J’envie les gens qui meurent

J’envie les gens qui meurent, les suicidés

Les voyageurs qui posent un problème sur la ligne

Assise dans le train, je me dis quelle chance

Et au journal, quand ils parlent de ces suicides en augmentation, et comment remédier au problème

Je me dis mais quel problème?

C’est la condition humaine, tragique et douloureuse, dont certains ont le courage de sortir

Laissez-les mourir en paix, voilà ce que je me dis, et que j’aimerais être à leur place

J’envie les gens qui meurent, les suicidés, les noyés, les brûlés volontaires

Et j’aimerais qu’on m’enterre avec eux

Je n’envie pas les gens heureux, parce que je sais que leur bonheur à eux n’est pas pour moi

J’envie les gens qui meurent parce que je sais depuis longtemps que moi je suis comme eux

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36 commentaires »

  1. Mon père s’est suicidé quand j’avais 2 ans. Il avait 42 ans. Je ne crois pas que je l’ai jamais envié. Quelles que soient ses raisons…
    Mon neveu, le fils de mon frère, aussi s’est suicidé. Il avait 22 ans. C’était il y a 3 ans. Je ne me console pas de sa perte.
    Ne pensez pas que ceux qui restent sont heureux…

  2. behemothe Said:

    Moi, la mort des gens me console car elle me rapproche de ma mort.
    On voit bien dans ces pensées un immense égoïsme qui, quand je m’en aperçoit, me fait froid dans le dos. Mais bon voilà on est comme cela. Notre souffrance nous retire du monde pour nous replier sur nous même.
    « Une poupée cassée dont les yeux serait tombés à l’intérieur »
    (E.M Cioran « Syllogisme de l’amertume » à moins que ce ne soit « De l’inconvénient d’être né ») .

  3. Dafodil Said:

    Que dire de plus banal que « courage! ». Et pourtant tu n’en manques pas: tout ce que tu écris, cries, déballes, analyses ici est tellement fort, tellement important.
    Mais lire ce post me glace et m’attriste.
    Bien sûr, je ne connais pas ta souffrance et ma question est peut-être naïve, mais il n’y a jamais des moments plus lumineux? En regardant le chemin que tu as parcouru et que tu racontes ici, j’imagine qu’on peut aussi ressentir de la fierté, y puiser du courage, des raisons d’espérer…
    Je suis désolée j’ai du mal à trouver les mots et j’ai juste envie de te transmettre un peu plus d’envie de vivre. Continue Lana!

  4. Alain Said:

    J’ai souvent des pensées comme les tiennes, Lana, et puis la vie continue, je ne sais pas pourquoi, on trouve la force de vivre malgré tout, un instinct de vie sans doute et pour certains un espoir.

  5. murielle Said:

    « La pensée du suicide est une puissante consolation; elle aide à passer plus d’une mauvaise nuit. » Nietzsche

    Penser au suicide c’est garder une porte de sortie quand la vie devient vraiment, totalement insupportable. Reste l’unique maitresse de ton destin.

  6. Lana Said:

    Oui, je sais qu’il y a des moments meilleurs, mais bon, c’est un texte sur des pensées à un moment donné. C’est juste que je ne suis pas sûre que les meilleurs moments valent toute cette souffrance. Ce n’est pas de l’égoïsme, c’est juste que parfois je n’en peux plus, et ça, qu’est-ce que les gens peuvent y faire? Pas grand-chose. Enfin bon, je suppose que ça finira par passer.

  7. behemothe Said:

    Pour l’égoïsme je parlais pour moi bien sûr

  8. Igor Thiriez Said:

    Hélas, ou heureusement, on n’est jamais seul quand on se suicide. Il y a la famille et les proches mais aussi les conducteurs de trains dont la culpabilité éventuelle peut être anticipée et venir contrecarrer un projet de suicide bien établi.
    Ces gens « heureux » ou qui ont l’air de l’être, ont certainement beaucoup à apprendre aux autres. Hélas, la plupart du temps, ces bienheureux sont méprisés, jalousés ou moqués au lieu d’être imités. C’est facile à dire certes, mais ça vaut sûrement le coup d’essayer.

