Le handicap psychique encore tabou en entreprise

Par LEXPRESS.fr, publié le 18/11/2011 à 15:47, mis à jour à 16:04

Schizophrénie, troubles bipolaires ou de la personnalité… les entreprises se sentent souvent démunies face à ces maladies que les salariés eux-mêmes évoquent difficilement.

Alors que s’achève la 15e semaine pour l’emploi des personnes handicapées, il est un mal que l’entreprise ne sait pas prendre en compte. Le handicap psychique, dont souffrent environ 600.000 personnes en France, y est encore tabou, ce qui complique l’embauche et le maintien dans l’emploi des malades. Distinct du handicap mental, il n’a été officiellement reconnu que dans la loi de 2005. Sa reconnaissance ne s’est toutefois accompagnée d’aucune définition.

Le handicap psychique peut être la conséquence de diverses maladies: psychoses -en particulier la schizophrénie– troubles bipolaires, troubles graves de la personnalité ou encore certains troubles névrotiques graves, comme les TOC, troubles obsessionnels compulsifs. Les associations estiment à environ 600.000 en France le nombre de malades, affectés dans leurs relations ou leur comportement au travail. En tout, un tiers des Français vont être confrontés, directement ou dans leur entourage, à ce handicap.

Or « il y a dans les entreprises une incompréhension totale de ce handicap », a estimé Diane Flore Depachtère, dirigeante de DFD Consulting, cabinet spécialisé dans les politiques de diversité, lors d’un colloque organisé jeudi par le groupe Mornay. « Les préjugés sont nombreux », a-t-elle détaillé: « les DRH craignent que les personnes recrutées atteintes de ces troubles fassent des « pétages de plombs » sur les lieux de travail, que le taux de suicide explose… »

Des tensions avec les collègues

Soumises à des obligations d’emplois de personnes handicapées, les entreprises pensent d’abord à embaucher des handicapés moteurs, a confirmé Karine Reverte, directrice du Comité de coordination action handicap, lors du colloque. Celles qui sont confrontées au handicap psychique semblent parfois démunies face à ces incidences au travail. « On est en veille permanente », a témoigné Dominique Bourbier, responsable d’équipe chez Orange.

Evoquant le cas d’un salarié « en poste depuis trois ans, et dont les soucis s’aggravent », elle a détaillé ses difficultés d’insertion professionnelle: « il met en moyenne 15 minutes à s’installer et 40 minutes à préparer ses affaires pour partir ». « Cela crée des tensions avec ses collègues, qui ne comprennent pas la maladie avec ses obsessions, ses contrôles, les arrêts de travail à répétition, ou le fait qu’il redemande sans cesse si son travail est bien fait », a-t-elle raconté. « Toute l’ambiguité de la situation, c’est qu’on sent qu’il a besoin de travailler et qu’il veut toujours bien faire », a ajouté Dominique Bourbier.

Le travail, une expérience bénéfique

En effet, la travail se révèle être une expérience bénéfique pour les personnes en situation de handicap psychique, soulignent les associations. Mais « les entretiens d’embauche sont souvent vécus comme une barrière infranchissables », a souligné Marli Stiefattre, responsable à l’association d’entraide « Vivre ». « L’idée d’expliquer ses troubles dans un CV, la crainte des réactions de l’employeur sont autant de freins pour les demandeurs d’emplois », a-t-elle expliqué.

Résultat: le taux de chômage des personnes atteintes de troubles psychiques, impossible à mesurer, serait « massif ». Difficulté supplémentaire, le salarié n’est pas toujours conscient de sa pathologie ou ne la déclare pas. Or « pour réussir une intégration professionnelle, il faut pouvoir aménager les postes et le rythme de travail, donc bien connaître l’état de santé du salarié », a souligné Bruno Benyounes, médecin du travail chez Sanofi.

Selon les professionnels du sujet, qui ont tous insisté sur l’importance de l' »accompagnement », les personnes ont plus de facilité à parler de leur handicap lorsqu’elles « se sentent en confiance ». « Leur devenir ne dépend pas seulement de l’évolution de la maladie mais aussi de leur environnement au travail », a notamment insisté Bernard Pachoud, psychiatre et chercheur au CNRS.

http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/emploi/le-handicap-psychique-encore-tabou-en-entreprise_1052689.html

Publicités

16 commentaires »

  1. murielle Said:

    C’est incroyablement important pour une personne avec handicap psychique de faire partie du monde de travail car la maladie psychique est déjà en soi très isolante et ne pas travailler isole énormément. Je regrette que les préjugés et mal-connaissances des maladies psy soient toujours aussi forts. Vivre avec un handicap psy est toujours tabou dans le monde du travail et ailleurs.
    Je viens de découvrir to blog et j’admire ton courage, ta détemination et ton talent d’écriture. Je te souhaite toute la force du monde et une bonne continuation. je continuerai à te lire.

