Psychiatrie : les malades abandonnés

L’auteur

Danièle Gilis, médecin de santé publique, dirige le Centre de santé municipal d’Ivry-sur-Seine

 

La situation des malades mentaux en France est indigne. Face à une réduction des capacités d’accueil en hôpitaux psychiatriques, les malades se retrouvent souvent à la rue ou en prison.

Wrangler / Shutterstock

Un sans-abri, ou bien un schizophrène exclu par le système de santé ? Un tiers des sans domicile fixe souffrent d’une maladie mentale grave.

 

Il y a des chiffres qui restent dans l’ombre, que l’on évite d’ébruiter, comme pour ne pas affronter l’étendue des problèmes qu’ils recouvrent. Ainsi, d’après une enquête menée par le samu social de Paris et l’inserm en 2009, 32 pour cent des sans domicile fixe souffrent d’un trouble psychiatrique sévère. Chez les 18-25 ans, ils sont 40 pour cent. Non que la maladie résulte de la condition de sans-abri – les troubles psychiatriques constatés ne se développent pas, pour la plupart, au contact de la précarité. Ces troubles sont souvent préexistants, et devraient être traités comme il se doit. Simplement, les « fous », comme on les nommait autrefois, n’ont plus leur place dans la société civile.

Lorsqu’ils ne dorment pas sous les ponts, on les trouve en prison. En 2004, le bureau d’études en santé publique cemka-eval, a réalisé, auprès de détenus, une enquête sur la prévalence des troubles psychiatriques en milieu carcéral, à la demande de l’Administration pénitentiaire et de la Direction générale de la santé. Les chiffres obtenus sont inquiétants. Les troubles anxieux apparaissent les plus fréquents (56 pour cent), suivis des troubles de l’humeur encore dits troubles thymiques (47 pour cent). Par ailleurs, 34 pour cent des détenus présentent une dépendance aux drogues et parfois également à l’alcool et 24 pour cent un trouble psychotique.

Que la société ne veuille pas voir ses malades mentaux, les excluant de facto, voilà qui ressemble étrangement à un retour en arrière. En effet, la santé mentale a été prise en compte au xviie siècle par une politique d’enfermement dans les hôpitaux généraux très bien décrite par Michel Foucault dans Histoire de la folie à l’âge classique, publié en 1961. Cette organisation avait surtout pour but de garantir l’ordre public : il fallait cacher ceux qui encombraient les rues. Étrange miroir inversé : autrefois, on créait des asiles pour vider les rues de leurs malades mentaux, aujourd’hui les asiles ferment et les rues se remplissent de ces mêmes infortunés…

Avant de chercher le coupable, rappelons qu’il n’y a pas de fatalité. Un monde où les malades mentaux sont intégrés à la société est possible. Cette situation a existé durant une trentaine d’années environ, à compter des années 1950. À cette époque, l’arrivée des neuroleptiques a permis de soulager enfin une partie des souffrances mentales, et a facilité la réflexion sur une politique de sectorisation de la psychiatrie qui permettait de maintenir les patients à domicile. C’est ainsi qu’ont été créés les Centres médico-psychologiques. Ils devaient permettre aux malades de consulter près de chez eux sans qu’ils soient obligés de se rendre dans les grands hôpitaux qui faisaient peur. Médecins et infirmiers pouvaient les recevoir dans un cadre plus accueillant, ou se rendre à leur domicile quand le patient avait du mal à se déplacer. Ce n’était pas une utopie : j’ai vu fonctionner un système de ce type jusqu’au début des années 1980 dans certains secteurs psychiatriques, dont celui de Choisy-le-Roi.

Une situation qui se dégrade

J’ai vu des soignants tisser des liens avec une malade en parlant avec elle à travers la porte de sa chambre, close depuis plusieurs années. D’autres accompagner une jeune mère très handicapée sur le plan relationnel, pour qu’elle fasse connaissance en service de réanimation avec ses jumeaux. À cette époque, nous voulions laisser les malades mentaux dans leur lieu de vie. Nous rejetions l’enfermement dans les « asiles » et incitions les bien-portants à cohabiter avec les malades au sein de leurs quartiers et de leurs villages. Nous prenions exemple sur nos collègues belges qui, depuis le Moyen Âge, organisent la vie avec leurs malades mentaux, au sein des villes.

