L’UNAFAM fait de nouveaux choix : une OPA sur la psychiatrie!

 

Docteur Guy Baillon                                                                        Paris le 3 mai 2011

Psychiatre des Hôpitaux

-2- L’UNAFAM fait de nouveaux choix : une OPA sur la psychiatrie.

 

L’UNAFAM va-t-elle « reprendre la main sur les usagers » ? En tout cas elle fait une OPA sur la psychiatrie. Vanité !

Ayant écarté un allié « encombrant », et combien ! car imprévisible, « l’usager », trop indépendant, et l’ayant réduit à un « malade psychique » soumis et dépendant, l’UNAFAM se sent à l’aise pour analyser à sa façon les besoins de ces personnes et pour décider sans concertation de ce qu’il est bon de faire pour y répondre. Elle a enfin les mains libres, sans usagers, ni psychiatres, pour dominer le débat social sur la maladie mentale. Une forme d’antipsychiatrie. Il est difficile de ne pas parler de « vanité ».

Ce n’est pas nouveau, cette voie a déjà été prise il y a une dizaine d’années par un groupe de parents d’enfants autistes. Bouleversés, à juste titre, par la douleur qu’ils avaient de ne pouvoir communiquer avec leurs enfants du fait de la gravité des troubles, insatisfaits des résultats obtenus par la psychiatrie, ces parents ont choisi de créer une Association demandant à l’Etat de reconnaitre que leurs enfants n’avaient pas besoin de soins, mais de méthodes éducatives, parmi elles les seules auxquelles ils croyaient. Ils ont obtenu gain de cause et ont créé des structures écartant tout soin psychiatrique vécu comme dangereux, choisissant des méthodes exclusivement comportementales, sans percevoir qu’elles allaient créer des robots déshumanisés. Le service public a continué à approfondir ses recherches sur l’autisme.

Aujourd’hui l’UNAFAM avec son plan psychique veut à son tour imposer sa propre vision des soins, avec d’un côté l’usage de la « force » avec la loi, et de l’autre la « mise sous dépendance » des patients.

Toutes les familles sont-elles de cet avis ? Ont-elles la même certitude de « savoir tout ce qu’il faut faire pour soigner leur proche, et le pouvoir de le faire ? ».

Le « plan psychique » de l’UNAFAM ne cache pas son but, il écarte le terme « psychiatrique » ; il s’appuie d’abord sur « l’obligation de soins » imposée par la nouvelle loi  en ayant compris (car cela sert son choix de mise sous dépendance des malades) qu’elle va produire, grâce à l’effet de la menace constante, des êtres soumis, craintifs ; le plan pour le reste mélange de façon floue soins et appuis sociaux en veillant à installer en permanence « la dépendance » des malades.

Ce texte, commet entre autre l’erreur de constamment comparer avec d’autres pays, sans remarquer que leur organisation est faite de concentrations hospitalières, et n’est pas faite sur la réalité de la politique de secteur (mettant une équipe à la disposition d’une population limitée – 60 soignants pour 60.000h) et avec le souci de la continuité des soins ; tous ces pays sont organisés autour de l’anonymat, du gigantisme, de l’éloignement, de l’absence d’échelle humaine : vouloir s’aligner sur eux comme le propose l’UNAFAM aura comme conséquence d’écarter tout ce qu’ont construit en 50 ans les équipes de secteur attentives aux soins de proximité.

L’UNAFAM dans son texte (page 4) (sans affirmer que cela remplace la psychiatrie) écrit « qu’elle veut que les dispositions de son plan soient rendues obligatoires dès la loi sans consentement appliquée » ! Le plan (p 6) « devra conforter les centres d’appel existant » (l’écoute téléphonique faite à son siège national, certes rend des services, mais de là à avoir un rôle fondamental, et à réguler la psychiatrie du pays, il y a une sacrée marge ?). Les « professionnels devront prévoir une orientation systématique des proches vers des réseaux d’aide spécialisée pour les aidants » (c’est le modèle d’initiative généreuse qui vient complètement mettre en miettes pas ses interférences le travail de continuité des équipes de secteur court-circuitées). On constate ensuite que les « aidants » sont promus acteurs essentiels du soin ‘et’ de l’appui social du début à la fin ; sont mélangés cavalièrement quelques objectifs réduits : le besoin de temps pour l’entrée dans les soins, les centres de ressources, des réseaux de partenaires comme si une intention et une énumération suffisaient, et comme si une organisation des soins et de l’appui social se réduisait à cela. On reste confondus de tant de simplisme, de flou, si ce n’est que l’on comprend que la présence des « aidants de proximité, essentiellement les familles » à tous les moments dans tous les espaces devrait permettre de tout résoudre, comme si les familles accumulaient le savoir et l’expérience de tous les acteurs du soin et de l’action sociale !

