Témoignage d’un psychiatre: « Parler d’antidépresseurs n’a plus de sens »

Lassé des raccourcis souvent dangereux et stigmatisant relayés par les médias au sujet des « antidépresseurs » et des maladies psychologiques, William Pitchot, professeur de psychiatrie à l’ULG et psychiatre clinicien au CHU de Liège, nous a écrit pour recadrer un peu les choses.

Le Belge est un gros consommateur de médicaments. Une étude de la mutualité chrétienne publiée ce vendredi indique que celui-ci en a consommé plus de 8 milliards l’année dernière. Parmi ceux-ci, on retrouve régulièrement l’une ou l’autre pilule classée sous le nom « antidépresseurs ». Pourtant, très souvent, celles-ci ne sont pas prescrites dans le cadre d’une « dépression ». Elles n’en sont pour autant pas moins nécessaires.

Un nom mal choisi qui stigmatise les patient et freine les soins

Parfois, les patients hésitent à prendre un traitement fait d’antidépresseur. Ils hésitent aussi à l’évoquer avec leurs proches. Pour beaucoup, prendre des antidépresseurs serait faire aveu de faiblesse. Il n’en est rien. « Antidépresseur est aujourd’hui un terme qui n’a plus de sens parce qu’ils ne sont pas utilisés uniquement dans la dépression. Les antidépresseurs sont une classe pharmacologique particulière », nous explique William Pitchot,  professeur de psychiatrie à l’ULG et psychiatre clinicien au CHU de Liège. « Ce ne sont pas des neuroleptiques, des antipsychotiques ou des calmants. Leurs indications sont nombreuses comme la dépression mais aussi les troubles anxieux (phobie sociale, trouble panique, anxiété généralisée, TOC, …), la douleur chronique et l’insomnie« , continue-t-il.

Des raccourcis souvent dangereux dans la presse

Le professeur Pitchot regrette que, trop souvent, des raccourcis dangereux soient relayés par la presse. Pour lui, les médias participent ainsi, sans le vouloir, « à cultiver le sens péjoratif des mots ‘antidépresseur’ et ‘dépression’ ». L’information, au sens général,  donnée par la presse à ce sujet poserait problème par rapport à celle donnée en consultation. « L’interprétation que l’on peut faire du nombre d’antidépresseurs prescrits en Belgique est forcément complexe. Ces médications sauvent la vie de nombreuses personnes dans le monde », argumente-t-il.

Des conséquences parfois dramatiques

L’information diffusée n’est pourtant pas sans conséquences. Pour illustrer son propos, le professeur Pitchot nous rapporte les répercussions d’une annonce faite aux USA : « Il y a 3 à 4 ans, une alerte été émise par les autorités américaines sur le risque de suicide associé à l’utilisation des antidépresseurs chez les adolescents. La conséquence a été une réduction spectaculaire du nombre d’antidépresseurs prescrits chez les adolescents et parallèlement une augmentation tout aussi spectaculaire du nombre de suicides. »

Il nous précise encore que prescrire des médicaments n’est pas le but premier recherché par un psychiatre. Son rôle premier est d’amener un patient vers un mieux-être, en évitant la médication quand cela est possible.

http://www.rtl.be/info/vous/temoignage/795237/temoignage-d-un-psychiatre-parler-d-antidepresseurs-n-a-plus-de-sens-/

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8 commentaires »

  1. Behemothe Said:

    Sait-on s’il est salarié d’un laboratoire pharmaceutique?
    Touche-t-il des commissions des laboratoires?
    Bon il y a du vrai des deux cotés, il n’empêche, je suis très sceptique.
    Quand on voit comment cela se passe dans les laboratoires pour fourguer leurs médicaments, on ne peut qu’être très soupçonneux et je prends avec des pincettes ses dires.
    Faut-il parler d’euphorisant? C’est comme aveugle et non voyant. Technicien de surface comme mot ça remplace tous les antidépresseurs du monde, pardon, les euphorisants du monde.

  2. Lana Said:

    Eh bien, moi, son article m’a réconfortée. On entend tout le temps que les AD sont trop utilisés (ce qui est vrai) mais on n’oublie de dire que c’est vital pour d’autres personnes. Du coup, les gens passent leur temps à te regarder comme un drogué qui abuse des médocs, tout ça parce que tu soignes une maladie grave. C’est au point que quand je vais dans une pharmacie qui n’est pas celle où je vais habituellement, et que j’achète juste des AD et pas mes neuroleptiques avec, je me dis qu’on me prend pour quelqu’un qui abuse des médicaments. Parler des abus de médicaments, oui, le problème c’est que souvent on stigmatise tous les gens qui en prennent, et ça ça m’énerve. Certains vont jusqu’à demander le déremboursement des AD. Donc, on devrait payer pour les abus des autres? Et souffrir parce que certains utilisent mal des médicaments qui nous sont nécessaires?
    Et je peux te dire que ma vie avec AD n’a rien avoir avec ma vie sans AD. Et il ne s’agit absolument pas d’euphorisants, il s’agit juste de vivre un peu moins douloureusement, c’est-à-dire ne pas passer toutes mes soirées et tous mes week-end à pleurer pendant des heures et à me couper. Les AD permettent d’avoir une humeur normale, pas d’être sur un petit nuage.