 

Alors, comment expliquer la régression que nous décrivent, chiffres à l’appui, des enquêtes comme celle de l’inserm ? Le problème est qu’au cours des années 1980, le discours sur l’accompagnement des malades dans les Centres médico-psychologiques ou à domicile a été repris au plus haut niveau avec un autre objectif : celui de fermer des lits d’hôpitaux, car ils coûtent trop cher. Aujourd’hui, environ 75 pour cent des adultes et 97 pour cent des enfants et adolescents soignés dans les services publics de psychiatrie ne sont jamais hospitalisés ; ils sont suivis en ambulatoire, dans des lieux rattachés au même « secteur ». Un tel désengagement de l’hôpital n’aurait de sens que si les structures de proximité permettant aux malades d’être accompagnés au quotidien étaient totalement opérationnelles, et si les médecins et infirmiers des Centres médico-psychologiques pouvaient aller rendre visite aux patients en rupture de soins. Or c’est loin d’être le cas.

De nombreux centres ambulatoires manquent aujourd’hui de psychiatres qui sont en nombre insuffisant, et surtout de lieux de vie alternatifs, tels les centres de crise ou les appartements thérapeutiques. Les malades mentaux, au milieu de cette déstructuration du système de soins, n’ont plus d’asile pour les accueillir.

La responsabilité de la société

Selon leur milieu social et leurs symptômes, on retrouve alors les malades mentaux, soit chez eux et non soignés, soit dans la rue livrés à l’errance, soit encore en milieu carcéral s’ils ont commis des délits liés le plus souvent à leur état mental. Que se passe-t-il dans le premier cas, à domicile ? Bien souvent, l’entourage, non soutenu par les soignants, condamne le malade à l’isolement. Ce dernier se trouve alors dans l’incapacité d’entreprendre les démarches nécessaires pour percevoir ses droits. Dans une société très organisée, mais souvent technocratique, monter un dossier de retraite, obtenir une allocation d’adulte handicapé, voire simplement payer son loyer, exigent de grandes compétences que ces malades n’ont plus – si tant est qu’ils les aient jamais eues.

Souvent, on découvre la situation de ces malades quand les bailleurs s’inquiètent de ne pas être payés, quand les voisins sont gênés ou inquiets de comportements bizarres, lorsque les problèmes d’hygiène sont tels que des odeurs, voire des insectes font penser qu’une personne malade est en cause. Au mieux, les services d’hygiène ou les services sociaux se rendent chez l’habitant pour le convaincre de rencontrer des soignants. Mais une assistante sociale ne peut se rendre au domicile d’une personne et entreprendre des démarches que si cette personne a été déclarée vulnérable. Et même quand l’autorisation est obtenue, il est de plus en plus rare qu’un psychiatre puisse faire une évaluation psychiatrique, le Centre médico-psychologique ne disposant que très rarement d’une équipe mobile.

 

Quand aucune prise en charge n’est possible, la situation du malade continue à se dégrader : il se retrouve expulsé, à la rue, voire en détention. Depuis que nous avons fermé les lits hospitaliers, beaucoup de malades mentaux vivent dans la rue ou en prison. C’est la place que nous sommes en train de leur assigner. Éviter que la situation ne s’aggrave, sauver ce qui peut encore l’être et espérer un retour à la situation plus humaine que nous avons connue il y a 50 ans, suppose de considérer la santé comme une question de société, de solidarité et d’éthique. La rentabilité économique ne peut pas, ne doit pas être l’unique objectif de notre politique de santé publique. ■

http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/f/fiche-article-psychiatrie-les-malades-abandonnes-27179.php?chap=1

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31 commentaires »

  1. Alain Said:

    Merci pour cet article. La situation des malades mentaux à la rue ou en prison est insupportable mais on en entend rarement parler. Qui va s’en occuper ?

  2. Lana Said:

    Pas grand-monde!