L’UNAFAM ne comprend pas qu’un tel plan reviendrait à envoyer toutes les familles au massacre (un auto-massacre, car c’est un suicide collectif, édicté par la présidence uniquement) et les surcharger de sentiments de culpabilité, car elles ne pourront assumer toutes ces tâches.

Tout est basé sur une fausse analyse.

Faut-il pour autant laisser l’UNAFAM construire ses nouvelles bastilles et préparer les futures lettres de cachet vers la garde à vue de 72 h et la chaine de mesures de contrainte assurée qui la suit pour ce 21ème siècle ? Savez-vous que les usagers vont fuir les soins et les familles ? Faut-il attendre le 22ème siècle comme futur siècle de tolérance et d’accueil ?

Il est exact d’abord que la psychiatrie française est mal en point. Mais il est irrecevable de faire une « moyenne » de l’activité des équipes et pour cela la condamner sans appel comme l’a fait le Président de la République le 2 décembre 2008 (flétrissure qu’aucun soignant ne pourra oublier), comme le fait la loi nouvelle, et ceux qui la soutiennent comme l’UNAFAM (car cette association ne s’oppose pas à la loi mais seulement à la disposition administrative dite loi HPST -qui il est vrai est stupide-, vous dites qu’elle a « oublié » la psychiatrie). La psychiatrie française souffre dans son ensemble ; mais depuis toujours et maintenant encore, de nombreuses équipes, malgré les obstacles (manque de personnel, évaluations sans fin et à contresens, abandons multiples), réalisent jour après jour une psychiatrie d’une haute qualité.

J’ai reçu de nombreux témoignages de familles scandalisées de voir le service public de psychiatrie régulièrement torpillé, et critiqué par l’Etat. Je connais personnellement un bon nombre d’équipes dont l’activité soignante est de haute qualité. Parler de « moyenne » de l’activité des équipes est inacceptable, irrespectueuse de la réalité de leurs efforts.

Je connais actuellement un certain nombre d’équipes qui savent déployer énergie et temps pour recevoir des patients dans de bonnes conditions, dites préventives, pour faire face à des difficultés psychiques en train de naitre, parce que le lien entre les différentes institutions de la ville permettent de reconnaitre l’arrivée de difficultés psychiques avant qu’elles se transforment en urgences.

Ce dont a besoin la psychiatrie c’est, nous l’avons dit, d’un climat de confiance, où chacun joue son rôle de façon complémentaire.

Certes la psychiatrie reste marquée par l’héritage des auteurs classiques qui ne croyaient pouvoir soigner que si on séparait les patients de leurs proches et de leur famille et si on les éloignait. Il est vrai que le travail à faire avec les familles ajoute un degré à la complexité du soin, car dans les entretiens il est indispensable de préserver l’intimité de chacun, comme un bien inaliénable, tout en construisant simultanément un lien collectif soutenant chacun.

Ce que nous ont appris ces dernières années, c’est qu’aujourd’hui chacun des partenaires du soin concernant une personne qui souffre détient une part de connaissance utile pour le soin, et que chacun a des ressources complémentaires ; de ce fait aucun acteur de la Santé Mentale n’a la connaissance de tous les besoins, aucun n’a les moyens, ni tous les savoirs pour répondre aux besoins de cette personne : soignants divers, acteurs sociaux, famille, patient.

L’UNAFAM seule, sans la FNAPSY, a perdu toute légitimité, elle ne peut plus être, comme elle l’a été entre 1960 et 1990, le porte-parole des malades. Elle ne peut plus se permettre de prendre à parti avec la plus grande violence, les personnes qui ne sont pas de son avis, dans tous les débats publics comme récemment, comme si seule la souffrance des familles était « sacrée », la souffrance des usagers existe aussi semble-t-il, les professionnels qui s’investissent souffrent eux aussi. Seule, isolée, l’UNAFAM  n’a plus qu’une modeste crédibilité.

