Tout de même, ce n’est pas un schizophrène!

Un article de Libération dénonce fort justement des violences policières qui ont conduit à la mort d’un autiste: http://www.liberation.fr/societe/01012362223-menottage-fatal-pour-un-colosse-autiste

Une histoire qui montre encore une fois que la peur des malades conduit à plus de drames que la violence des malades eux-mêmes (je ne parle pas seulement de morts, mais de la façon dont les malades psychiatriques sont traités par la société). Par contre, quel n’est pas mon étonnement de lire dans cet article les paroles du médecin traitant de la personne tuée: «Serge n’était pas un schizophrène. Il était autiste, donc très replié sur lui-même. Il avait un cadre de conduite qu’il suivait sans en dévier. Je n’ai jamais été appelé pour une crise, un comportement violent. Mais en revanche il était imposant physiquement. Peut-être qu’il pouvait impressionner des gens qui ne le connaissaient pas.»

Parce que les schizophrènes ne sont pas, la plupart du temps, repliés sur eux-mêmes? Rappelons à ce médecin qu’un des principaux symptôme de la schizophrénie est bien l’autisme, terme qui n’est pas utilisé pour décrire un handicap ou une maladie en soi dans ce cas, mais bien un repli sur soi.

Les schizophrènes aussi peuvent impressionner des gens qui ne les connaissent pas, par leur comportement qui peut être étrange, ou simplement parce qu’on les a désigné comme schizophrène et que ce seul mot fait peur aux gens, et ce ne sont pas les paroles de ce médecin qui vont arranger les choses.

Comment peut-on déplorer une violence qui a conduit à la mort d’un innocent en disant qu’il n’était pas schizophrène, comme si les schizophrènes méritaient d’être traités comme ça? Comme si ces violences n’étaient pas tout aussi atroces pour un schizophrène? Comme si on pouvait excuser la mort d’un schizophrène?

Il s’agit bien ici d’un drame de l’incompréhension, de la stigmatisation, de la peur de la différence, et tout cela nuit tout autant aux schizophrènes.

Tant que les gens n’auront pas compris qu’on ne revendique pas des droits, de la considération, de la comprehénsion en les déniant aux autres, rien ne s’améliorera.

Les schizophrènes ne sont pas les rebuts de l’humanité, ceux pour qui des HP dans des états désastreux sont toujours bons quand ils sont inacceptables pour les autres, ceux qu’on peut stigmatiser quand il est hors-la-loi ou scandaleux de le faire pour d’autres, ceux qu’on peut utiliser comme boucs émissaires, ceux qui servent de comparaison pour dire à quel point les autres ne sont pas si fous, pas si violents et que par conséquent on ne peut pas les traiter aussi mal qu’eux, ceux qui ne ressentent rien, ceux qu’on oublie, ceux qu’on fuie, ceux qui ne comptent pas, ceux dont parents, soignants et Etat veulent contrôler la vie.

Sans doute, ça fait bien dans la conversation, « quelle honte de le traiter comme ça, tout de même ce n’est pas un schizophrène », voilà un argument de poids, les gens peuvent apporter leur compassion à cette personne si mal traitée alors qu’elle n’est même pas schizophrène. Mais est-ce que ça va aider les autistes, les handicapés mentaux, les dépressifs ou tout autre groupe de personnes de réclamer de la considération en rejetant une autre catégorie de personnes? Non, ça veut juste dire qu’on accepte, qu’on légitime même le fait d’exclure un groupe de gens en les jugeant uniquement sur une particularité commune. Mais à partir du moment où on accepte une société qui ostracise les schizophrènes, ça veut dire qu’on accepte le principe même de l’ostracisme. Alors il ne faut pas se plaindre d’en être un jour victime quand on l’a accepté pour les autres, quand on l’a même utilisé pour défendre ses droits.

Une personne sur cent est schizophrène. Vous en croisez donc chaque jour. Etant donné ce qu’ils doivent supporter d’entendre en ce moment, on peut dire qu’ils sont étonnamment calmes et discrets, puisqu’on vous ne vous rendez pas compte d’en croiser autant sur votre chemin.

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15 commentaires »

  1. behemothe Said:

    C’est le résultat de la politique de Sarkozy, la stigmatisation des schizophrènes est achevée, cela en est la preuve et elle a fait un mort, c’est bien ce que voulait montrer l’article des 39 et Mediapart.
    Terrible constat, affligeant et le responsable ne sera jamais jugé, Sarkozy. Il sévit toujours.