  3. Igor Thiriez Said:

    Il faudrait peut être mieux les dépister au préalable, pour éviter d’en arriver axes situations critiques desquelles les patients peinent à sortir (licenciement, exclusion du domicile, alcoolisme avancé etc.). Hélas, des que l’on aborde le sujet du dépistage, d’autres problèmes se posent…
    Je ne pense pas que la psychiatrie régresse. Il vaut mieux être soigné aujourd’hui qu’il y a 20 ans, mais j’ai la désagréable impression que la situation est verouillée de tous les cotés.

  4. Lana Said:

    Qu’il y a 30 ou 40 ans, certainement, qu’il y a 20 ans, je ne suis pas si sûre. Sans parler de tous ceux qui ne sont pas soignés, et je ne parle pas seulement des SDF mais de tous ceux à qui ont donne un rendez-vous de cinq minutes par mois alors qu’ils sont en crise, de ceux qui végètent dans les HP, etc…

  5. behemothe Said:

    La rentabilité économique ne peut pas, ne doit pas être l’unique objectif de notre politique de santé publique
    et oui l’humain doit passer avant le fric !
    Et il n’y a pas que pour les fous que cela est vrai mais pour tout.
    Ce texte n’est pas très récent me semble t il alors que dire maintenant
    les fous sont la partie cachée de l’iceberg dans cette société déshumanisée la partie visible étant la crise
    Se souvenir de tous les fous morts de faim pendant la seconde guerre mondiale dans l’indifference générale

  6. Lana Said:

    Si, le texte est récent, de cet été.

  7. Alain Said:

    J’ai été hospitalisé il y a 20 ans. En ce qui me concerne, tout s’est bien passé. Il y avait à l’hôpital des malades qui n’étaient pas déments mais qui ne pouvaient pas se prendre en charge à l’extérieur, seuls. L’hôpital a fermé depuis. Que sont devenus ces malades ? à la rue, en prison ?

    Oui, la situation s’est dégradée en matière de psychiatrie. Les lits ont été fermés, les malades ne sont plus hébergés. On les chasse de l’hôpital et on leur donne le numéro du samu social. Quelle est cette société ? Qui va s’indigner ?

  8. Lana Said:

    En tout cas, quand on lit le témoignages d’infirmiers psy, il y avait moins de contention et d’isolement il y a 20 ans et plus de soins. On était quand même dans les années 90, ce n’est pas si loin que ça.

  9. Lana Said:

    D’où tenez-vous vos chiffres? Je n’ai jamais lu qu’il y avait 30% de schizophrènes en prison!

  10. Lana Said:

    Les chiffres que j’ai trouvés parlent plutôt de 7 ou 8%, concernant surtout des petits délits liés aux conditions de vie précaires.

  11. Alain Said:

    D’après ce texte, France Inter, 2006, :

    Sur l’ensemble des hommes détenus dans les prisons françaises, 20% souffrent de troubles psychiatriques graves. Dans un Avis rendu public vendredi dernier, le Comité consultatitf national d’éthique réclame « le respect de la dignité humaine en prison », « lieu de maladies et notamment de maladies mentales ». Invités : – Professeur Jean-Claude Ameisen, Président du Comité d’éthique de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) – Catherine Herszberg, qui a enquêté pendant quatre mois dans l’Unité psychiatrique hospitalière de Fresnes et qui vient de publier « Fresnes, histoires de fous » aux Editions du Seuil – Docteur Philippe Carrière, psychiatre, membre de l’Observatoire international des prisons.

    Donc moins de 30% et il faut en plus décompter les autres maladies, bipolaire, dépression grave, etc.

    Il n’empêche que le chiffre est élevé et scandaleux.

  12. Alain Said:

    J’ai oublié le lien,

    http://www.franceinter.fr/em/letelephonesonne/50227

  13. Alain Said:

    Dans cette étude, c’est 8%, mais elle date de 2004.

