Je suis un puits sans fond

Je suis un puits sans fond, un trou noir qui aspire l’énergie de vie, la mienne et celles des autres.  Je suis comme Antigone, emmurée vivante, attendant la mort lentement, en saignant intérieurement, parce qu’elle ne sait pas transiger avec ses sentiments,  son honneur et ses principes.  Emmurée vivante parce qu’elle ne peut pas vivre dans la société des hommes, en accepter les lois et les faiblesses.

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J’essaye de me plier aux codes de la société. Sourire, regarder dans les yeux, parler gentiment. Mais quoique je fasse, j’échoue à être une personne vivante parmi les personnes vivantes. Je fais semblant et ça se voit, ça fait parler, on me condamne, on me dit méprisante. Alors je m’enferme pour fuir le jugement des autres. Chaque condamnation me brise un peu plus le coeur. Le mépris serait facile, rassurant et protecteur, alors que mes efforts vains et incompris ne sont que de nouvelles preuves de mon incapacité à vivre dans ce monde. Jour après jour, année après année, chaque jugement, chaque reproche sur ce que je suis, ou plutôt ce que je ne suis pas, creusent un peu plus mon abîme intérieur et les murs s »élèvent sans jamais s’arrêter.

Et je deviens un puits sans fond, un puits sans eau, assoifé, et quand je rencontre quelqu’un qui me comprend, quelqu’un qui vit ou a vécu dans le même monde, je l’attire dans ce vide que sa présence comble, et je ne lui demande rien d’autre, mais bien sûr c’est trop, alors il s’en va, pour ne pas se laisser aspirer.

Et le puits se creuse encore, et encore, et encore, c’est inexorable.

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24 commentaires »

  1. behemothe Said:

    forcement alors ce trou doit déboucher sur quelque chose comme je suis comme je suis et c’est à prendre ou à laisser. On ne peut pas jouer éternellement un personnage, se masquer. Il y a déjà assez du boulot où il faut présenter une façade acceptable, pour avoir encore chez soi à présenter une autre façade. Mais c’est pas pour autant que la solitude est une obligation. C’est sûr c’est plus difficile mais pas impossible. Il faut rechercher dans ses alter égaux. Mais il faut savoir que de toute façon ce sera plus difficile que pour le commun des mortels. Mais moi je suis dans mon trou et j’y suis bien, j’entends le commun des mortels s’agiter et cela ne me donne aucune envie de les rejoindre.

  2. Lana Said:

    Je ne veux pas dire que je présente une façade, que je cache ma personnalité, mais que dans certaines de mes interactions avec les gens, surtout les inconnus, il y a un truc qui cloche, dans mon regard, ma façon de parler, et ils l’interprètent mal.

  3. Moi je crois qu’il ne faut pas trop investir dans le regard des autres. Ce truc un peu convenu et formaté que vous décrivez comme les codes de la société, c’est vrai qu’il existe et que les gens se fient beaucoup (trop?) à ça, le sourire, le regard, pour juger les autres.

    Perso je m’en fiche du regard des autres, je ne me sens pas obligée de leur sourire ou de faire des mimiques gentilles pour me les mettre dans la poche; Je n’ai rien à leur vendre. Mais c’est vrai que les gens préfèrent des arnaqueurs qui leurs caressent le poil que des gens vrais qui n’essaient pas des les séduire.
    Moi je trouve intéressant que vous souleviez cette question du regard, du visage. Mais ce que je pense, c’est que ce n’est pas à vous de vous adapter à eux, enfin pas en entier, mais que la société doit aussi accepter qu’il y ait des handicaps psychiques qui rendent difficiles ces petites mimiques de complicité qui font le lit des gens « normaux ».
    Je crois que les gens doivent accepter qu’un visage fermé peut-être la marque d’une maladie et qu’on n’a pas à rejeter qqun pour cela. On ne reproche pas non plus à un handicapé moteur de ne pas savoir marcher.
    Maintenant, le problème, c’est comment on peut signaler qu’on a ce petit souci?
    Quand les gens voient un handicapé en chaise roulante, ça va, c’est clair, ils comprennent. Quand c’est un handicapé psychique, il n’y a pas de signe pour le signaler.
    J’ai lu un jour le récit d’un schizophrène américain qui donnait pas mal de conférences, etc… Quand il était fatigué, il avait besoin d’être seul. Il se permettait de se retirer d’une assemblée pour se reposer. Il avait aussi un petit panneau en carton qu’il sortait de sa poche quand ça n’allait plus. Il avait marqué dessus quelques chose du style : « Je suis schizophrène. Excusez-moi de ne pas réagir aussi vite que vous ».
    Une autre chose que vous dites, c’est que le code avec les gens c’est : « Sourire, regarder dans les yeux ».
    Donc, « sourire », on n’est pas obligé. Pour ce qui concerne « regarder dans les yeux », perso, j’éviterais. C’est trop invasif pour les uns et les autres.
    Pour vivre ça socialement sans trop s’épuiser, il y a des gens qui se réfugient dans la photo quand ça leur pèse trop d’être en face des gens. Sinon, on peut aussi avoir sous la main un téléphone ou des lunettes de soleil, ou simplement regarder un objet autour de soi. Il ne faut pas trop se fixer sur le regard des autres.

