La schizophrénie coule dans mes veines

Si je parle trop de la schizophrénie, le passé revient me hanter et je souffre des ces souvenirs. J’en fait des cauchemars.

Si je parle trop de la psychiatrie, ses dérives m’écoeurent et ses injustices me mettent à terre, comme si je les vivais personnellement. J’en fait des cauchemars.

Si je ne parle ni de l’une ni de l’autre, je pense me protéger. Je m’éloigne de tout ça, parce que ça me détruit. Mais si je n’en parle pas, j’en rêve. Je fais des cauchemars quasiment toutes les nuits, et jamais aucun rêve agréable, plus depuis des années. Mais dans ces moments-là, ils sont pires. La folie vient hanter mes rêves, avec le danger de mort, de viol, d’enfermement. Avec mon pied en sang dont j’ai moi-même entaillé la peau, et ce sang ne s’arrête plus, et tout le monde le voit, et sait que c’est moi la coupable. Ma folie éclate au grand jour. Et l’angoisse, la peur d’être enfermée, rejetée. Souvent ça se produit, et il ne me reste qu’à baisser les yeux devant le regard de tous, qui savent, et ne veulent que s’éloigner de moi.

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Et toute la journée, ces rêves me hantent, je les porte avec douleur, parce qu’ils ne sont pas loin de la réalité, passée ou présente, quelle importance, la souffrance s’en moque, c’est la réalité voilà tout. Et voilà que moi qui ne voulais plus penser à tout ça pour me protéger, j’y pense.

Quoique je fasse, quoique je veuille (être forte, assurer, avoir l’air bien, oublier, surtout oublier pendant au moins une journée entière), j’y pense. Je n’ai rien trouvé pour ne plus y penser, rien du tout. Quelqu’un m’a demandé un jour pourquoi je me disais toujours schizophrène alors que j’allais mieux. Mais parce que j’y pense tout le temps, et si je n’y pense pas j’en rêve, donc j’y pense. Depuis des années, mon esprit m’épuise, ne me laisse pas beaucoup de répit (juste quand je lis). J’y pense, j’y pense, j’y pense.

A croire que cette maladie coule dans mes veines et vit dans chaque neurone. Contre ma volonté, qui elle aussi finit par s’épuiser.

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5 commentaires »

  1. behemothe Said:

    Brrrrrr pas gai ton texte. Vraiment pas gai du tout
    je sais pas trop quoi dire si ce n’est courage

  2. Alain Said:

    J’ai été très touché par ce que tu as dis, j’ai longtemps éprouvé la même obsession. On dit que parfois ça s’apaise avec l’age, pour ma part, j’y pense maintenant avec moins d’angoisse, j’ai accepté ma part de maladie qui persiste quoi que je fasse et j’essaye de vivre malgré tout.

    J’apprécie beaucoup tes messages quand tu parles avec beaucoup de lucidité et d’émotion de ta souffrance.

  3. Lana Said:

    Moi aussi j’ai accepté ma part de maladie, je vis avec, j’y arrive je crois, plus ou moins, mais il y a ce poids qui reste là, un peu comme un traumatisme. En fait, ce traumatisme est peut-être plus présent que la maladie elle-même.

    Merci Béhémote pour tes encouragements.

  4. jivé Said:

     » Plus jamais on ne sera comme avant.
    Si vous essayez d’oublier
    Les autres, eux, n’oublieront pas.
    Profondément marqué par l’univers asilaire
    Comme par un sceau imprimé dans la chair.
    Marque infamante
    d’une raison chancelante…
    Malheur à qui une fois trébuche…

    Sol. F.
    TK N° 11, 1er juin 1974

    http://anormopathe.skynetblogs.be/archive/2011/07/19/ah-tu-travailles-dans-un-h-p.html « 

  5. Lana Said:

    J’ai moins de problème avec les autres qu’avec moi-même concernant la vision de la maladie, mais l’époque n’est plus la même.


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