La prison, hôpital psychiatrique du pauvre

Dans les prisons américaines, 283 800 détenus (soit environ 16 % de la population carcérale totale) souffrent d’une grave maladie mentale. C’est ce qu’indique la première étude sur le nombre croissant de personnes présentant des troubles psychologiques dans les prisons américaines.
Le rapport publié récemment par le ministère de la Justice confirme ce que de nombreux experts soupçonnaient déjà, à savoir que les centres de détention sont devenus les nouveaux hôpitaux psychiatriques du pays. L’étude brosse un portrait chiffré de la situation très sombre, décrivant le cycle infernal parcouru par des malades mentaux qui passent de la condition de sans-abri à celle de détenu, avant de retourner à la rue sans avoir été soignés. Nombre d’entre eux seront alors arrêtés pour des délits directement liés à leur maladie.
Selon le rapport, les aliénés incarcérés dans les prisons d’Etat sont deux fois plus nombreux que les autres à avoir vécu dans la rue, à avoir été maltraités durant leur enfance, et ils sont encore plus nombreux à connaître des problèmes d’alcool ou de drogue. Pis, une fois derrière les barreaux, ils y restent en moyenne quinze mois de plus que les autres prisonniers. Cela parce qu’en raison de leurs hallucinations, paranoïas ou psychoses ils font l’objet de rapports disciplinaires défavorables.

Les seules institutions ouvertes 24 heures sur 24

Avec la fermeture en masse des établissements psychiatriques publics dans les années 60 et le boom de la construction de prisons depuis vingt ans, ces dernières sont souvent les seules institutions ouvertes 24 heures sur 24 et tenues d’admettre les personnes souffrant de troubles psychologiques. Les hôpitaux ont été fermés à la suite de la découverte des neuroleptiques. Traiter les malades chez eux était manifestement une alternative bienvenue à l’hospitalisation sur une longue durée. Après avoir culminé avec 559 000 personnes en 1955, le nombre des patients internés dans les hôpitaux d’Etat est tombé à 69 000 en 1995. Mais les médicaments ne sont évidemment efficaces que si on les prend, et de nombreux Etats n’ont pas tenu leur engagement de construire un réseau de centres médicaux qui suivraient les patients. Parallèlement, le nombre de lits dans les prisons a quadruplé en vingt-cinq ans, avec 1,8 million d’Américains actuellement sous les verrous. Comme le résume Linda Teplin, professeur de psychiatrie à la Northwestern University, « la prison est devenue l’hôpital psychiatrique du pauvre ».

19.08.1999 | Fox Butterfield | The New York Times

http://www.courrierinternational.com/article/1999/08/19/la-prison-hopital-psychiatrique-du-pauvre

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4 commentaires »

  1. Alain Said:

    Et on a suivi la même voie, comme d’habitude, on fait comme les américains avec vingt ans de retard. Qui va s’indigner ?

  2. Lana Said:

    Pas grand-monde! Mais il y a quand même des Mad Pride dans plusieurs villes le 8 octobre, c’est l’occasion de faire entendre nos voix.

  3. Alain Said:

    Il faut avoir le courage d’y participer, j’ai de l’admiration pour ceux qui le feront.

  4. Lana Said:

    J’y serai!


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