  9. Lana Said:

    Oui, je sais, c’est pour ça que j’ai dit que je ne me suiciderais pas, pour ne pas faire de mal aux gens. je ne méprise pas du tout les gens heureux, au contraire, mais je pense que je ne connaîtrai pas leur bonheur et que donc ce n’est pas la peine de les envier. Enfin bon, je suis assez déprimée pour le moment, et encore une fois il s’agit du compte-rendu de pensées à un moment donné, en aucun cas de dire que tout ça est bien, que c’est ce qu’il faut penser, etc.

  10. Igor Thiriez Said:

    Je sais que vous ne méprisez pas les gens « heureux », vous semblez juste les considérer comme un peu inaccessibles : je trouve ça dommage. Cela dit, je ne suis pas dans votre situation et ne ressens pas cette fameuse souffrance que vous communiquez avec dignité, sans la glorifier ni glorifier le suicide comme on peut le voir souvent sur internet. Rien que pour ça, merci.
    Je préfère d’ailleurs vos textes quand vous allez mieux alors dépêchez vous d’aller mieux!

  11. Alain Said:

    Sans vouloir polémiquer, ne seraient-ce pas les gens souffrants qui sont inaccessibles aux gens bien portant ?

    Et comment peut-on juger, je sais que vous ne le faites pas, un suicide quand on sait la souffrance qui se cache derrière pour combattre l’instinct de survie et la peur de mourir, sans parler du regret de ce qui retient encore à la vie ?

    Je souhaite aussi que Lana aille mieux le plus vite possible mais ses témoignages me touchent autant qu’elle aille bien ou pas.

  12. Lana Said:

    Je considère comme accessible un certain bonheur, mais l’amour par exemple, c’est vrai que je n’arrive pas à y croire pour moi, et quand j’y crois je tombe de haut, et tout le monde a beau me dire que c’est possible, le fait est que pour l’instant, instant qui dure depuis longtemps!, ça ne marche pas. Enfin bon, ça va un peu mieux aujourd’hui, et merci à tous pour vos mots.

  13. Behemothe Said:

    Est-ce l’amour qui t’est inaccessible ou la définition que tu t’en fais. En as-tu parlé avec ta psy?
    Tu es encore jeune, rien n’est figé dans le marbre, il faut travailler par petite touche comme les pointillistes, pour qu’enfin apparaisse le dess(e)in que l’on désirait. Je sais le doute peut t’assaillir, mais il faut garder confiance, mais cela ne peut pas se faire sans l’aide de quelqu’un d’expérimenté.
    Enfin merci de la bonne nouvelle quand tu annonces que ça va mieux, mais il ne faut pas baisser les bras.

  14. Lana Said:

    Vaste question à laquelle je ne vais pas essayer de répondre ici. Quand tu me connaîtras depuis longtemps, tu arrêteras de me dire « tu es encore jeune, ça viendra ». Tout le monde m’a dit ça, depuis toujours, et heureusement la plupart ont arrêté devant l’évidence que rien ne vient. Parce que le fait est que non, dans la vie, on n’arrive pas toujours à avoir ce qu’on veut, son dessein comme tu dis. Je ne dis pas ça méchamment, ce n’est pas contre toi non plus, mais j’avoue que ça m’énerve un peu ce genre de discours.
    Quant à ma psy, je ne l’ai plus vue depuis quelques mois, et je n’en ressens pas trop l’envie pour le moment. Je prends des médocs, dont une bonne dose d’antidépresseurs, j’ai fait une thérapie, que veux-tu faire de plus?

  15. Behemothe Said:

    Non je n’ai pas « tu est encore jeune ça viendra ». j’ai dit « tu es encore jeune rien est figé dans le marbre »
    C’est à dire que tu peux encore changer ta façon de penser, de concevoir, d’aimer. Quand à dire ça viendra, je n’en sais rien. Mais ça occupe et surtout c’est passionnant.