  2. Alain Said:

    Doit-on cacher ou non sa maladie quand on cherche du travail ?

    Je vais bientôt m’y mettre à cause de difficultés financières et je fais l’impossible pour qu’on ne voit pas que je suis malade. Toujours bien sur avec l’angoisse qu’on s’en aperçoive.

    Pour avoir fréquenté le monde du travail depuis longtemps, je peux dire que les mentalités ne sont pas prêtes à accepter des handicapés psychiques, le frein est d’ailleurs autant de la part des collègues que de la hiérarchie.

  3. murielle Said:

    Je vous souhaite bon courage dans votre recherche de travail. J’espère que vous êtes accompagné et soutenu,

  4. Alain Said:

    Je vous remercie. Non, je ne suis pas accompagné, j’ai réussi jusqu’à présent à vivre en dissimulant la maladie sauf auprès des médecins (du travail) qui l’ont diagnostiqué. Cela m’est arrivé une fois et j’ai eu de la chance, je suis tombé sur un médecin qui m’a soutenu.

  5. Behemothe Said:

    c’est vrai que ne pas le dire est une angoisse, mais c’est aussi un stimulant pour ne pas se laisser submerger par la maladie. J’ai travaillé toute ma vie en ayant une frousse terrible que cela se sache et montrer un comportement « normal » mais je reconnais que cela m’a évité des hospitalisations à répétition. Bon maintenant que je suis à 11 mois de la retraite à 62 ans, je m’en fiche et ne cache plus rien.

  6. Alain Said:

    J’ai à peu près la même expérience, j’ai 52 ans et je suis encore loin de la retraite. J’ai réussi à être compétent sur le plan technique, mais le problème est dans les relations avec les collègues. J’ai été amené à diriger une équipe de développement et j’ai rencontré des problèmes avec certains que je n’ai pas su gérer. Je me suis retrouvé à l’hopital. Depuis j’évite les postes d’encadrement.

    Tu dis que tu ne caches plus rien, mais l’as-tu dit explicitement à tes collègues ?

  7. Lana Said:

    Merci Murielle pour vos encouragements.

    Alain, à ta place je cacherais ma maladie sauf si tu veux être embauché dans le cadre des quotas de handicapés. En parler à un entretien d’embauche pour un poste « normal », c’est être sûr de ne pas être pris. Moi j’en ai parlé après plusieurs années, quand mes collègues me connaissaient bien et que j’ai fait mes preuves. Au moins, il me voyait commemoi-même, surpris d’apprendre que j’avais cette maladie mais leur regard sur moi n’a pas changé, et si c’est le cas je crois que c’est en mieux. Si tu le dis le premier jour, tu es le schizo de service. C’est pareil pour toutes les maladies de toute façon, je trouve ça quasiment déplacé d’en parler dès le début si on ne demande pas d’aménagement spécial. C’est privé, ça ne regarde pas les autres si on n’a pas envie d’en parler. Et puis les autres ne sont pas parfaits et performants tout le temps non plus. Comme pour Béhémote, j’ai toujours voulu faire comme les autres, ne pas prendre d’arrêt maladie quand ça n’allait pas. Ca a été très dur parfois, surtout au début, mais je suis contente de n’avoir rien lâché et d’avoir pu rester dans le monde du travail.

  8. murielle Said:

    Peut être que la solution est de trouver un emploi où vous avez peu ou pas de responsabilités afin de ne pas ajouter un stress supplémentaire. Et il est déjà assez difficile de trouver un boulot sans avoir à ajouter un obstacle en révélant votre handicap. Et peut être ensuite, seulement quand vous serez prêt, attendre de mieux connaitre vos collègues avant d’expliquer votre « cas ».(encore que vous ayez le droit de garder votre vie privée, privée) J’espère juste que vous arriverez à gérer votre boulot sans avoir trop de stress qui pourrait provoquer une crise ou un mal être. Encore une fois bon courage!

  9. Alain Said:

    Lana, j’ai la même expérience, pas d’arrêt maladie en dehors d’une hospitalisation. Je pense quand même qu’on n’est pas représentatif de la majorité des schizophrènes mais je n’ai pas de données précises sur cela.