    La dernière étude sur le sujet, menée conjointement par la direction générale de la santé et l’administration pénitentiaire, date de 2004 et ses conclusions sont effrayantes : un détenu sur quatre (24% exactement) souffre de troubles psychotiques, dont 8% de schizophrénie.

    http://comprendrelemonde.fr/france/1592-malades-mentaux-en-prison-punir-plutot-que-soigner/

  14. Lana Said:

    Il faut aussi distinguer les troubles pré-existants et ceux apparus en prison, ce qui est fréquent avec les angoisses et les dépressions. C’est scandaleux dans les deux cas de toute façon: qu’on enferme des malades sans les soigner et que les conditions de détetion rendent les gens malades.
    Mais on est oin des 30% de schizophrènes en prison!! Sans compter que les délits commis le sont souvent à cause des conditions de vie et pas forcément de la maladie. Bref, la diabolisation des schizophrènes n’est pas du tout justifiée.

  15. Alain Said:

    Je réponds ici à propos de la diabolisation des schizophrènes.

    Même si un crime est commis du fait de la maladie, je trouve que c’est scandaleux d’enfermer la personne en prison. Comme on le sait, car on est passé par là, on ne se maitrise pas quand on est sujet au délire. Tenir quelqu’un pour responsable dans cet état est une monstruosité et ce n’est pas le schizophrène qui est monstrueux.

    Mettre les malades en prison, c’est se débarrasser du problème. Mon avis est qu’il faut des structures médicales humaines pour soigner ceux qui en ont besoin et ne pas les abandonner à eux-mêmes. J’ai été témoin de plusieurs cas où la médecine a rejeté des personnes et dans deux cas, ça s’est terminé par la mort d’une personne. Cela va sans doute à contre courant de la tendance actuelle qui consiste à se débarrasser des gens le plus vite possible mais ceux qui soutiennent ce genre de mesures ne tiennent pas compte des personnes qui n’ont personne sur qui compter. Comment se nourrir, se loger, se soigner quand on est malade ?

    J’ai entendu l’argument selon lequel c’était une question de coût, ça reviendrait trop cher d’offrir un hébergement à tous ceux qui en ont besoin. C’est un médecin (généraliste) qui m’avait dit ça. Je trouve que c’est tout simplement scandaleux. Les malades ne sont pas en mesure de se défendre et on en abuse.

  16. Lana Said:

    Tout à fait d’accord.

  17. Igor Thiriez Said:

    Attention à tous ces chiffres… Il faut les aborder avec prudence. D’où proviennent-ils? D’une estimation? D’une évaluation? D’une analyse plus sérieuse? Un diagnostic fiable est-il établi avant de parler de ces 30 %. On ne sait visiblement rien de tout ça.
    Le problème est pourtant bien là. La rentabilité économique ne doit effectivement pas être le seul objectif de l’hôpital public, cependant il ne me parait pas absurde de demander à ce que le bilan d’un hôpital ne soit pas déficitaire.
    Ce dont auraient besoin beaucoup de patients (et donc beaucoup de psychiatres), ce n’est pas la réouverture des lits progressivement fermés mais davantage de lieux de vie adaptés aux malades mentaux.
    Le nombre insuffisant de ces structures aboutit hélas à un phénomène assez pervers de sélection : on exige des patients « modèles » qui ne rechutent jamais, qui ne consomment aucune drogue etc. Les autres sont laissés à l’abandon à la sortie de l’hôpital, et ce n’est pas un ou deux RDV de plus avec le psychiatre, ni 30 minutes d’entretien au lieu de 15 qui vont changer ce problème.
    Encore une fois, l’argent n’est peut-être pas la priorité mais il y a une énorme différence de coût entre une journée à l’hôpital et une journée dans un foyer, même médicalisé. Garder un patient à peu près stabilisé à l’hôpital représente de plus une perte de chance pour d’autres patients qui ont aussi besoin de l’hôpital.

  18. Igor Thiriez Said:

    Par ailleurs, il ne faut pas négliger les inconvénients d’une certaine « mixité » des pathologies à l’HP. Je ne suis pas sur que rapatrier tous les schizophrènes de prison vers l’hôpital soit une solution idéale.
    Il faudrait davantage diversifier l’offre de soins et développer des unités spécialisées (adolescents, psychoses débutantes, troubles de l’humeur etc.) pour éviter la cohabitation des malades potentiellement dangereux ou agités et des jeunes adolescents ou des personnes âgées…
    Il ne faut pas oublier qu’un diagnostic de schizophrénie ne conduit pas obligatoirement à l’irresponsabilité pénale. Le crime doit être commis du fait de la maladie. Un schizophrène peut tout à fait commettre un crime de manière lucide. Voilà pourquoi les experts sont nommés.