  16. Lana Said:

    Ok, ;-)!

  17. Igor Thiriez Said:

    C’est vrai que l’amour ne semble pas répondre à beaucoup de règles. Ce qui est sur c’est qu’il y a quand même une part de hasard dans ce domaine et qu’on n’est jamais à l’abri d’un coup de chance. Le tout est encore d’avoir envie de rejouer. En ce qui concerne le bonheur, vaste question… Il paraît que c’est plus ou moins la somme de petits plaisirs et de grosses satisfactions. Savoir profiter des petits plaisirs de la vie est semble-t-il indispensable pour être heureux : les grosses satisfactions, tout comme l’argent, ne suffiraient pas…

  18. Lana Said:

    En tant normal, j’arrive à profiter des petits bonheurs, mais les problèmes psys me retombent dessus à intervalle régulier, et à force, c’est épuisant.

  19. cécilee Said:

    Arrivée à un certain âge, toute envie de suicide s’est dissolue dans mes larmes et je peux goûter la simple joie de vivre. C’est pourquoi je t’ai dit que tu étais jeune et que tout était encore devant toi, l’amour mais aussi la perte de ce réflexe « suicide ».

  20. Lana Said:

    Peut-être, mais on ne sait jamais ce qu’on a devant soi. Certains ne trouvent jamais l’amour, d’autres se suicident à 60 ans.

  21. cécilee Said:

    Oui c’est juste.

  22. franck Said:

    L »amour ne se trouve pas chez l’autre mais en soi. Nous avons tout ce qu’il faut en nous pour le trouver. Ne culpabilisez pas d’être ce que vous êtes car c’est justement ce qui fait votre richesse.

    personne ne peut vous dire mieux que vous même: Je m’aime.

  23. Igor Thiriez Said:

    En revanche là, j’ai un doute sur l’efficacité de la méthode coué dans la schizophrénie…

  24. Lana Said:

    :-)!

  25. lex Said:

    si l’humanité était heureuse en amour cela se saurait et on pourrait s’attendre à de grandes améliorations / à ce que l’intensité phénoménale d’hypocrisie et de connerie ambiante diminue. Bien entendu tout cela n’est pas inscrit à l’ordre du jour mais revenons à « nos moutons ». Si je devais décrire en quelques mots ce qu’est un schizo, je dirais qu’il est essentiellement une personne enfermée évoluant à l’intérieur d’une prison mentale/ et parallélement physique. Sa prison est bordée de hauts murs et il vivote tant bien que mal à l’intérieur de ce milieu confiné. De temps à autre, il tente de « faire le mur » / « passer à l’ouest » car il subodore que l’air y est plus respirable et il l’est en effet. Mais au fond de lui-même, il comprend aisément qu’il n’est pas réellement taillé pour ça. Comment franchir un mur un sac à dos de 80 kgs fixé aux épaules ? c’est à peu près ce à quoi ressemble « l’équation vitale schizo »

  26. Lana Said:

    Bonne définition, je trouve.

  27. Alain Said:

    C’est une bonne définition en effet, mais je me demande si chaque schizo n’a pas sa propre définition de la schizophrénie.

    En dehors de faits communs qu’on partage tous, il y a des spécificités propre à chacun. Je me demande si on ne devrait pas parler des schizophrénies au lieu de la schizophrénie.

  28. lex Said:

    je te retourne le compliment Lana. Tu as osé parler d’amour à l’ère de la bombe atomique , des téléphones-mobiles-phalliques et des schizophrènes chimifiés. C’est très courageux continue…..

    Alain: je ne nie pas les differences interindividuelles, je voulais simplifier, parler du tronc commun. ceci étant je pourrais donner 12 définitions alternatives et je suis sur que chacun retomberait encore sur ses pattes.

  29. Lana Said:

    Chacun a ses définitions, c’est sûr, c’est une réalité tellement complexe à exprimer.
    On parle « officiellement » des schizophrénies depuis un certain temps. Le Que sais-je? sur la schizophrénie, par exemple, a été rebaptisé « Les schizophrénies » il y a une dizaine d’années.

