« En pyjama devant monsieur le juge »

Mais qui es-tu, toi, pour croire que tu as le droit de t’habiller? Tu vas passer devant le juge, en habit de décideur, à côté des aide-soignants en habits de contrôleurs de tes faits et gestes, mais toi, toi tu seras dans ton uniforme d’hôpital. Tu te prends pour un citoyen comme les autres, sans doute? Tu veux t’habiller, te tenir droit, être toi, être digne et parler d’égal à égal. Mais tu n’es qu’un fou! Un fou à l’hôpital qui plus est! Tu n’as droit à rien et ta parole ne compte pas.

Regardez monsieur le juge comme il est fou, pitoyable dans son misérable pyjama qui a servi à tant d’autres fous avant lui. Vous n’allez quand même pas le croire? Faire semblant de l’écouter, à la limite, et encore ça nous dérange. Pourquoi aurait-il les mêmes droits que nous? Cette misérable âme insensée, qui ne mérite même pas ses propres vêtements, ne mérite quand même pas la considération de la justice. Il est fou. Il ne sait pas, il ne comprend pas, et nous nous savons, alors n’allez pas nous contredire et le regarder comme un homme digne de ce nom.

Oui, moi, moi dans mon pyjama, moi dans ma robe de nuit bleue marquée du mot psychiatrie, vous essayez de m’effacer, de m’annihiler. Je suis une folle et voilà tout. Moi qui pleure dans cette robe de nuit, moi qui veux mes vêtements, parce que je suis quelqu’un, quoique vous en disiez. Oui, vous m’avez réduit à rien, une folle, une malade qui n’a pas droit à la parole, qu’on n’écoute jamais, qu’on ne croit pas, oui en ce moment je ne suis plus rien. Mais je me reléverai, et ce ne sera pas grâce à vous. J’irai dire vos maltraitances et votre mépris. Je le garderai comme une blessure jusqu’à ma mort. Je n’oublierai pas que ceux qui sont là pour m’aider sont ceux qui m’ont anéantie et méprisée, qui m’ont retiré mes vêtements, même plus comme dans les prisons, comme dans les systèmes totalitaires qui veulent faire taire les gens. Vous vivez dans votre monde tellement fou que vous vous aveuglez pour voir votre violence comme des soins, vous écrasez les gens en disant faire leur bien. Oui, vous m’avez jetée à terre, et vous continuez chaque jour à en jetter d’autres à terre, nous qui étions, ou qui sommes encore, plus bas que tout. Notre folie n’est rien à côté de la vôtre. Notre folie nous consumme, notre folie nous essayons d’en sortir, notre folie nous la combattons. La vôtre détruit les gens, la vôtre vous l’aimez, la vôtre vous vous en glorifiez.

En attendant, j’ai la conscience tranquille et je regarde ma folie et la vôtre sans m’aveugler, sans me cacher. Tout ce que je vous souhaite, c’est d’un jour ouvrir les yeux et perdre le sommeil. C’est que tous ces misérables fous en uniformes devenus des êtres humains au même titre que vous hantent vos nuits. Moi, je suis blessée et j’ai perdu confiance en l’être humain par votre faute, mais je peux dormir.

Article de Libération: « En pyjama devant monsieur le juge »

http://www.liberation.fr/c/01012367605-c

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16 commentaires »

  1. behemothe Said:

    Et bien voilà une saine colère, justifiée. Tu aurais pu rajouter au fou dans son uniforme, son pyjama marron, le juge tenez à mettre le sien aussi pour marquer sa position, les infirmiers avec leur blouse, bref tout ce petit monde dans leur théâtre en costume dans une pièce écrite d’avance

  2. Alan Kaz' Said:

    En lisant l’article, j’ai pensé à la même chose : une pièce de théâtre. Ou est la dignité de la personne ici ? Est-ce que le fait d’être malade fait que l’être humain perd ses droits à la dignité et au respect ?

