Pourquoi je préfère parler à un mur qu’à un psy muet

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Parce que du mur je n’attends pas de réponse.

Parce que parler toute seule, je sais faire, très bien même, pendant des heures et avec l’option dialogue avec un interlocuteur imaginaire en prime, et que je le fais bien mieux seule que devant quelqu’un.

Parce que les problèmes de communication sont déjà mon quotidien.

Parce que, étant schizophrène, les sentiments de solitude et d’incompréhension, je les vis assez sans qu’ils resurgissent dans le cabinet du psy.

Parce que parler à quelqu’un qui ne répond pas, ne me regarde pas et ne réagit pas, me renvoie à un sentiment d’abandon terrible, et que ça aussi, je l’ai assez vécu.

Parce que j’attends d’entrer en relation avec un être humain, j’espère arriver à communiquer une expérience qui relève de l’indicible et que la plupart des gens ne comprennent pas. J’attends qu’au moins dans le cabinet du psy, quelqu’un me comprenne, sache de quoi je parle et le manifeste.

Parce que je sors de cette absence de dialogue avec l’envie de mourir et le sentiment d’être plus seule que jamais. Parce que ça me détruit.

Parce que j’attends du réconfort et de l’empathie et non de l’indifférence.

Parce que si on ne me répond pas, je me tais.

Parce que si on ne me regarde pas, je n’existe plus.

Parce que si on est indifférent, je meurs de douleur seule. Seule devant quelqu’un, ce qui est bien pire que seule devant un mur.

Parce que, une fois de plus, c’est enjamber mon corps à terre se vidant de son sang. Parce que c’est me laisser seule avec ma maladie et détourner les yeux de mon agonie.

Et si on fait des thérapies de ce type, on ne s’acharne pas à détruire un patient à qui ça ne convient pas juste parce qu’on pense que c’est la seule et unique façon de faire valable.

Parce que tout ça, ça n’a été que de la souffrance, avec l’espoir toujours vaincu d’aller mieux et la culpabilité de ne pas y arriver.

Parce que parler à un mur, c’est peut-être fou, mais parler à un mur humain, moi ça me rend folle.

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18 commentaires »

  1. Antoine Said:

    C’est de violence morale sur personne en état de faiblesse.
    Ou il essaie de t’apprendre à l’intéresser, à toi de trouver les bonnes paroles pour le faire réagir.
    Les psys ne sont pas assez intelligent pour ce genre de manipulation, il est coupable de violence.

  2. Lana Said:

    C’est de la psychanalyse psycho-rigide, je dirais. Je n’ai rien contre quand ça convient aux gens, mais de la part de psys hospitaliers qui ne se remettent pas en question, si.
    Et on ne va pas chez un psy pour apprendre à l’intéresser, c’est son boulot de s’intéresser à ses patients. Et puis je suis allée chaque semaine pendant deux ans chez celui-là, alors si je ne l’intéressais pas, il fallait le dire!

  3. Antoine Said:

    Ca peut être pour te pousser à t’exprimer devant un public indifférent sans que cela te pose de problème. Ce genre de méthode peut provoquer des souffrances il faut bien maîtriser le processus. Aussi le psy peut détruire le patient au bout d’un moment en lui disant que cela ne l’intéresse pas.
    C’est aussi une méthode pour provoquer des crises de nerfs.
    Le salaire de psy sans les patients, un beau rêve mais c’est du vol.
    Si l’Etat ne te protège pas c’est non assistance à personne en danger ; si la situation continue L’Etat sera déclaré complice.

  4. Lana Said:

    Je ne vois franchement pas le rapport entre venir faire soigner une psychose et parler en public. Il ne voulait pas sciemment me détruire ni provoquer des crises de nerfs. Non, c’est juste que c’était son orientation, il était psychanalyste et ne voulait pas se remettre en question. Cette situation est finie, comme je l’ai dit, et je ne vois pas non plus le rapport avec l’Etat.

  5. behemothe Said:

    « Parce que parler à un mur, c’est peut-être fou, mais parler à un mur humain, moi ça me rend folle »
    tout à fait cela, mais devient ce que tu est, dirait le poète

  6. Lana Said:

    D’ailleurs, parler seule est bien la seule chose dans cette maladie qui ne m’a jamais fait souffrir, au contraire. Et ce psy, qui refusait absolument tout diagnostic et ne voulait jamais dire si telle ou telle chose était normale ou symptômatique, voulait absolument me faire dire que j’en souffrais. Peut-être était-il jaloux du mur, lol?

  7. Antoine Said:

    Tu dis toi même que tu as du mal supporter l’autre, parler à l’autre est une manière de le supporter, de nouer une relation, d’être ensemble. Une manière de combattre le coté autiste de la schizophrénie.
    C’est pire si il ne te faisait pas souffrir exprès, il ne rendait pas compte que tu avais mal…
    L’Etat aurait du empêcher tes souffrances, c’est son rôle et c’est pourquoi les gens paient des impôts, L’Etat doit protéger les civiles et surtout ceux qui ont moins de moyen pour se défendre.