Les usagers de la Santé Mentale à partir de 1992 (date de fondation de la FNAPSY) ont apporté leur témoignage sur les indignités que sont les cellules, les camisoles de force, les enfermements, les excès chimiques, ils ont montré qu’ils étaient capables de nous aider tous par leurs propres observations à mieux connaitre les méandres de la vie psychique dans les maladies psychiques graves, -psychose, PMD, prépsychose (ce qu’avait déjà permis de comprendre la psychanalyse pour les névroses). Chacun a mieux compris que le déni est la marque du délire et ne peut se modifier ni par la force ou l’éducation, ni par le médicament, mais que seule la psychothérapie permet « la mutation psychique » qui le dégage de l’étau du trouble psychique. Chacun a mieux compris avec la psychiatrie de secteur les ressources psychiques infinies de l’environnement de chacun pour appuyer les soins. Chacun a mieux compris la richesse de la famille, mais dans la mesure où elle accepte de se modifier elle-même au fur et à mesure que le patient arrive à changer.

Je voudrais pour conclure insister sur la valeur et la force respective de la famille, des usagers, des professionnels de la psychiatrie et de l’action sociale, ces différents partenaires inséparables.

Les familles ont cette force d’être le repère incontournable de l’histoire de la personne qui souffre, et le témoin du difficile parcours qui lui permet d’accéder à une vie autonome où elle se sent capable à son tour de nouer de nouveaux liens. De ce fait la souffrance de la famille doit être écoutée attentivement, la compétence à l’égard de leur proche est réelle et constitue une richesse pour le soin à venir ; elle doit être guidée pour arriver à trouver la bonne distance qui permet à la personne de construire son autonomie, seule elle ne peut y accéder. J’ai longuement défendu la position des familles, mais ne puis défendre l’UNAFAM aujourd’hui[1]. Rassemblées en Association Nationale depuis 1960 elles ont toute leur légitimité si elles établissent une alliance avec la FNAPSY. Leur force c’est leur amour et leur tendresse.

Les usagers se sont regroupés en France plus tardivement (la FNAPSY est née en 1992). Les témoignages sur leur souffrance sont devenus incontournables, sur leur vécu des troubles, sur la difficulté que représente le déni comme limite de ce qui peut être compris, singulièrement sur leurs traitements, sur les effets dits secondaires des traitements et leur vécu « physique » qui n’est jamais assez pris en considération, sur leur tendance constante et imprudente à s’isoler ; c’est l’expérience des GEM qui a permis de mettre en évidence les richesses de leurs liens entre eux, richesse qu’ils connaissaient bien eux-mêmes depuis qu’ils se sont constitués en associations d’usagers (qui étaient des GEM avant la lettre).[2]

Les professionnels aujourd’hui manquent de liens entre eux pour se faire mieux reconnaitre et apprécier. Pourtant au fil des années la richesse de la France en hommes, en expériences, en travaux théoriques est considérable dans le champ de la psychiatrie. Celle des professionnels de l’Action Sociale est aussi remarquable, mais souffre de sa méconnaissance par les acteurs de la psychiatrie. La nécessaire mise en application de la loi 2005 sur les compensations sociales des troubles psychiques (le handicap psychique) devrait nous aider à combler le fossé qui existe entre les deux. Il est temps aujourd’hui de connaitre aussi d’une part la souffrance des professionnels de la psychiatrie, source de honte elle participe à la vision chaotique actuelle,[3] d’autre part le militantisme méconnu des professionnels de l’action sociale

Il y a un autre partenaire que nous ne saurions méconnaitre, et qui joue un rôle encore différent : c’est le reste de la société qui jusqu’à maintenant a été entrainé par certains médias dans les conséquences de la stigmatisation de la folie et des troubles psychiques. Nous ne saurions lui demander de partager un rôle d’accompagnant. Elle ne peut évoluer que si les quatre partenaires évoqués déploient simplement un grand effort pédagogique pour faire comprendre la richesse de la folie, la réalité simple des troubles psychiques, la perception de la complexité des traitements, la force que constituent les découvertes autour de l’accueil du handicap psychique : la capacité de chacun de « prendre du temps » devant un trouble psychique, et « d’avoir une attitude humaine » à chaque fois.[4]