  30. Alain Said:

    Je me rappelle, lors de ma première hospitalisation, on m’avait parlé de syndrome, je ne savais pas de quoi il s’agissait. Les médecins parlaient entre eux et faisaient comme si je n’existais pas. J’ai alors demandé ce qu’était un syndrome et on m’a répondu que c’était un ensemble de symptomes. Ce qui n’est pas faux mais n’explique pas grand chose, j’étais bien avancé. C’est plus tard par indiscrétion d’un membre de ma famille que j’ai appris qu’il s’agissait de schizophrénie.

  31. lex Said:

    on peut toujours discuter sur des points de détails. Ce qui sûr c’est qu’il y a un « cadavre dans le placard ». En revanche, officiellement vu de l’extérieur, il n’y a rien dans le placard….c’est ce qu’on appelle « le facteur invisible dans la schizophrénie »

  32. lex Said:

    Le que-sais-je ? par plus que les « meilleurs specialistes » ne comprennent qqchose de la ou des schizophrénies. Ils ne peuvent qu’observer un phénomène sans en saisir les mécanismes profonds .c’est pourquoi ils préférent passer le relai à leurs camarades chimistes

  33. C’est assez surprenant, cette description d’un enfermement intérieur pour la schizophrénie. Ça correspond assez à ce que Sylvia Plath nommait pour la dépression « La cloche de détresse ». C’est surprenant, parce que les gens ne s’imaginent pas la schizophrénie comme ça. Ils pensent que l’esprit des gens est coupé en deux, ou morcelé. Mais ils pensent assez rarement que ça pourrait être un enfermement intérieur.
    Du coup, je me demande si ça fait écho lors d’un enfermement à l’hôpital…

  34. lex Said:

    le morcellement fait également partie du tableau, l’ambivalence et bien d’autres choses encore. Le facteur principal selon moi c’est le processus de désintégration psychique et corporel qui débouche sur cet enfermement / autisme,ambivalence,paranoia,depression etc….

    j’ai entendu parler de sylvia plath mais je ne l’ai jamais lu

  35. Sybilline Said:

    Je lis peu à peu vos très riches commentaires qui valent bien plus qu’un ouvrage général, même si je m’y pencherai bientôt. On perçoit les choses de l’intérieur, avec vos intelligences respectives et vous n’en manquez pas!

    Pour rebondir sur l’amour, Lana, sache que nous sommes tous en quête de cette part d’absolu qu’on ne trouve pas facilement et en réalité pas vraiment. Schizophrène ou non, la vie nous déçoit parfois de ce côté-là et il faut sans cesse remettre du coeur à l’ouvrage, se battre, échouer et recommencer à y croire. Donc, rien n’est gagné, mais pour PERSONNE. Beaucoup se cachent derrière une vie tranquille, mais quand on gratte un peu le tableau n’est pas si beau qu’il n’y paraissait, car la vie, c’est cela aussi. La seule différence entre certaines personnes et d’autres, ce n’est pas les déceptions qui sont le lot de tout le monde, mais l’espoir, la flamme, la passion qui est là ou non.

    Au hasard de commentaires sur des livres et des CD, j’ai trouvé cette citation d’un commentateur et j’ai pensé à toi en la lisant Lana. Je l’ai trouvée si belle…La voici. Elle met en valeur ce qu’aime le commentateur:
    « J’aime la musique,les histoires hors de notre réalité objective,les arts martiaux, la spiritualité non limitée aux dogmes ou interdits. Ce qui nous fait réfléchir et nous explique que le ciel ne garde aucune trace du passage des nuages, si noirs soient-ils. »

    C’est beau, un message d’espoir et la capacité chez cet homme d’aller chercher des moyens de se ressourcer là où elles se trouvent, en regardant le ciel et en écoutant son coeur et ses rêves.

  36. Lana Said:

    Oui, c’est très beau. Mais je ne sais pas si le coeur humain est comme le ciel, je ne crois pas.


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