  8. Lana Said:

    Dieu merci, l’Etat ne se mêle pas encore de ma psychothérapie! L’Etat qui veut le bonheur de tous, en général ça donne le communisme et c’est l’enfer.

    Et non, il ne le faisait pas exprès, ce qui n’est pas pire, au contraire, qu’un psy qui ferait sciemment souffrir ses patients.

  9. Antoine Said:

    L’Etat qui empêche les souffrance je l’attend avec impatience.
    Il y a le volontaire, l’involontaire qui a compris qu’il avait fait une erreur et l’involontaire qui soutient qu’il fait du bon travail, lequel est le plus dangereux ?

  10. Lana Said:

    La souffrance est inhérente à l’humanité et un Etat qui voudrait l’empêcher serait inhumain.
    L’Etat peut empêcher d’exercer un charlatan ou un médecin qui est hors la loi, pas dire tel psy et telle thérapie est pour telle personne uniquement, comme s’il pouvait penser à la place de la personne. Un Etat comme ça, ça existe, c’est en Corée du Nord!

  11. Antoine Said:

    Je préfère un Etat qui empêche les souffrances, Les Etats qui font souffrir disparaissent rapidement (les dictatures).
    Au moins il y aura de souffrance, au mieux cela sera, l’humanité est assez riche pour faire cesser les souffrances (mais peut être pas très motivée)
    Il suffit à l’Etat de mieux évaluer les besoins de la personne et de l’orientez vers ce qui lui convient le mieux après il va falloir de très bons évaluateurs (au cas par cas), et si il y a trop de souffrance, le système disparaîtra.

  12. Lana Said:

    Je n’ai pas dit non plus que l’Etat devait faire souffrir les gens. De plus, le communisme est une dictature. Vouloir imposer le bonheur aux gens provoquent forcément des souffrances, car beaucoup de gens ne veulent pas qu’on pense pour leur bien à leur place, et comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Dans les Etats qui ont décidé de penser contre leur peuple ou pour lui, ce que réclame la majorité des gens, c’est la liberté, le droit de penser comme ils le veulent. Enfin, on ne va pas argumenter indéfiniment, chacun ses opinions politiques.

  13. Eric Said:

    oui, la souffrance fait parie de lavie même, il faut vivre…

  14. Eric Said:

    bonjour ! toute ma sympathie, j’ ai connu ça, je t’ embrasse…

    les « Khÿatres », comme je les appele, sont parfois inhumains, c’ est vrai. ceux qui m ‘ont vraiment aidés étaient souvent psychanalyste – pour moi, cette « soi-disant schizophrénie » collait bien avec ce mode de pensée – attention ! pas de Jung !!!! enfin chaqun fait de son mieux.

    mais c’ est vrai que j’ en suis venu à aimer ma solitude, ma liberté – belles chansons innoubliables de – zut ! les chansons par coeur mais e nom.. AH ! oui ! Moustaki !

    la musique est un puissant remède .

    bises,

    E.

  15. Antoine Said:

    On fera du bien aux gens en ne laissant pas d’autres gens leur infliger des souffrances.
    Actuellement on est à peu près protégé pour la violence physique (ça se dégrade).
    Pour la violence morale et verbale L’Etat ne fait rien, c’est là qu’est le problème.
    Après il y a la liberté de faire ce que l’on veut oui mais cela n’inclue pas la liberté de faire souffrir quelqu’un.

  16. A vous lire, il me semble que de la part de ce psy, ce n’était pas du silence, mais du mutisme, c’est à dire du contre-transfert, son impossibilité à surmonter sa propre peur.
    Au lieu de vous offrir un espace pour la parole, il vous a enfermée dans la chambre d’écho de son mutisme.
    Là, pour le coup, ce n’est pas la nuit sécuritaire mais la stérilisation du sujet. Et vous n’étiez pas, à ses yeux, une interlocutrice valable.
    C’est tout l’échec de beaucoup de psychanalystes, qui se lancent à la légère dans un exercice difficile, le transfert, que bien peu sont en mesure de soutenir.

  17. Lana Said:

    Je ne sais pas, en tout cas il faisait pareil avec les autres patients avec qui j’en ai discuté.

  18. Ça donne une idée de la pratique du type : stéréotypée.
    En tout cas, il faut du courage pour parler de ça, parce que, lorsqu’on est en entretien, on est toujours en situation de faiblesse, car on est censé se mettre à nu. Le thérapeute règle le champ de la communication et il n’y a pas de témoin… Pas facile donc, d’en parler, mais vous l’avez très bien fait.
    En plus, j’ai tout de même l’impression que beaucoup de thérapeutes n’attendent pas du tout de retour sur leur pratique, surtout pas des patients. Ils détestent (et c’est une forme de facilité) tout ce qui est de l’ordre de l’évaluation.
    Mais moi je pense que quelqu’un qui n’attend pas de retour de l’autre n’est pas un bon écoutant. C’est comme quelqu’un qui parlerait dans un micro sans avoir besoin d’un retour son. Il ne s’entend pas et là, même son silence est de mauvaise qualité.


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