  19. Alain Said:

    En ce qui concerne les études, les références ont été données, vous pouvez relire les contributions.

    Comment expliquez-vous qu’il y a vingt ou trente ans les condamnations des schizophrènes étaient l’exception et qu’elles sont devenues la règle ?

    Trouvez-vous normal qu’un malade mental soit en prison ? Quel est le statut du malade mental, quel est le rôle de la prison ? Est-ce que vous vous rendez compte de la souffrance qu’on inflige à ces personnes ?

    Vous parlez de lieux de vie pour remplacer les hôpitaux, c’est certes une bonne idée, mais en connaissez-vous beaucoup, personnellement je serais preneur pour l’avenir. Il me semble qu’on est très loin du compte en terme de remplacement de lits fermés ces trente dernières années.

    Enfin, comment expliquez-vous que la société consentait à dépenser suffisamment d’argent pour héberger les malades mentaux il y a trente ans et que maintenant ce ne soit plus possible ? Est-ce que le PIB de la France a diminué ou bien est-ce que les priorités ont changé. Laisser des gens mourir à la rue est-il le sacrifice qui doit être consenti pour que d’autres profitent d’une société « moderne » ?

  20. Igor Thiriez Said:

    Cher Alain,
    Je ne vois pas dans mes propos ce qui peut vous avoir conduit à cet interrogatoire musclé mais, pour préciser mon raisonnement que j’imagine cohérent :
    Un patient schizophrène est humain et peur, à ce titre commetre un crime ou un délit qui n’a aucun rapport avec sa maladie. Dans ce cas, sa place est plutôt en prison qu’à l’hôpital et ce sont les soins en prison qu’il faut améliorer.
    Dans le cas contraire, ou un crime est commis et en rapport avec la maladie, l’irresponsabilité pénale doit etre prononcée et le patient pris en charge à l’hôpital. Or cette situation pose d’autres soucis de cohabitation entre patients. que penser, par exemple, d’un patient qui commet une agression sexuelle sous l’emprise d’hallucinations et qui se retrouve transféré en HP ou il cotoie notamment des jeunes filles extremement vulnérables également hospitalisées dans le même service. Ce cas de figure est hélas fréquent et peut aboutir à des drames.
    Il faudrait effectivement repenser à l’organisation psychiatrique, que ce soit à l’hopital, en ville ou en prison, et ça ne signifie pas seulement d’avoir plus d’argent ou de moyens. Il faut aussi se creuser la tete et imaginer des changements dont certains pourraient etre mis en place sans moyens supplémentaires.
    Les lieux de vie existent, mais il en faudrait beaucoup plus.
    Donc :
    Est-ce que je trouve normal qu’un malade mental soit en prison? Oui, dans le cas ou ce qui l’y a conduit n’a pas de rapport avec sa maladie. On trouve en prison toutes sortes de malades (diabétiques, cardiaques, cancers etc.). S’il suffisait d’être schizophrène pour sortir de prison, je n’ose pas imaginer les dérives potentielles…
    Les condamnations de schizophrènes n’étaient pas l’exception et ne sont pas devenues la règle. Là je me permets de dire que vous extrapolez un peu les statistiques. Quant à ce qui est de la souffrance infligée aux malades, je pense la connaitre suffisamment et la combattre comme je le peux.
    Je n’ai probablement pas les conséquences pour débattre clairement du rôle de la prison chez les malades ou les personnes saines. D’un certain coté, on pourrait dire que toute personne emprisonnée est finalement en souffrance. Quant au statut du malade mental, cette notion est très vague : il s’agit selon moi d’un être humain qui doit pouvoir être soigné.

  21. Alain Said:

    Je vous prie de m’excuser si vous avez ressenti cette intervention comme injustement « musclée ». Mon intention n’est pas de vous mettre en cause.

    Je trouve simplement scandaleux et inadmissible que des malades mentaux se retrouvent à la rue ou en prison faute de places pour les accueillir et du fait d’une politique qui les a délibérément abandonnés.