  3. Lana Said:

    D’être malade, non, d’être à l’HP, trop souvent oui.

    Oui, Béhémote, je crois aussi cette colère justifiée, et je sais de quoi je parle, puisque je l’ai vécu cette obigation de l’uniforme.

  4. J’avais déjà lu cet article de Libé, mais c’est le seul article sur les audiences psys qui mentionne des patients en pyjama. Ça m’a surprise, parce que c’est le seul cas cité dans la presse où les patients sont en uniforme. Je n’en ai pas trouvé d’autre pour le moment.
    Pour ma part, je n’ai jamais vu de gens en pyjama dans aucun des hostos psychiatriques dans lesquelles je suis allée. Là c’est le Val d’Oise qui est mentionné, mais je ne sais pas si il y a beaucoup d’établissements comme ça, où les hospitalisés ne sont pas dans leurs habits civils.
    Lana, ça vous est arrivé, donc ça doit être pratiqué dans certains établissements, mais je ne vois pas à quoi ça sert. Est-ce que ce sont des tenues « anti-suicide » ?

    Sinon, les juges et les avocats mettent toujours leur tenue quand ils sont en séance. C’est la règle partout. La justice est toujours une représentation, puisque le juge parle au nom du droit et pas en son propre nom. C’est pour ça qu’il porte une tenue spéciale, c’est pas pour se déguiser ou faire du cirque.

  5. Lana Said:

    Je n’ai rien contre la tenue des juges, je demande juste que les patients aient droit à un minimum de dignité. Les pyjamas ca ne sert à rien, sinon peut-être à faire des lessives facilement et a redonner n’importe quel uniforme à n’importe qui, et aussi à faire du chantage: certains peuvent avoir leur vêtements après un certain temps s’ils sont sages.

  6. behemothe Said:

    A quoi ça sert les pyjamas? Vraiment vous ne voyez pas à quoi ça sert? C’est très simple à empêcher toute sortie, tout départ intempestif, voilà à quoi ça sert.
    Comme pour les prisonniers.

  7. Lana Said:

    Ah oui, j’oubliais ça. J’ai demandé un jour à des infirmiers à quoi ça servait, et on m’a répondu pour éviter que les patients s’échappent. Apparemment, ils n’ont pas pensé qu’on avait beaucoup moins envie de s’échapper d’un endroit où on est traité dignement.

  8. Oui, c’est vrai. Je ne vois pas ce qu’apporte le pyjama dans des cas comme ça… J’ai trouvé sur un forum infirmier psy une discussion où des soignants disaient qu’il utilisaient l’obligation de porter le pyjama comme « punition » (!) pour des fuyards récidivistes ou des malades récalcitrants. Autant dire que les autres personnes sur le forum ont tiqué sur ces pratiques.
    http://www.infirmiers.com/forum/centre-d-accueil-et-de-crise-et-urgences-psychiatriques-t61880-15.html

    Sinon, je trouve que c’est bien que la presse comme Libé sorte des exemples comme ça, avec un hosto qui présente des patients en pyjama, quand personne d’autre ne fait ça, parce que ça oblige les gens à revoir leurs pratiques débiles.

  9. Lana Said:

    Que personne d’autre ne fasse ça, ça reste à prouver!
    Ben oui, en psychiatrie on punit les patients tout le temps, rien de neuf. Injections, pyjamas, isolements, contentions, privations de permission, de sortie dans le parc, de téléphone, de courrier, etc… sont régulièrement utilisés comme punition.

  10. Lana Said:

    Et le jour où les HP vont revoir leurs pratiques débiles n’est pas pour demain!

