Une issue pour les schizophrènes

25 juin 2011    – CHRISTELLE MAGAROTTO

SANTE

La schizophrénie est une maladie potentiellement grave.  Cependant, loin des idées reçues, on peut se rétablir et même en guérir.

Anne* venait d’avoir 20 ans. C’était l’année de son bac. Ses camarades voyaient bien que ça n’allait pas fort pour elle, mais ils ne mesuraient pas à quel point. Elle fumait beaucoup d’herbe. Ils se disaient que ça devait venir de là, ce côté un peu décalé… Puis un jour, ils ont appris ce qui se passait vraiment.Elle s’était bâtie tout un monde. Leur prof de philo était un agent secret, une camarade, son bras droit infiltré dans la classe. Leur mission: faire tomber un réseau de dealers. Dans cette affaire, elle était la principale suspecte.

Depuis des mois, elle vivait dans l’angoisse perpétuelle de se faire arrêter. Elle avait peur, elle ne pouvait en parler à personne.

Le temps du bac est arrivé. Elle le réussit malgré la maladie. Peut-être n’avait-elle pas décroché totalement de sa scolarité, parce que celle-ci faisait partie intégrante de son délire… C’est difficile à dire. Aujourd’hui, marginalisée, assommée par les médicaments, elle erre de bar en bar, quémande de l’argent pour s’offrir un verre. La trentaine à peine, sa vie est comme jouée déjà.

Cependant, si Anne avait eu 20 ans en 2011, dans la région lausannoise, sa maladie aurait peut-être été détectée à temps et son sort aurait pu prendre une tout autre tournure.

En effet, depuis 2004, le département de psychiatrie du Chuv de Lausanne a lancé un programme de détection précoce de la schizophrénie et des autres formes de psychoses. « Dans les années 1970-1980, des études ont été menées et ont montré que l’évolution de la maladie n’était pas fatalement mauvaise », explique Philippe Conus, chef du service de psychiatrie générale du Chuv. En effet, ces études ont estimé qu’un à deux tiers des patients présentant cette maladie évoluent favorablement sur le long terme. « Après un ou deux épisodes psychotiques, la maladie peut disparaître et ces personnes peuvent vivre dès lors parfaitement normalement. »

Longtemps, cependant, la psychiatrie a adopté une attitude pessimiste envers cette maladie psychique jugée alors incurable. Les patients étaient voués à l’enfermement. Aujourd’hui, en revanche, elle mise sur le rétablissement et la guérison. « Mais pour arriver à un tel résultat, il faut pouvoir intervenir le plus rapidement possible », explique le docteur. « Plus on intervient tôt, moins il y a de chances qu’une chronicité ne se développe. Malheureusement nous arrivons souvent trop tard. »

C’est que la schizophrénie n’est pas aisément identifiable. Des recherches sont menées aujourd’hui encore, également sur le plan biologique, pour déterminer avec précisions les symptômes précoces de la maladie, voire avant-coureurs, ainsi que la présence de marqueurs biologiques, afin d’affiner le diagnostic. « Il est très difficile de parler de symptômes précis dans la phase qui précède la psychose. Il y en a, certes, mais ils sont communs à d’autres pathologies. »  En effet, difficultés dans les activités professionnelles ou scolaires, retrait social ou encore troubles de l’attention peuvent être révélateurs d’une psychose débutante tout comme d’une dépression. Les modifications des perceptions visuelles ou auditives et le désordre dans les pensées ne sont pas plus spécifiques.

« Ce que nous savons en revanche, c’est que la schizophrénie se développe majoritairement chez les adolescents et les jeunes adultes », explique Philippe Conus. « Une fois la psychose installée, souvent les patients convaincus de la réalité de leur délire ne demandent pas d’aide. Ce qui occasionne de très longs délais avant que des soins adaptés ne soient mis en place. »

Dès lors, une partie importante du travail de l’équipe de détection précoce consiste en la sensibilisation du milieu médical afin que médecins ou psychologues leur envoient les personnes correspondant au profil. Une fois le patient identifié, le programme établi par le département de psychiatrie propose des soins flexibles à domicile ou en consultation. Ce travail de terrain permet d’améliorer l’engagement des jeunes dans leur traitement. « Si un jeune présente de telles difficultés, il est nécessaire de l’adresser à un généraliste ou à une consultation spécialisée dans les soins aux adolescents, afin qu’il soit orienté vers une structure adaptée telle que la nôtre. »

La prévalence de la maladie est évaluée à 1% de la population. Ainsi, en Suisse, 70 000 personnes souffriraient aujourd’hui de schizophrénie. * prénom fictif

 

Le mot « schizophrénie » a été créé par le psychiatre suisse Eugen Bleuler en 1908. Il désigne un ensemble de troubles mentaux caractérisés par une perte de contact avec la réalité. La forme hallucinatoire en est la plus courante. keystone

http://www.lenouvelliste.ch/fr/news/suisse/une-issue-pour-les-schizophrenes_10-294064

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4 commentaires »

  1. Igor Thiriez Said:

    Le problème avec cette détection précoce reste l’aspecificité des symptômes. Entamer un traitement neuroleptique chez quelqu’un que l’on soupçonne de pouvoir développer ultérieurement une schizophrenie est une démarche contestable. Il peut être préférable de mettre ne place des mesures non médicamenteuses dans un premier temps mais il est déjà difficile de convaincre un malade de se soigner, alors quand celui-ci n’est pas encore malade… Ceci est d’autant plus regrettable que ce type de programme est vraiment bénéfique…

  2. Lana Said:

    Je suis d’accord, je ne vois pas comment quelqu’un pourrait supporter de prendre des neuroleptiques sans être vraiment malade. Mais la détection précoce est importante, sans pour autant tomber dans l’excès. C’est difficile de savoir quand diagnostiquer une schizophrénie et savoir ce qui se passerait sans médicaments. Le problème est que souvent on attend trop longtemps pour des soins tout court. Je suis restée trois ans sans être soignée, et chaque rechute était pire que la précédente, même une fois soignée, l’arrêt des médicaments entraînait la survenue de nouveaux symptômes, même si ce n’était pas une franche rechute, et il fallait toujours plus de temps pour s’en débarasser. Au début, j’avais des rémissions spontanées, alors que maintenant, je ne peux tout simplement plus vivre normalement sans traitement. Sans parler du traumatisme de ces périodes de crise. Bref, tout ça pour dire que l’absence de soins aggrave les choses, mais qu’on ne peut pas non plus mettre tous les gens un peu bizarres sous neuroleptiques. Quant à la difficulté de convaincre quelqu’un de se soigner, je suis sûre que ce serait plus simple si ce n’était pas justement neuroleptiques + HP. Si une personne souffre, ou si elle ne souffre pas, mais qu’on lui propose d’abord juste de parler, d’avoir des gens en qui elle peut avoir confiance, et ne craignait pas tout ce qui s’ensuit, ce serait beaucoup plus simple de mettre en place des soins précoces. Les gens ont peur d’aller voir un psychiatre, moi aussi j’avais peur, et malheureusement il y a parfois des raisons.

  3. choquet Said:

    dire qu’on en guéri est faux aprés certaines formes sont moins virulentes…ma fille fait partie des formes les plus virulentes et les traitements à long therme détériorent certains organes

  4. Lana Said:

    Certaines études parlent pourtant de patients qui arrivent à vivre sans symptômes et sans traitement, même s’ils ne sont pas une majorité. Sur quels chiffres vous basez-vous pour dire qu’elles sont fausses?


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