    On est sans doute plus sensible à la question lorsque l’avenir nous réserve peut être le même sort. Pensez aux personnes qui n’ont aucun soutien familial et qui n’ont pas les moyens ni les capacités de subvenir à leurs besoins.

  22. Igor Thiriez Said:

    Je ne comprends pas ce que vous sous entendez quand vous me demandez de penser « aux personnes qui n’ont aucun soutien familial et qui n’ont pas les moyens ni les capacités de subvenir à leurs besoins ».
    Si vous considérez qu’il est obligatoirement du ressort de l’hôpital psychiatrique de prendre en charge les patients pauvres et isolés, je vous répondrai : pas forcément. Selon moi, le passage à l’hôpital est utile pour stabiliser une pathologie psychiatrique décompensée. Lorsqu’un patient, bien suivi et stabilisé sur le plan psychiatrique se retrouve sans emploi, sans domicile et sans famille, d’autres mesures d’assistances devraient pouvoir s’enclencher sans recourir forcément à l’hôpital. On pourrait créer davantage de structures d’accueil, de lieux de vie, d’hébergement, d’emploi pour les malades mentaux dont le besoin n’est pas strictement médical à un moment donné. Une hospitalisation est souvent mal vécue par un patient déjà stabilisé. Les patients SDF notamment, viennent parfois se refaire une santé à l’hôpital mais ne tiennent pas plus de quelques jours dans un cadre d’hospitalisation temps plein qui est très contraignant lorsqu’on va bien…

  23. Alain Said:

    > Lorsqu’un patient, bien suivi et stabilisé sur le plan > psychiatrique se retrouve sans emploi, sans >domicile et sans famille, d’autres mesures >d’assistances devraient pouvoir s’enclencher sans >recourir forcément à l’hôpital.

    Tout est dans le « devrait ». Or aujourd’hui, il n’y a rien qui remplace la fonction qu’occupait auparavant l’hôpital qui hébergeait les personnes démunies. De ce fait, elles se retrouvent à la rue puis en prison par manque de soins et à cause de la misère.

    Je suis bien d’accord que l’idéal n’est pas l’hôpital et qu’il vaudrait mieux qu’il existe des structures plus légères. Mais le problème est que rien n’existe ou du moins pas à ma connaissance et pas en nombre suffisant.

  24. Igor Thiriez Said:

    L’hôpital permet certainement de protéger certains patients démunis, mais c’est à double tranchant car ils sont aussi enfermés. Or il me semble que l’objectif reste la réinsertion…

  25. Lana Said:

    Dire que l’hôpital ne doit pas être en déficit ne veut pas dire qu’il n’a pas besoin d’argent. Il faut être réaliste tout de même, on ne peut pas vivre éternellement à crédit. Il y a diverses solutions pour ça, par exemple un hôpital belge vient de s’associer à un état d’Arabie Saoudite pour attirer des clients fortunés. Si ça permet à l’hôpital de gagner de l’argent pour mieux soigner les gens « normaux » sans leur demander de payer trop, je ne vois pas où est le problème.
    Pour ce qui concerne les mélanges de pathologies, les psychiatres français semblent y tenir beaucoup, je ne sais pas vraiment pourquoi. Certains HP (peut-être même tois, je ne sais pas) en Belgique ont différents services selon les pathologies. Je pense que ça permet de mieux soigner les gens, en se concentrant sur leurs problèmes (ex: atelier cuisine pour les anorexiques), difficile à faire quand on est deux infirmiers avec vingt patients aux pathologies différentes. Il faut évidemment qu’il y ait assez de lits, ce qui est le cas en Belgique où les HP ont des lits libres), sinon on va envoyer les gens n’importe où où il y a une place.
    Quant à la question de l’argent ou des choix politiques, il est évident qu’il s’agit surtout de la seconde solution. La Belgique n’est pas un pays plus riche que la France et il n’y a a pas de catastrophes comme celles que l’on voit en France dans les HP, les services d’urgences, les engorgements chez les spécialistes, etc… C’est loin d’être parfait, mais c’est tout de même beaucoup mieux organisé.