  3. Behemothe Said:

    « Certains vont jusqu’à demander le déremboursement des AD. Donc, on devrait payer pour les abus des autres? »
    Oui exactement, c’est toujours comme cela que ça se passe. Enfin toujours, disons la plupart du temps. C’est vraiment la plaie, comme tu dis.
    Écoutes quand c’est toi qui le dit et qui l’explique avec ton vécu, je comprend mieux et je te crois, mais quand c’est un psychiatre, je suis très gêné aux entournures, pour l’écouter et le croire.
    Ton explication est beaucoup plus claire que celle du psychiatre, et c’est bien qu’elle soit là.
    Merci

  4. Les antidépresseurs fonctionnent finalement plutôt comme des antistress, en diminuant les réactions émotionnelles, notamment douloureuses (anxiété, honte, culpabilité, tristesse). Hélas, les émotions positives sont aussi atténuées, ce qui s’ajoute à d’autres effets secondaires parfois pénibles. Cependant, en tant que psychiatre, je suis témoin du fait que les antidépresseurs peuvent améliorer grandement la vie de certaines personnes, voir même la sauver, autant qu’ils peuvent ne servir à rien chez d’autres, voir leur gâcher la vie. L’une des missions les plus difficiles d’un psychiatre, c’est de savoir quand en donner, et quand ne pas en donner : cela s’apprend bien sur, dans les bouquins mais surtout auprès des patients qui sont les premiers à savoir nous dire si un traitement leur est utile ou non. Au final la diabolisation du médicament ne vaut pas mieux que sa vénération.

  5. Lana Said:

    Dans mon cas, oui ça agit comme un antistress, et me permet de vivre sans prendre tout de façon très exagérée, juste de façon un peu exagérée! Quand aux effets secondaires, j’ai de la chance, je n’ai eu jamais eu aucun.
    Béhémote, ce sont les généralistes qui prescrivent le plus d’AD, pas les psychiatres. Et ils ne sont pas tous inféodés aux labos, même si c’est vrai que ça devient difficile de croire quelque chose quand on voit la puissance des labos.

  6. Behemothe Said:

    Oui, je connais les généralistes qui prescrivent des médicaments pour malades mentaux. Ça m’a couté plusieurs visite aux urgences pour incompatibilité avec ce médicament. Bon cela m’est aussi arrivé une fois avec mon psychiatre préféré, sauf que lui a tout de suite compris ce qu’il se passait, alors que le généraliste pas du tout, il s’est entêté.
    Pour ce qui est des labos, leurs méthodes donnent des frissons tout de même. Encore aux États Unis avec les classes actions on a une réelle réponse aux scandales, mais en France, il n’y a rien si ce n’est que des réponses personne par personne, avec tentative d’achat du silence toujours personne par personne par le labo Servier pour prendre le dernier exemple.
    Il faudrait aussi parler des visiteurs médicaux qui n’ont de médicaux que le nom et qui sont en fait des commerciaux, avec des discours tout prêt. Si le médecin prend ses infos que du visiteur médical, il y a de gros soucis à se faire. Malheureusement, j’ai peur que ce soit la grande majorité.
    Quant aux médecins qui sont hors du champ des labos, quand ils l’ouvrent, ils se font attaquer par les labos incriminés, voir Frachon dans l’affaire Mediator qui a subit des intimidations.
    Bref je n’ai pas ton optimisme, mais c’est aussi un peu dans ma nature

  7. Lana Said:

    Je pense qu’il y a quand même des médecins qui ont un esprit critique même s’ils n’attaquent pas frontalement les labos. Par exemple, ma psychiatre évite autant que possible de prescrire du Zyprexa à cause des effets secondaires, et pourtant Lilly est super puissant.
    J’ai vu le reportage d’Envoyé Spécial sur le Médiator, et c’est carrément une mafia ce labo.
    J’avoue que je suis gênée de dépendre de ces gens, en même temps je vis bien grâce à eux, même si je sais que ce n’est pas leur but premier.

  8. Behemothe Said:

    Mais je n’ai jamais dit le contraire, ce que je dis, c’est que c’est malheureusement une minorité, d’où la difficulté à trouver à psychiatre qui convienne.
    Heureusement on ne dépend pas directement des labos, il y a le psychiatre entre, d’où sont importance primordiale. Il est notre assurance vie face aux labos.
    Quant au Zyprexa utilisé avec les maniaco-dépressif, il y a là un vrai problème éthique auquel je ne sais pas répondre, bien que j’en subisse indirectement les conséquences. On est là véritablement dans l’utilisation du médicament comme camisole chimique. Plus que désagréable.


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