se taisent pour ne pas les froisser, ce sont toujours les mêmes qui en font les frais: les patients.

Nous, qui ne sommes ni des handicapés ni des êtres sans raison, et encore moins les malades de qui que se soit.

Je m’en suis sortie justement parce que j’ai pu décider seule, ne pas avoir ma famille dans les pattes pour me diriger sans cesse, parce que ma psychiatre ne communiquait pas avec mes parents, parce que personne ne comptait mes médicaments le soir. Parce que j’ai pu sortir d’une communication familiale pathogène, aussi.

Parce que je suis l’enfant de quelqu’un, mais la malade de personne.

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