  26. Alain Said:

    Réinsérer, d’accord, mais pas à la rue ni en prison. Et il faut bien constater que c’est ce qui se passe en ce moment. La psychiatrie ne fonctionne pas dans une société virtuelle idéale mais dans une société bien réelle.

    On m’avait dit un jour au cours d’une consultation : « ça, c’est du social, ce n’est pas médical. » Traduction, nous on s’occupe de la maladie, pas du devenir du patient. C’est une régression grave.

  27. Igor Thiriez Said:

    Je n’ai pas à avoir honte puisque vous me prêtez des opinions que je n’ai pas. Je n’ai jamais dit que l’hôpital n’avait pas besoin d’argent, j’ai dit qu’il n’avait pas seulement besoin d’argent mais d’idées nouvelles. Les grands progrès de l’histoire de la psychiatrie ne sont pas arrivés Grace à l’argent mais Grace à des idées.
    Le temps ou l’argent coulait à flots dans le service public est hélas révolu. Il va peut être falloir faire mieux avec moins de moyens. C’est comme ça, on peut Clairement le déplorer, faire la grève, se rebeller de façon passive mais ça n’apportera pas d’argent.
    Et je persiste à dire que beaucoup de patients SDF ne tiennent pas longtemps à l’hôpital et préfèrent sortir rapidement, sans qu’on ne les pousse à sortir.
    Contrairement à une idée reçue, un malade mental sans domicile n’est pas forcement ravi quand on l’extirpe de la rue. On le constate chaque jour sur le terrain.
    Et ne chercher pas à me cataloguer sur le plan politique, c’est inutile.

  28. Lana Said:

    Il y a des SDF qui ne veulent pas aller dans les refuges, ce n’est pas pour aller à l’HP. C’est trop simple de dire qu’ils rêvent tous d’aller à l’HP (qui n’est effectivement pas un hôtel, c’est une réalité). Beaucoup ont dans la rue une certaine liberté qu’ils n’ont pas envie de perdre dans une institution, et franchement je les comprends. Pour moi, le problème n’est pas là, il est dans le fait que des gens se retrouvent en telle rupture de traitement, de soutien familial ou autre, qu’ils se retrouvent exclus du système, c’est plutôt là-dessus qu’il faut travailler. Et l’HP n’est pas une solution sur le long terme, il faut plutôt développer des appartements thérapeutiques ou des structures de ce type, plutôt que de vouloir envoyer tous les SDF à l’HP (quelle perspective d’avenir!).
    Voilà, et s’il y avait moyen de discuter sans s’envoyer des « insultes » du genre « vous êtes PS » à la figure, ce serait mieux. Je n’ai demandé à personne de présenter une carte d’un parti de gauche radicale avant de s’exprimer sur mon blog, donc tout le monde a le droit de s’exprimer dans les limites de la loi.

  29. Lana Said:

    Je dis juste qu’on peut discuter sereinement sans attaques personnelles systématiques.

  30. Igor Thiriez Said:

    Il est vraiment regrettable de faire systématiquement dériver ce genre de débat sur des thèmes politiques et révolutionnaires, et surtout regrettable d’avoir à s’entendre donner des leçons de morale dès que son opinion ne colle pas à la bien pensance en vigueur.
    Pour parler de psychiatrie, un sujet que je connais, des structures d’accueil, il y en a déjà (foyer divers plus ou moins médicalisés, appartements thérapeutiques, maisons thérapeutiques, ateliers protégés etc.) et il ne serait pas impossible de les multiplier. Ça coûterait certainement moins cher que de rajouter des lits à l’hôpital psychiatrique et de retransformer les HP en asiles. Une journée à l’HP coûte dans les 700 euro par jour à la sécu, soit approximativement autant que le loyer mensuel d’un petit appartement. Un patient sans domicile a peut-être besoin parfois de l’hôpital mais surtout d’un logement…

  31. Igor Thiriez Said:

    Je ne comprend pas vos réactions d’autant plus que mes propos ne sont pas forcément en contradiction avec les vôtres. Et pourquoi dites vous que personne ne m’écoute? Je n’ai jamais prétendu que vous ne saviez pas de quoi vous parliez. Nous sommes juste en désaccord sur quelques points. Pas de quoi se prendre la tête.


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