Mad Pride, Bruxelles, 8 octobre 2011

  

Aujourd’hui a eu lieu une Mad Pride en Italie, en Espagne et à Bruxelles. La Mad Pride est une marche des patients psychiatriques et de sympathisants, qui consiste à affirmer qu’on est fier d’être ce qu’on est, à ne plus avoir honte de sa maladie et à ne plus se cacher.

J’étais à celle de Bruxelles, avec un ami français ayant fait le déplacement uniquement pour y participer lui aussi. La marche a démarré à la gare du Nord et s’est terminée aux Monts des Arts. Sous la pluie battante, environ deux cents personnes étaient présentes, sous les bannières de Psytoyens, Uilenspiegel et Similes ou à titre individuel. Un orchestre accompagnait la marche et a mis une ambiance festive et chaleureuse malgré le froid et la pluie.

Un juriste, une patiente et un membre de Similes ont pris la parole devant la gare Centrale, mais ils étaient très peu audibles et je n’ai quasiment rien entendu.

 

 

Un mini congrès était prévu aux Beaux-Arts à 16h, sur le thème de l’anti-stigmatisation. La première intervenante a présenté la Convention relative aux droits des personnes handicapées (http://www.un.org/french/disabilities/default.asp?id=1413), signée par l’Union Européenne, et qui, si elle est appliquée, devrait apporter des changements notables dans les conditions de vie des patients et le respect de leurs droits, notamment en remplaçant  le système des tutelles par un système d’accompagnement qui consiste à informer la personne et à la laisser prendre les décisions elle-même, en interdisant les traitements inhumains comme la contention ou les traitements médicamenteux excessifs. Le centre pour l’égalité des chances, qui s’occupe du racisme, s’occupera aussi de faire respecter les droits et de lutter contre la discrimination des personnes souffrant de troubles psychiques.

La deuxième intervenante a parlé du rôle des pairs-aidants, qui commencent à voir le jour en Belgique, notamment comme médiateurs entre les patients et les professionnels de santé pour des soins de meilleure qualité.

Dans la salle, j’avais repéré quelques jeunes au look altermondialiste qui n’avaient l’air ni de professionnels, ni de parents ni de patients. Oui, moi aussi je mets les gens dans des cases, ou peut-être que nous nous mettons nous même dans des cases par notre look et notre façon d’être, bref, je me demandais à quel groupe ils appartenaient et ne savais quoi penser.  Le troisième intervant devait être le ministre flamand pour le Bien-être, Jo Vandeurzen, qui s’est aussi occupé de la justice. Je dois l’avouer, je ne savais pas qu’il occupait cette fonction, oui la Belgique est bien coupée en deux, et nous ne sommes pas souvent au fait de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière linguistique. En réalité, je ne connais même pas ce ministère du Bien-être, qui existe sans doute aussi en Wallonie. Il n’était pas là mais s’était fait réprésenter. Son remplaçant a été immédiatement interrompu par une des jeunes filles que j’avais repérée, et très vite, des jeunes se sont levés dans plusieurs coins de la salle et on brandi des banderoles. Ils étaient là pour dénoncer la construction de deux nouvelles prisons psychiatriques, les mauvais traitements infligés aux jeunes dans les centres fermés, notamment des injections d’Haldol et des abus sexuels, les isolements prolongés dans les oubliettes de la démocratie. Le présentateur leur a dit de venir discuter après la conférence, mais ils ont continué à parler de leurs revendications, dans les deux langues, et a distribuer des tracts,  malheureusement sans lien vers un site internet qui aurait pu en dire plus. L’animateur a décidé que la pause aurait lieu à ce moment-là. Et moi je me disais que mon « psychodar » était toujours en état de marche! Je suis sortie, cette interruption ayant mis un peu d’animation, j’ai enfin oser discuter avec des gens.  Du groupe qui avait interrompu la conférence, il ne restait qu’une jeune fille qui discutait avec quelques personnes. Je me suis jointe à la conversation, et j’ai pu voir à quel point la politique qu’elle dénonçait la choquait, j’ai vu qu’elle était sincère et très émue. Pour elle, l’intérêt de leur action était de provoquer la discussion avec les intervenants. Je lui ai dit que j’étais d’accord avec ce qu’elle dénonçait, mais qu’il ne fallait pas rejeter la psychiatrie en bloc, que j’étais schizophrène et avais besoin de la psychiatrie et de médicaments pour vivre bien, mais que moi aussi je dénonçais tous les abus, qu’on m’a souvent accusée d’être contre la psychiatrie alors que je suis pour une psychiatrie humaine et respecteuse et qu’il était intolérable que la psychiatrie puisse faire aussi souffrir. Elle m’a répondu « Merci, c’est ce que j’espérais entendre ». Je suis rentrée dans la salle, elle n’a pas voulu attendre la fin pour continuer à discuter comme le lui a proposé une dame, elle avait l’air vraiment bouleversée. J’ai regretté de ne pas être restée là pour parler avec elle et en savoir plus sur le mouvement, si c’en est un, auquel elle appartient. La conférence s’est terminée avec quelques questions-réponses, où malheureusement les traducteurs n’entendaient pas les gens parlant sans micro, et j’ai regretté d’avoir passé mes cours de néerlandais à rire bêtement au dernier rang et de n’avoir jamais pratiqué, parce que toutes les interventions dans la salle on été faites en néerlandais.