CONCLUSION : Nous ouvrons ici le début d’un appel solennel à toutes les familles de patients présentant des troubles psychiques. Certains d’entre nous vont diffuser cet appel et proposer une modalité simple de recueil des réponses :

Soit vous, famille, vous soutenez « le plan psychique de l’UNAFAM », qui nous semble flou, vaniteux, isolé, déconsidérant l’UNAFAM qui deviendra fétu de paille dans tous les débats ?

Soit vous, famille, pensez que vous pouvez mener une contestation à l’intérieur de l’UNAFAM au lieu de la détruire la renouveler en choisissant de la situer dans l’alliance avec la FNAPSY ? prenant en considération l’effort fait par les usagers, en se réunissant avec les différents acteurs de la Santé Mentale autour de ce que la France a réussi à créer en 50 ans : un édifice fait de trois parties : La psychiatrie de secteur pour les soins, la loi de 2005 pour les compensations sociales, la prévention, avec une cohérence de réalisation : cad. -une présence disponible 24/24h dans chaque secteur, une continuité de soins en ville associée à des services d’accompagnement social, et un Conseil de Santé Mentale local par secteur ?

Ainsi le premier acte des élus de 2012 devrait être l’abrogation de la loi sur l’obligation des soins, entretemps il est indispensable de mener de grands débats dans l’ensemble de la France sur la totalité des questions concernées par folie, psychiatrie et action sociale. Ainsi les futurs élus pourront d’emblée élaborer un « plan cadre de Santé Mentale»[5] prenant en compte débats et propositions, ensuite seulement il sera temps de peser la nécessité ou non d’une loi spécifique qui, étant donné le soin bien établi dans chaque secteur, devrait être une loi portant sur les cas exceptionnels, sachant que pour le reste ce n’est pas la loi qui soigne, mais les hommes.

 

[1] « Les usagers au secours de la psychiatrie », page 219 ; « Quel accueil pour la folie » page 296 ; Médiapart Contes de la folie ordinaire : 27 mai 2010, 5 avril 2011.

[2] « Les u. p133 et 234, « Q. p 288, M. : 29 mars 2010, 8 avril 2011

[3] M. : 6 avril 2011

[4] « Les u. p 363

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2 commentaires »

  1. «  » »Ils ont obtenu gain de cause et ont créé des structures écartant tout soin psychiatrique vécu comme dangereux, choisissant des méthodes exclusivement comportementales, sans percevoir qu’elles allaient créer des robots déshumanisés. Le service public a continué à approfondir ses recherches sur l’autisme. » » »
    Si ce mec est capable d’ecrire des trucs aussi pathétiques, je doute qu’il soit capable de remettre les familles dans le droit chemin… C’est d’un ridicule… Une vision aussi caricaturale et dénigrante ne devrait pas être prise au sérieux…

  2. Lana Said:

    Je ne suis pas d’accord non plus sur ce point. Quand on compare l’ABA aux autistes abandonnés en HP, il n’y a pas photo. En plus, il n’y a rien de comparable entre les parents d’autistes qui veulent des structures adaptées pour leurs enfants, qui ont choisi d’autres soins que ceux proposés traditionnellement, pour apporter plus de bien-être à leur enfant, plus d’autonomie, et l’UNAFAM qui veut penser, décider, parler à la place de leurs enfants adultes et les maintenir sous leur coupe. Je ne comprends absolument pas comment on peut rejeter l’ABA ou les centres spécialisés pour les autistes quand on voit les résultats et surtout quand on n’a rien d’autre à proposer.
    Cela dit, si je ne suis pas d’accord avec Guy Baillon à ce sujet, je pense qu’il dit tout de même des choses intéressantes sur d’autres points.
    Je trouve que ce qui se passe avec les autistes est emblématique des querelles de clocher, on préfère sacrifier des enfants que d’admettre que d’autres solutions existent.
    Les parent se battent pour leurs enfants mineurs, l’UNAFAM infantilise des gens majeurs qui peuvent s’exprimer eux-mêmes, c’est très différent.


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