  4. lex Said:

    j’essaye de laisser divaguer mes yeux au lieu de fixer constamment l’interlocuteur sinon je porte des lunettes de soleil y compris s’il n’y a pas de soleil en cas de besoin. En cas de stress trop intense , je debranche le contact visuel. J’avoue que tout ça ne fonctionne pas très bien. Waltercolor a raison, c’est bien de ne pas se forcer

    « Lève les yeux il n’y a pas de démons en toi » j’ai entendu cette phrase dans un film américain. Je trouve ça interessant d’un point de vue schizo

    Lana, je te confirme que tu n’es pas un trou noir…..cela ne se peut

  5. Lana Said:

    Mais si je devais faire tout ça, je devrais arrêter de travailler, et je ne le veux pas non plus.

  6. lex Said:

    j’ignorais qu’un schizo puisse travailler a fortiori en milieu ordinaire. Si ce n’est pas de l’autoflagellation ça y ressemble ? et pour quelle gratification ? faire plaisir à tes parents ?

    quel travail si ma question n’est pas indiscrète ?

  7. Lana Said:

    Mes parents n’ont rien à voir là-dedans! Je connais plusieurs schizos qui travaillent, plusieurs articles du blog en parlent aussi. La gratification, c’est que j’aime ce travail (je suis libraire), je m’entends bien avec mes collègues, je fais partager mes connaissances et je gagne ma vie. Les mêmes gratification que tout le monde, quoi!

  8. lex Said:

    Oui mais à quel prix ?
    il y a aussi des noirs qui veulent à tout prix devenir blancs (ils aiment le blanc)….et en général le résultat n’est pas franchement une réussite

  9. Alain Said:

    J’ai longtemps souffert de la solitude imposée par la maladie et puis je suis arrivé à m’y faire, je vis presque bien quand je suis seul. Je ne fuis pas les gens mais je ne les recherche pas, j’ai établi des limites qui me protègent. Bien sûr, il y a les contraintes matérielles, je suis obligé de travailler pour vivre, aucune autre ressource et cela m’oblige à me confronter aux autres. J’éprouve certaine de tes difficultés, la peur de regarder dans les yeux, (en réalité la peur de faire peur et d’être rejeté), le masque qui s’inscrit sur le visage après une journée éprouvante et qui donne un air de fausse dûreté, alors que mes sentiments en sont complètements éloignés. Mais je retrouve mon refuge à la fin de ma journée et je reprends des forces pour une nouvelle journée. Un destin bien terne aux yeux de beaucoup mais je n’en n’ai pas de rechange. Lana, je te comprends et je partage tes impressions mais il ne faut pas trop désespérer la vie parait noire à certains moments puis il y a des éclaircies, il faut en profiter.

  10. Sur la question du regard, c’est intéressant d’aller faire un tour à la Cité des Sciences, ou des lieux comme ça. Il y a des explications et des expériences à faire soi-même sur ce qu’est le regard et ces fractions de secondes qui font qu’on balaie un visage d’une certaine manière.
    Je dis ça parce qu’il est possible qu’il y ait plusieurs manières de regarder le visage de l’autre dont certaines peuvent être déconcertantes.
    Peut-être qu’on peut les retravailler.
    Lana, je suis très fière de vous parce que vous exercez comme libraire. C’est notre métier dans la famille (pas le mien) et je vois bien en quoi cela consiste;
    Pour la possibilité d’aménager des « pauses » d’intersubjectivité, des moments où on n’a pas affaire aux autres, c’est une chose qu’il faut envisager, mais a priori ça devrait être possible dans un travail comme cela.

  11. lex Said:

    ce qui m’échappe dans ton discours « apologétique » du travail c’est comment tu arrives à passer « d’un trou noir » dans le privé à « l’osmose parfaite » dans le milieu professionnel ?

  12. behemothe Said:

    Je pourrai reprendre à mon compte ce que dit Alain à 15h00. C’est exactement ça. Ce n’est pas le Pérou mais c’est ce qui fait le moins souffrir. L’importance du chez soi, est primordial pour moi. Internet me sert de passerelle pour porter ma parole. Évidement c’est pas glorieux, mais je ne recherche plus la gloire. Si à une époque ça a été le cas, je l’ai abandonné. Je me suis même forcé à l’abandonné, j’ai fait tout un travail sur moi pour y arriver, cela m’a permis de me débarrasser des croyances que j’avais sur ma personne et qui me permettaient de me croire exceptionnel. Se dire qu’on est comme une fourmi et pas plus, que je suis ni pire, ni mieux que tout autre et alors il devient facile d’accepter son sort.