  10. Lana Said:

    Non, ce n’est pas représentatif de la majorité. La chance que j’ai, c’est que mes études et mon travail sont liés à ma passion, pour ne pas dire ma raison de vivre, les livres, et que mes collègues sont plutôt sympa. Enfin, la chance c’est d’avoir une passion, le reste c’est moi qui l’ai construit. Et puis je me suis accrochée, contre tout avis médical, parce qu’il était inconcevable pour moi de perdre ça. J’ai privilégié mes études et mon travail au détriment de ma santé. Ca a été dur, j’en ai bavé, il ne faut pas croire que c’est juste de la chance comme certains le disent parfois. La chance, c’est après une dizaine d’années que j’en ai eu, en répondant bien au traitement (médocs et psychothérapie). J’ai aussi choisi d’avoir un travail et pas de vie de famille.
    Je crois aussi que si on n’est pas représentatif des schizophrènes, c’est parce que souvent les psy sont trop défaitistes dès le départ.

  11. Alain Said:

    Les psys sont défaitistes (sauf la mienne qui m’encourage) mais ils ont des excuses : le taux de chomage, la mentalité au travail, la stigmatisation sans compter la plus ou moins grande sévérité de la maladie. Cela dépend bien entendu des conditions et du courage, tu en es la preuve, de chacun.

    J’ai fait le choix après ma première hospitalisation de m’échapper su système psychiatrique. J’ai vécu pendant dix ans sans voir un psy (je ne prenais que des anxiolithiques que j’obtenais auprès d’un généraliste). J’ai été rattrapé par la maladie et depuis je prends un traitement, mais j’ai continué à travailler, autant par gout que par nécessité financière, pas de soutien familial.

  12. Lana Said:

    Ils ont des excuses, oui, mais tout de même il est dommage que les psys freinent parfois les patients qui se freinent d’ailleurs souvent eux-mêmes aussi. D’une part, les psy voient principalement des gens qui vont très mal, ce qui explique aussi leur défaitisme ( https://blogschizo.wordpress.com/2011/04/22/les-personnes-atteintes-de-schizophrenie-mieux-quon-le-croit/ ), de l’autres les patients s’auto-stigmatisent comme l’explique le livre que je viens de lire et dont j’ai parlé dans un article récent.

  13. Alain Said:

    Merci pour cet article encourageant. Cela montre qu’il faudrait réellement aider les schizophrènes à surmonter les problèmes matériels (logement, argent, études) afin qu’ils aient de bonnes chances sur le marché du travail. J’ai eu personnellement de la chance dans la mesure ou je suis tombé malade après la fin de mes études, enfin presque, 4 ans sur 5.

  14. Lana Said:

    C’est toute la question du médico-social. Et de la stigmatisation qui joue en défaveur de la réhabilitation des schizophrènes.

  15. cécilee Said:

    Bonjour Lana, j’apporte mon témoignage qui est très différent du tien… Je travaillais dans un milieu professionnel assez fermé, et même si je n’en ai pas parlé franchement, ça s’est « su ». Les premières années je me suis accrochée avec une volonté du diable pour enchaîner les journées sans m’écrouler. Je mettais deux heures le matin à sortir de la torpeur des médicaments, dans le métro (une heure) je dormais parfois debout, enfin mes yeux se fermaient et je luttais pour les ouvrir et au travail c’était le relationnel qui était difficile. Je rentrais le soir épuisée et ne pouvais plus sortir, le week-end je le passais à dormir. Parfois, trop épuisée, je n’avais plus que le suicide en tête. Jusqu’au jour où un médecin m’a alarmée sur mon état et m’a mise en arrêt maladie. Au retour de cet arrêt, mon chef était très en colère contre moi et petit à petit je suis entrée dans le cycle des arrêts maladies jusqu’à l’arrêt total et le licenciement. J’espère ne jamais être obligée de revivre cela.

  16. Lana Said:

    J’ai eu de la chance d’avoir des collègues et un patron conciliant, parce que quand je pense aux premières années, je pleurais tout le temps au travail, j’étais souvent très fermée, etc. et je ne crois pas que ça aurait été accepté partout. Les collègues et la direction, ça compte aussi beaucoup dans le fait de supporter le travail. Et puis j’ai de la chance aussi de ne pas devoir passer du temps dans des transports bondés.


{ RSS feed for comments on this post} · { TrackBack URI }

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :