Rien ne m’est dû

« Eux (les patients en psychiatrie) ne craignent jamais de faire payer quelqu’un. Tout leur est dû. C’est étrange. Leur culpabilité est pourtant bien réelle, mais elle ne s’exprime pas de cette manière: ce que vous leur donnez, ce n’est jamais assez. »

« Folie, leçon de choses », Blandine Ponet, Erès

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Tout ne nous est pas dû, je ne pense pas. Ce n’est pas ça.

C’est qu’on est un puits sans fond, qui réclame toujours plus d’attention, de considération, de certitudes. Mais pas parce que tout nous est dû. Parce que pour nous, les relations humaines, c’est un investissement total. Moi j’aime ou je n’aime pas, et mon désintérêt comme ma fidélité sont sans faille. C’est vrai, on m’a toujours dit que j’attendais trop de gens, mais parce que j’étais prête à donner trop aussi. C’est trop peut-être pour les gens, pour moi c’est juste normal. Je n’attends pas plus que je suis prête à donner. Ma loyauté à ceux que j’aime vraiment est absolue. Et elle ne supporte pas les trahisons,  peut-être même pas les hésitations. Et une fois que c’est fini, je ne peux pas revenir en arrière.

Je suis un puits sans fond qui espère une main tendue, un peu de compréhension devant ma souffrance. Je dis un peu, mais c’est faux, je voudrais une compréhension totale, je voudrais ne plus être seule dans mon monde. Alors, les incompréhensions, les malentendus me font du mal. Alors je parle, je répète, je raconte, et je suis toujours mécontente d’avoir mal parlé. Et ceux dont c’est le métier de nous soigner, une fois que j’ai donné ma confiance à l’un d’eux, c’est vrai j’en attends tout. Tout ne m’est pas dû en-dehors de leurs heures de travail, pas du tout. Mais peut-être, oui, suis-je un vampire dans le temps imparti. Mais si ce n’est jamais assez, ce n’est pas pour minimiser ce que me donne la personne, mais parce que je crois toujours ne pas le mériter, parce que je veux toujours le vérifier, je ne suis jamais sûre, je n’ai pas le droit, je ne fais pas bien, j’exagère, je ne peux pas croire ce qu’on me dit. Ce n’est pas la personne qui parle le problème, non, je la crois avec ma raison, mais pas avec mon coeur qui ne le mérite pas, alors il faut demander, demander encore, être rassuré. Et il faut que ça soit sincère, peu importe si ça me contrarie, tant que ce n’est pas un mot qui peut me faire mal comme un abandon ou un rejet, tant que ce n’est pas une parole d’incompréhension qui me relègue dans l’autre monde. C’est vrai, ce n’est jamais assez. Mais pas parce que tout m’est dû. Parce que rien ne m’est dû justement.

Rien ne m’a jamais été dû, je n’ai jamais eu les certitudes qu’avaient les autres quand ils disaient « quand je serais marié, quand j’aurais des enfants, quand je serai vieux », sûrs qu’ils étaient d’être aimés et de faire ce qu’ils voudraient de leur vie. Moi j’ai toujours dit si et pas quand, et sans y croire en plus. Et je m’étonnais de ces certitudes qu’avaient les gens. Mais il s’est avéré qu’ils ont eu raison de dire quand. Et moi aussi avec mes si.

Et je vis avec ces angoisses, dans un monde vacillant, alors c’est vrai qu’à celui qui est fort en face de moi, du moins dans sa fonction, je demande sans cesse des certitudes, un peu moins de tremblements sous mes pieds. Toujours, toujours, il faut le redemander, même si on n’y croit plus, même si on sait que notre monde restera vacillant, mais on veut une main pour tanguer moins, au moins une parole à boire pour combler un peu cette soif inextinguible de réconfort.

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2 commentaires »

  1. Behemothe Said:

    Je préfère ne rien attendre, de qui que ce soit, et ainsi de prendre avec joie les bons évènements qui arrivent et qui ne sont pas attendus, et d’accueillir sans étonnement les mauvais avec un « ben oui je l’avais bien dit ». Mais évidement, je suis comme toi, impossible de prévoir et le « quand je serai » ne sera jamais. A tel point qu’il m’est impossible de réserver un spectacle d’une année sur l’autre comme le demande les maisons de la culture, théâtres ou opéra. bref une vie au jour le jour.
    Merci pour ce beau texte

  2. Lana Said:

    Je vis aussi au jour le jour maintenant, je ne fais pas de projets à long terme, et je prends ce qui vient, bon ou mauvais. La maladie oblige à ça je crois, et ça permet de profiter de l’instant présent.


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