  2. Oui, je suis tout à fait d’accord avec ça. Ce mot de « schizophrène » est vraiment utilisé sur le mode repoussoir par les médias qui y associent violence et maladie psychique.
    Ça fait toujours bien peur dans un journal, alors que le mot « dépressif » fait pitié, malgré les 10 000 morts par an dont pas mal de suicides dits « altruistes ».
    Comment faire évoluer l’utilisation à tort et à travers du terme de schizophrène par les médias ? Faut-il changer de désignation pour la (les) maladies concernées ? Le terme est un fourre-tout. Baruk l’avait contesté…

  3. Lana Said:

    Ce n’est pas un problème de nom mais d’utilisation. Les schizophrènes s’appellent schizophrènes hors de France aussi et ne sont pas autant stigmatisés. De toute façon, les euphémismes et changement de nom n’ont jamais fait changer la réalité.

  4. Helder Serpa Said:

    Merci, Lana, c’est affreux à dire, mais avec votre souffrance vous parvenez à nous apprendre à vivre. Alors, poursuivez, ne nous laissez pas tomber.

  5. Rider Said:

    Autant vous dire qu il ne faut pas parler de la schizophrenie
    J ai fait l expérience de la dévoiler dans un gros article midi libre (je suis ex sportif pro ) et j ai perdu bcp d amis
    Le pire c est pas la peur des gens mais leur façon de vous considérer comme un enfant de deux comme un détritus de la société pour d autres
    Je me suis promis de ne plus jamais en reparler dans une société qui ne cherche ni à comprendre ni à réfléchir
    La seule solution pour un schizophrène d existe est de jouer sur la peur des autres et de se faire respecter ainsi

  6. Lana Said:

    Merci, Helder.
    Rider, je suis désolée que tu aies perdu des amis en révélant ta schizophrénie. Mais je ne suis pas d’accord sur le fait de jouer sur la peur des autres, ça ne fera qu’entretenir les préjugés.

  7. Rider Said:

    Il ne s agit pas de devenir violent mais de se faire respecter
    Par expérience une association schizo oui pour pas la nommer et avec qui j ai monté un defi sportif pour destigmatiser la pathologie a fait preuve d un irrespect envers ma personne en me soit ratant malgré leur incompétence jusqu au jour où j en eu marre et j ai use de ma fermeté avec menaces physiques j ai use de mon ancien métier de videur bilan j ai eu ce que voulais sans violences physiques
    Ils ont pour certains démissionnés de l association une association qui prétend défendre les patients mais qui marche pour leur propre ego
    C pas parce que je suis schizo que je suis une merde
    De toutes façons quoi que tu dises sera remis en cause parce que t juge comme malade
    Ta parole n a aucune valeur et si les gens t applaudissent en conférence par exemple c est pour se donner bonne conscience

  8. Rider Said:

    Joueur les petits nounous gentils même intelligents çà ne fera rien changer pire ca empirera la considération des gens sur nous pauvres malades schizophrènes délaisse car malade incompris et qu on ne veut pas comprendre

  9. Rider Said:

    Mieux faudrait organiser une marche sans casse mais impressionnante pour montrer que les schizo on les endroits pas

  10. Lana Said:

    Ce n’est pas mon expérience. Tout le monde est au courant pour ma schizophrénie et je n’ai eu que des réactions positives.
    Pour la marche, il y a la Mad Pride.

  11. Rider Said:

    Alors si tu es estimer par ton entourage c est très bien
    Pour mon cas j ai affiche ma pathologie au grand public et la stigmatisation est ressentie
    D ailleurs si tout le monde avait un regard positif sur la maladie pourquoi se battre contre la destigmatisation et pourquoi parle t on de la schizophrenie comme la maladie la plus stigmatisée qui soit

  12. Rider Said:

    C est dans les rapports normaux les gens admettent sont gentils mais quand il s agit de trouver un job mieux vaut ne pas en parler

  13. Lana Said:

    Mais je suis d’accord, c’est une maladie stigmatisée. Je pense juste que plus de gens se diront schizophrène et montreront qu’ils sont des gens comme les autres, moins elle le sera. En attendant, non, il ne faut pas le dire quand on cherche un travail.

  14. Rider Said:

    En tout cas bravo pour ce que tu fais c est génial

  15. Lana Said:

    Merci!


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