Une minuscule pierre coupante

Mais pourquoi j’abandonne pas tout ça? Pourquoi je continue à parler de psychiatrie, à lire, à discuter, et même à manifester?  C’est quoi mon problème, exactement? J’en ai pas assez bavé de tout ça, sans doute? J’en ai pas été assez obsédée, rongée, détruite? Pourquoi je ne tourne pas le dos à toute cette merde une fois pour toute? Médocs le soir et le matin, psychiatre une fois tous les deux mois, supporter ce qu’il me reste de psychose le reste du temps, et putain Lana, ferme-la, oublie tout ça une bonne fois pour toute. Ce n’est pas si compliqué. C’est pas comme si je m’ennuyais, pas comme si je n’avais rien d’autre à faire, ni rien d’autre à lire. Des sujets d’intérêts, des causes à défendre, des objets de révolte, il y en a plein d’autres, et qui ne me font pas cette morsure cruelle dans le ventre. Qui ne me rappellent pas ma propre déchéance, qui ne me font pas chialer sur ces souffrances si semblables à la mienne, qui me révoltent sans me tuer.

Personne ne t’a rien demandé. Et tu n’es la voix de personne. Juste la tienne, c’est tout. Et je n’ai jamais prétendu le contraire, c’est vrai, mais alors de quoi je me sens responsable? Des mes années de silence, je suppose. De toutes ces années où j’ai fermé ma gueule et baissé les yeux, laissé dire, laissé faire. Parce que je n’avais pas la force, et que maintenant je l’ai un peu plus, mais faudrait quand même pas trop la surestimer. Et que de toute façon, si je ne dis rien, je fais des cauchemars, si je cache la maladie elle ressort d’un autre côté, oui, je sais tout ça, je l’ai déjà dit, mais quand même, petite David qui ne gagnera rien conre Goliath, il faut parfois savoir lâcher les armes. Fermer les yeux, la fermer tout court, tourner le dos à ces mondes de souffrance que la plupart des gens évitent, et ils ont bien raison.

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Mais j’ai toujours été une emmerdeuse désobéissante et révoltée, et je continue à croire que c’est ce qui m’a sauvé de la maladie et de la psychiatrie destructrice, mais c’est aussi ce qui m’empêche de vivre tranquillement, qui m’oblige à me brûler dans ce petit combat quasiment inutile, une minuscule pierre à l’édifice qui réveille sans cesse des souffrances qui jamais, jamais, ne passent avec le temps.

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8 commentaires »

  1. Igor Thiriez Said:

    Votre « activisme » vous apporte davantage de souffrance que de satisfaction? C’est effectivement une question que je me posais régulièrement en vous lisant.

  2. behemothe Said:

    toujours le doute nous assaille, c’est le mythe de Sisyphe, il faut toujours faire même si on en voit pas le résultat, on a pas d’autres choix et au moins se battre permet de se dire qu’on n’a pas baissé les bras. Abandonner serait comme une sorte de suicide intellectuel. Je sais que je suis toujours sur la corde raide mais il m’a toujours semblé encore pire d’abandonné

  3. Lana Said:

    Ca dépend des jours!
    Béhémote a bien résumé le problème.

  4. Lana Said:

    Ca m’apporte plus de satisfaction, mais quand ça me fait souffrir, je me dis pourquoi remuer le couteau dans la plaie? Le texte est juste là pour montrer aussi cet aspect-là.

  5. Iphigénie Said:

    Tu le sais, moi aussi je mène un combat – un autre combat – qui semble perdu d’avance.
    Mais j’y crois !
    Et n’oublie pas : contre Golliath, c’est David qui a gagné !

  6. Lana Said:

    Il faut y croire, même si parfois on doute. Depuis que j’ai vu un reportage sur la préhistoire où on expliquait que les premiers remédes étaient le début de la médecine actuelle, je vois l’action des humains comme une petite pierre dans un grand tout, et toutes ces petites pierres ont leur importance.

  7. Alain Said:

    Ton témoignage est très touchant, je m’y retrouve un peu, je me suis aussi révolté contre la maladie, ce qui m’a peut être permis de m’en sortir plus ou moins mais pas d’être heureux, il ne faut pas rêver, dans mon cas tout au moins.
    Tu écris toujours aussi bien et tu exprimes tes sentiments avec conviction.

  8. Lana Said:

    Tout dépend de ce qu’on entend par être heureux. Cette course au bonheur perpétuelle, je la trouve vaine. Pour moi, être bien avec soi-même, profiter de la vie, apprécier ce qu’on a, c’est ce qui se rapproche du bonheur. Aucune vie n’est heureuse tout le temps, il faut pouvoir aussi accepter les mauvais moments et les échecs comme faisant partie de la vie.


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