  11. Comme dit, ça dépend des HP. Ceux que j’ai vu, dans l’Est de la France, on ne punit pas les gens. Çe ne se fait pas, c’est pas le style. S’il y a un problème, ça se sait assez vite et ça râle dans la presse, les associations..
    Mais je ne sais pas si ce sont des exceptions en France…

  12. Lana Said:

    Dans l’Est, j’ai une amie qui est venue elle-même à l’HP, le lendemain elle était en HDT pour être sûr qu’elle ait moins de droits. Elle a fait une chute de tension due aux neuroleptiques, elle est tombée dans les pommes et l’infirmier l’a engueulée en lui disant qu’elle arrête son cinéma et qu’elle se lève. Alors, certes ce ne sont pas des punitions mais c’est du déni de droits et de la maltraitance. Vous ave vu les HP, c’est bien, mais vous y avez-vous dormi, avez-vous été une patiente sur qui on a tous les droits? Je ne crois pas, et ça change tout, et croyez-moi que la presse s’en fout.

  13. Alex Said:

    Moi je ne pense pas que les pyjamas servent seulement à empêcher toute sortie…
    Peut-être plutôt pour différencier le soi-disant soignant du soit-disant soigné ?
    Comme si notre identité était si fragile qu’elle risquerait de disparaître dans un excès de ressemblance.
    Alors, il faut se protéger, mettre des frontières, des barrières, pour ne pas être contaminé, on ne sait jamais…
    Quelle absurdité…
    Enfin, si ce n’est pas la blouse ou le pyjama, c’est autre chose…

    Récemment, j’ai été effarée d’entendre un infirmier dire que certains patients sortaient en « pyjamas » en ville, et se surprendre que les gens les regardaient bizarrement dans le bus. Quand je lui ai fait part de mon étonnement, il m’a dit que les patients s’en fichaient, que ce n’était pas leur préoccupation. Je lui ai juste répondu « qu’est ce que vous en savez, vous leur avez demandé ? »

    ….

  14. Lana Said:

    Oui, c’est bien connu, les patients se fichent de tout et ne ressentent rien! Mais quand bien même, si on se place du point de vue de cet infirmier et qu’on part du principe que les patients s’en fichent, n’est-ce pas à lui de veiller à la dignité des patients? Et surtout se dire que si les patients sont brisés à ce point-là, il y a un problème quelque part? Un tel manque d’humanité et de considération me révolte toujours autant de la part de gens censés soigner.
    Je suis d’accord sur le fait que ça sert aussi à désigner la patient comme fou, non soignant.

  15. David Said:

    C’est exactement ça, ça m’est arrivé. De plus l’hôpital (Sainte Anne) m’a mis sous le statut d’hospitalisé d’office. Au départ j’étais dépressif (et St Anne ne m’a pas aidé vu les épreuves), mais visiblement mon dossier contient des éléments bien plus graves que mes proches démentent formellement.
    De plus il s’avère que depuis la décision du juge, je devais voir un juge tous les 6 mois. Je n’en ai jamais vu depuis.
    Enfin pour le pyjama, le summum le chef de service a affirmé devant mon père que j’étais mythomane et que rien de cela n’est arrivé.
    Ils ont tenté de me détruire et de faire de moi un accroc aux médicaments. Pourtant j’ai travaillé malgré tout, j’ai fini mes études supérieures et je gagne bien ma vie. J’ai contacté une avocate qui va faire valoir mes droits élémentaires. Chaque piqûre qu’ils me font est pour moi une agression. Ils outrepassent leurs droits et je vais leur faire payer très cher ce qu’ils m’ont fait.
    Ce qui fait le plus mal dans ce genre d’affaire, c’est le doute des proches dû à la confiance des gens envers des médecins autoproclamés.
    Je vais me faire suivre par des privés, les seuls psychiatres capables de ne pas se comporter comme de véritables nazis!

  16. Lana Said:

    Les proches préfèrent croire qu’on exagère, ça leur donne meilleure conscience, et puis c’est difficile d’imaginer ce qu’il se passe dans les HP, surtout quand on ne veut pas savoir. J’espère que tu trouveras des gens pour t’aider.


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