  13. Lana Said:

    Qui a parlé d’osmose parfaite dans le travail? Je n’ai jamais dit ça, et ce texte en est la preuve. J’ai dit que ça m’apportait des choses, pas que c’était facile. Mais ne pas travailler a aussi un prix, et pas que financier. Je connais des schizophrènes qui ne travaillent pas et n’ont pas de vie sociale, certains ne s’intéressent pas à grand-chose et s’ennuient, se dévalorisent et s’enferment dans la solitude. Bien sûr, il y a aussi des gens qui ne travaillent pas et ont une vie bien remplie. Ce serait sans doute ça la vie idéale, mais encore faut-il avoir les moyens financiers de le faire ou savoir se contenter de peu. J’aime mon travail même si il y a des côtés difficiles.
    Waltercolor, je ne peux pas m’aménager des plages de solitudes à la librairie, au mieux bosser dans mon coin sans trop discuter avec mes collègues quand ça devient trop dur, mais il faut être là pour les clients.
    La comparaison avec les Noirs qui veulent devenir blancs ne me paraît pas juste, parce qu’il s’agit de quelque chose d’impossible, contrairement à travailler quand on est schizophrène. Je n’ai jamais voulu enfermer mes capacités dans un diagnostic, dire ça et ça je ne peux pas le faire parce que je suis schizo. Non, je fais et je vois ce dont je suis capable. Et oui, ça demande des efforts, mais je prefère ça à ne pas en faire, même si par moments je craque.

  14. Alain Said:

    Tu as beaucoup de mérite Lana et ton blog est une ressource indispensable pour tenter d’expliquer ce qu’est réellement la schizophrénie (ou les) et tenter de réfuter les fausses idées que se font le personnes même les plus cultivées ou les mieux intentionnées.

  15. lex Said:

    dans l’absolu, ce n’est pas impossible qu’il existe des schizos capables de travailler et ce d’autant plus que beaucoup sont « stabilisés » c-a-d avec enormément de « brume » circulant entre leurs méninges ou ce qu’il en reste. Ce que je veux dire c’est que dans cette pathologie les mêmes causes produisent les mêmes effets quelquesoit le lieu (professionnel ou privé) et par conséquent il y a fort à parier que « l’enfer schizo » s’il est présent dans la sphère privé s’aggrave dans la sphère professionnelle compte tenu que cette dernière est nettement plus contraignante. Quand à la « vie sociale » au travail au service des clients. Permet-moi d’avoir quelques doutes surtout si tu n’ai pas à l’aise avec le regard (le tien et celui des autres)
    pour le reste rassures toi tu n’es pas la seule à faire des efforts

  16. lex Said:

    waltercolor: si tu croises un jour le regard d’un schizo et que cela t’évoque les yeux d’un poisson lune ne t’inquiète : à cela rien que de plus normal 🙂

  17. behemothe Said:

    Bon donc rien de définitif juste que tu craques.
    Le terme de schizophrène recouvre un grand nombre de pathologies alors affirmer qu’un schizophrène ne peut pas faire çi ou ça ne veut rien dire à moins de dire que ce sont tous des meurtriers comme notre gouvernement français veut nous le faire croire. d’ailleurs à ce sujet est apparu du coup le schizophrène paranoïaque pour enfin faire la différence.

  18. behemothe Said:

    Et puis ce qui ne me tue pas me rend plus fort comme disait ce cher Nietzsche.

  19. Lana Said:

    La vie sociale, ce n’est pas juste les clients de passage, ce sont aussi les collègues, les réprésentants, les clients réguliers, avoir une fonction dans la société, etc. De toute façon, je ne vais pas me justifier de travailler. Je ne juge pas les schizos qui ne travaillent pas, alors qu’on ne juge pas ceux qui travaillent.
    Quant à Nietzche, je ne suis pas d’accord, ce n’est pas toujours le cas.

  20. behemothe Said:

    (:-))

  21. lex Said:

    personne ne juge personne; J’essaye simplement de comprendre parce qu’il y a un contraste énorme entre la tonalité très sombre de tes propos sur ta vie intérieure (suicide, trous noirs, photos assez crues) et la normalité apparente de ce que tu appelles ta vie sociale/ ta fonction sociale/ta place dans la société. Si l’un compense l’autre alors je ne saisis pas le pourquoi du comment de toute cette noirceur et s’il ne compense rien c’est que l’équation ne fonctionne pas

  22. lex Said:

    Nietzche est mort prématurément ce qui prouve que ce qui te tue te rend moins fort 🙂

    Nietzche d’après la légende avait des yeux de poissons rouges…….

  23. Lana Said:

    Ne pas travailler réduirait peut-être certains problèmes mais en créerait d’autres, aucune situation n’est parfaite. Et je n’ai jamais dit que la source de tous mes problèmes était le travail, ça m’apporte aussi des choses, en ce moment par exemple me changer les idées. Pour le moment, je déprime moins quand je travaille que quand je reste chez moi.

    Je pense que certaines épreuves rendent plus fort, mais que d’autres, et surtout quand elle se succèdent, peuvent aussi fragiliser.

  24. lex Said:

    Si chacun d’entre nous commencait à regarder la face du monde avec des yeux neufs de « merlan frit », nous pourrions enfin faire preuve d’optimisme


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