Certaines personnes ont été choquées par l’interruption de la conférence, mais je crois que ce n’est que la conséquence du fait que la psychiatrie a toujours plus ou moins flirté avec la répression sociale, et c’est plutôt cela que je trouve scandaleux. J’ai été impressionnée favorablement par ce groupe de jeunes, bilingue en plus.

Pour moi, le bilan est positif, même si j’ai été un peu frustrée qu’il n’y ait pas plus de discussions informelles entre les gens. La plupart était venu en groupe et restait entre eux, j’aurais aimé qu’après la conférence il y ait toujours l’espace pour boire un verre et se rencontrer, les exposés et l’interruption favorisant le dialogue avec des inconnus. Cela dit, j’ai parlé à quatre personnes que je ne connaissais pas aujourd’hui, ce dont je suis assez fière! Cela m’a donné l’envie de continuer à participer à des évènements de ce genre, je pense que j’arriverai peut-être même à y aller seule s’il le faut!

Liens vers Jo Vandeurzen et les prisons:

http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/11/21/des-quartiers-de-haute-securite-dans-les-prisons-font-scandale-en-belgique_1121530_3214.html

http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws.francais/infos/1.735429

http://www.alterechos.be/?p=sum&d=i&c=a&n=262&art_id=18366

http://www.legrandsoir.info/Interdit-d-enseigner-dans-toutes-les-prisons-belges-pour-des.html

Un grand merci à Béhémote pour les photos.

16 commentaires »

  1. behemothe Said:

    Bon j’ai raté le meilleur, dommage. Mais je n’aurai pu prolonger que d’une demi heure. J’ai un peu lambiné pour trouver le métro, le bon itinéraire et les correspondances. Mais ton compte rendu me réjouie. Merci. A la prochaine!

  2. Lana Said:

    La prochaine fois, tu peux dormir à Bruxelles. En 2013 si j’ai bien compris, j’y serai!

  3. cécile Said:

    Super cette idée de mad pride !!! Merci pour ce compte rendu Lana.

  4. Igor Thiriez Said:

    J’ai n’ai pas l’impression qu’il existe d’équivalent mad pride en France. C’est dommage. Si il parfois difficile de faire sortir les gens de leur case, il est en revanche possible de les relier un peu plus (les cases) (et les gens).

  5. Lana Said:

    Non, il n’y en a pas, en même temps vu ce que disent les médias sur les schizophrènes, ça ne donne pas très envie d’aller défiler dans la rue, même si ce serait plus que nécessaire.

  6. Notre Groupe d’Entraide Mutuelle « l’Echarpe d’Iris » de Vervins en France étions à cette « Mad Pride » chez nos ami(e)s Belges, et sincèrement à part cette météo des plus navrantes qui a limité considérablement la participation du public, c’était une belle manif ! et bravo aux musiciens pour leur prestation et implication de ce mouvement. Ce défilé, nous pensons et nous l’espèrons aura quelque peu bousculer les « mentalités » et les idées « toutes faites » des gens « dits normaux » sur la santé mentale !

  7. en réponse à Lana :
    bien sur qu’une « Mad Pride » serait plus qu’utile en France ! et sur ce coup là, la Belgique nous a montré le chemin !……donc affaire à suivre…….
    Claude P., Coordinateur d’un GEM sur « l’hexagone ».

  8. Alain Said:

    Merci Lana pour ta participation et ton commentaire !

  9. Lana Said:

    Est-ce que vous avez participé au mini-congrès? Il y avait aussi dans la salle des gens d’Advocay France.

  10. chris Said:

    Bonsoir, souhaitant connaître mieux la « Mad pride », je suis tombée par hasard sur votre blog…..Je trouve ce dernier, très profond, et très bien documenté (que d’heures de travail ….).
    J’admire votre rigueur,la structure et votre très bon sens artistique, émis dans votre blog.

    De lire qqs articles, m’a donné le sentiment d’être moins seule…….c’est déjà beaucoup, vous devez le comprendre.

    Merci d’avoir mis tt cela en ligne, qqs fois j’ai commencé blog/site ou autre,,,,,mais j’abandonne assez vite, je ne ss pas encore prête je pense 😉

    Bonne soirée.
    Chris

  11. Lana Said:

    Oui, je sais ce que c’est de se sentir moins seule. Je suis tombée malade avant internet, et là on se sent vraiment seul avec ses problèmes dont il ne faut pas parler et qui ne sont pas compris.
    Merci pour vos appréciattions, qui me font très plaisir. Ce n’est pas vraiment du travail, ça ressemble plutôt à quelque chose de vital et qui m’a permis de faire de très belles rencontres.

  12. cécilee Said:

    Très très beau ce texte sur les deux vies des schizophrènes. Je ne sais pas si je réponds dans la bonne rubrique.

  13. Lana Said:

    Non, mais c’est pas grave! Merci.

  14. HumaPsy Said:

    Merci pour ce beau témoignage, j’ai mis un lien vers cette page sur la page de l’événement facebook dédiée à la mad-pride de Paris le 14 juin 2014
    https://www.facebook.com/events/708451185854331/?fref=ts

  15. Lana Said:

    Merci, je ne savais pas qu’il y en avait une à Paris. On n’a pas défilé dans la périphérie de Bruxelles comme dit dans les commentaires sur facebook, c’était dans le centre mais pas dans les rues les plus passantes, et ça s’est terminé sur le parvis de la gare centrale. On était peu, j’espère que vous aurez plus de monde.

  16. […] fait, la Mad Pride avait déjà connu des éditions très suivies en Belgique, au Canada ; l’idée d’une édition parisienne est née d’un double […]


{ RSS feed for comments on this post} · { TrackBack URI }

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :