Il avait une démarche ridicule.

 Ils étaient un groupe d’étudiants se rendant du lycée au centre-ville. Tout était normal, il faisait beau, la marche était agréable, la discussion était intéressante et sensée.

 Au loin apparut un autre groupe d’étudiants de la même classe préparatoire. Ils étudiaient les mathématiques de façon intensive, ces sorties leur permettait de respirer et de se déstresser.

 Les deux groupes se sont rapprochés. L’un des arrivants s’est mis à imiter la démarche d’un singe balourd. Personne n’a vraiment compris pourquoi. Personne sauf lui. Il s’est senti tout à coup gauche. Le ridicule l’avait envahi, il allait le traîner de longues années.

 Il n’osait plus sortir sauf en cas de besoin impératif. Marcher était devenu une épreuve. Il lui semblait que tous les passants se moquaient de lui. Il lisait des rictus sur tous les visages. Il baissait la tête, il n’osait plus regarder les gens en face.

 C’était devenu une obsession, il y pensait dès le réveil, il s’endormait avec cette douleur. Il cherchait des miroirs pour observer sa démarche. Les vitrines des magasins faisaient l’affaire. Les gens se demandaient ce que ce type avait à détourner la tête ainsi.

 Certains, quand ils le croisaient, imitaient une démarche de militaire allant au pas cadencé. L’obsession était polymorphe, le ridicule de la démarche était toujours présent mais il prenait différents aspects, démarche gauche, démarche rigide, démarche de pantin.

 Il essayait de corriger sa démarche en permanence mais plus il s’y employait et plus les gens riaient. Mettre une jambe devant l’autre était devenu un calvaire. Qui pourrait croire une histoire pareille ?

 Il avait été aux trois jours pour la sélection avant le service militaire. Il était terrifié à l’idée de passer un an à l’armée. Pensez-donc : regardez-moi ce gus qui marche au pas même en dehors des heures d’exercice.

 Un jour qu’il se rendait à la forêt pour travailler, il a fait demi-tour et est revenu chez lui se coucher. Sa grand-mère était inquiète. Depuis quelques temps elle avait remarqué des signes bizarres. Il marchait seul dans la salle quand ses grands-parents étaient couchés. Un jour elle l’a vu remonter la rue en parlant tout seul. Il disait qu’il était le Christ.

 Il ne s’est pas levé de la journée. Le lendemain, il est resté au lit également. Il n’avait pas dormi de la nuit. Les démons le menaçaient. Il faisait appel à tous les Saints pour qu’ils viennent à son secours. Il priait en permanence. Parfois, il avait la révélation d’être de nature divine. Il partait chasser les démons, tous fuyaient devant lui, il était invincible.

 Quand sa grand-mère se couchait, il l’entendait, alors qu’elle dormait. Elle faisait aussi partie des démons. Mais c’était uniquement la nuit. Le jour elle n’était pas possédée, il ne craignait rien.

 Un médecin généraliste est venu l’examiner. Il lui a dit que son sort dépendait de lui-même. Le médecin pensait qu’il lui suffisait de le vouloir pour se tirer d’affaire. Il ne comprenait pas que les démons ne le laissaient pas en paix. Personne ne le comprenait. Il n’en avait d’ailleurs parlé à personne. C’était un secret. L’avouer l’aurait conduit à subir un châtiment terrible. Des années plus tard, il a pu s’en expliquer avec un psychiatre, il avait encore peur de trahir.

 Son père est venu, il l’a conduit à l’hôpital à Rennes. A l’entrée les gardiens l’ont regardé bizarrement. Peut-être pensaient-ils qu’il n’était pas vraiment fou. Lui se demandait aussi. Il savait qu’il perdait la raison mais en même temps il en était conscient, comme si la moitié de son cerveau surveillait l’autre.

 On l’a mis sous perfusion, il a dormis trois jours d’affilée. Il s’est réveillé dans une salle commune. Il était entouré de fous. Des jeunes, des vieux. A côté, il y en avait un qu’il prenait pour un moine. Il lui faisait peur, la nuit, il priait pour l’éloigner.

 Au réfectoire, on lui a assigné une place. Ses voisins de table étaient en colère. L’un d’eux a dit qu’ils avaient hérité d’un drôle de numéro. C’est là qu’il a compris qu’il était le dernier des derniers. Le méprisé chez les méprisés de la terre.

 Dans le couloir, les patients faisaient les cent pas. Lui aussi marchait et c’était cent coups qu’il recevait à chaque allée et venue. Il avait amené avec lui son obsession. Peut-être était-ce elle qui l’avait conduit ici. Il avait vécu quatre ans avec. Il avait abandonné ses études car elle ne l’autorisait plus à se concentrer. Le monde se diluait, la réalité devenait floue. Les autres étudiants ne lui montraient plus aucun respect. Ils riaient sans se cacher. Il avait fait quatre ans d’études sur les cinq qu’il lui fallait pour passer le diplôme.

 Il est parti en stop vers Paris. Tous ont essayé de le dissuader de partir mais il savait qu’il avait un destin à accomplir. Il a dormi dehors à Paris. Le lendemain il est allé voir un ami d’enfance qui l’a hébergé quelques jours. Il a cherché du travail et en a même trouvé comme technicien dans une usine automobile. Il ne pouvait plus être ingénieur, il n’avait pas le diplôme.

 Il ne s’est pas présenté eu travail, il est parti avec un copain vers la Bretagne. En arrivant chez son père, il lui a dit qu’il souffrait de dépression. Son père l’a amené voir un psychanalyste. Le psychanalyste l’a écouté puis a conseillé à son père d’aller voir un psychiatre. Il n’a pas donné d’explication.

 Trente-cinq ans plus tard, il est toujours un peu préoccupé par sa démarche mais ça va mieux, il y pense de moins en moins. Il essaye d’en parler à sa psychiatre mais elle ne semble pas intéressée. D’ailleurs, quelle importance quand on sait qu’on va bientôt mourir. Car c’est ça qui le sauve, il n’a pas peur de la mort d’ailleurs, parfois, il prie pour qu’elle le surprenne dans son sommeil.

Je savais bien que personne ne croirait à cette histoire. D’ailleurs il y a encore beaucoup de choses à raconter mais c’est encore plus fantaisiste, des histoires de fous.

Alain

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47 commentaires »

  1. Sybilline Said:

    Un très émouvant témoignage. Je comprends mieux ton goût pour les sciences, ancré depuis longtemps.
    Le passage où ton corps se transforme m’a fait beaucoup penser à « La Métamorphose » de Kafka que Lana à commenter avec beaucoup d’intelligence. Tout à coup, le corps se métamorphose, les facultés se perdent et la différence se creuse, laissant celui qui souffre de cette métamorphose seul, incompris et ceux qui voient cette transformation impuissants et parfois même méchants.

    Je trouve vraiment intéressant que tu puisses communiquer ton ressenti, ça permet à tout un chacun de mieux saisir ta difficulté et les difficultés de ceux qui un jour se réveillent sans savoir pourquoi un tel changement a eu lieu.

  2. Alain Said:

    Un jour, un psychothérapeute à qui j’avais parlé de ce problème m’avait simplement dit qu’il s’agissait probablement de l’effet de ma maladie. Cela ne m’avait pas beaucoup aidé, j’aurais préféré qu’il voie les choses de manière plus pragmatique et qu’il essaye de me donner des conseils pour « arranger » mon problème de façon pratique. Mais il était d’une orientation théorique, psychanalytique et les aspects matériels ne l’intéressaient pas. J’ai longtemps pensé à m’adresser à un spécialiste du corps et des mouvements, peut être un kiné ou un spécialiste du sport mais je n’ai jamais trouvé le courage de leur expliquer cette histoire de « fou ».

    J’ai réussi au cours des années à enfouir cet handicap et à vivre (petitement) avec en évitant de sortir trop. Ce n’est que relativement récemment que j’ai réussi à vaincre cette sorte de handicap qui n’était qu’un problème d’équilibre physique, j’ai étudié la démarche des autres, je l’ai comparée avec la mienne avec des critères objectifs, j’en ai trouvé certains et je me suis efforcé de les corriger avec quelque succès. Aujourd’hui, je n’ai plus peur de sortir, c’est un grand soulagement. je pense qu’un thérapeute pragamatique aurait pu m’aider efficacement ou m’orienter vers un spécialiste et m’éviter ces longues années de souffrances mais je n’ai rencontré que des théoriciens incapables ou sans la volonté de sortir de leur cabinet et de leurs préjugés, ils m’ont laissé seul face à ce que j’ai considéré comme un handicap.

    Il y a peut être une origine psychique, peut être physiologique à ce trouble, mais la frontière est ténue. Quand on souffre d’un mal qu’on qualifie de « rare », on fait face à l’indifférence.

  3. lex Said:

    Alain: Ne serais-ce la peur des autres, l’angoisse du contact qui engendre une raideur musculaire dans ton corps jusqu’à troubler le cours spontané de ta démarche ? / de tes pensées ?

  4. Alain Said:

    On me l’a dit, des psys comme des personnes qui n’avaient aucune connaissance dans ce domaine. Cela ne m’a été d’aucune utilité. Trente cinq ans après, je m’en suis sorti plus ou moins par une observation pragmatique de ma démarche et par un effort de mimétisme. Cela « marche » plus ou moins.

    Personne parmi les spécialistes n’a pris au sérieux ce problème, certains en riaient d’autres étaient indifférents. Je pense que c’est de l’incompétence qu’il s’agit, du fait de ne pas avoir d’imagination pour traiter des problèmes nouveaux ou qui sortent de l’ordinaire des théories apprises dans les livres ou sur les bancs des amphis.

    J’assimile cette indifférence à l’attitude devant le délire de la part des professionnels. Ils ne savent que donner des médicaments pour tenter de le faire disparaitre. Il y aurait pourtant des moyens d’en discuter avec le patient à condition de le prendre au sérieux et de faire preuve d’initiative.

  5. lex Said:

    si aucune explication physiologique n’est avéré, c’est vraisemblablement d’origine psychique ? Quant au délire, m’est d’avis que tu ‘idealises’ tes relations avec le monde médical. Leur rôle n’est pas de composer avec le délire mais de l’éradiquer. L’essentiel c’est de maintenir en permanence une frontière infranchissable séparant le délire d’une ‘saine hygiène mentale’. Te souviens-tu que la nuage de tchernobyl s’est brusquement arrêté le long des frontières hexagonales. Voilà l’enjeu : gardez intact nos frontières

  6. Sybilline Said:

    Bonjour Alain,

    Je te félicite en tout cas pour ta ténacité. Ton témoignage prouve que le meilleur des médecins reste nous-mêmes…

    J’avais une petite question: ta démarche -que tu trouves bizarre- est-elle apparue au moment des premiers symptômes schizophréniques, après ou a-t-elle toujours été présente et c’est ton regard qui a changé quand cette maladie t’a foudroyé?

    Une phrase m’a interpellée dans ton récit. La voici: « Tous ont essayé de le dissuader de partir mais il savait qu’il avait un DESTIN à accomplir ». Le terme « destin » me semble important. Qu’entends-tu par là? Ce mot est fort, car il induit l’idée, selon moi, que tu savais que ton chemin était ailleurs: sur PAris. Avais-tu conscience du chemin qui était le tien? Pourquoi la capitale avait-elle une importance dans ton évolution?

    J’espère que tu ne trouveras pas mes questions trop indiscrètes, mais je ne veux pas commettre de contresens. Je trouve, de plus, que ton récit est très riche, complet, bien écrit et qu’il donne des informations sur cette maladie un peu impalpable, » sournoise » comme le dit souvent mon ami.

    Bonne soirée et à bientôt.

  7. Alain Said:

    Bonjour Sybilline, le problème de la démarche est apparu à l’age de 18 ans alors que les premiers symptomes de la maladie faisaient leur apparition. Mais j’étais loin de me rendre compte qu’il s’agissait d’une maladie. Je ne l’ai su que 4 ans plus tard quand j’ai été hospitalisé. A l’époque, je parlais de « problèmes » sans savoir à quoi les attribuer.

    Je ne sais pas trop pour « destin », il me semblait, quand j’ai quitté l’école que je n’avais plus ma place là-bas. D’ailleurs c’était en partie vrai, la maladie s’installait et je n’arrivais plus à suivre les cours. Il me semblait peut être que je devais suivre mon chemin ailleurs. Je m’en suis sorti au cours des années suivantes en travaillant et j’ai acquis le statut d’ingénieur mais non diplomé.

  8. Sybilline Said:

    Merci pour ces précisions Alain. J’ai le sentiment, puisque je constate que cela se répète dans les histoires personnelles de chacun, qu’il y a des symptômes avant-coureur à la déclaration de la maladie et que cette « pré-période » est douloureuse également, parce qu’on ne sait pas ce qui se passe et pourquoi.

    Je suis contente que tu aies pu poursuivre dans la branche qui te plaisait et que tu sois parvenu à travailler dans ta branche en espérant que tu n’aies pas été trop sous-payé, puisqu’il te manquait le diplôme.

    Très bonne journée à toi.

  9. Alain Said:

    C’est vrai, Sybilline, la période qui précède la déclaration de la maladie est douloureuse également. Le problème est qu’il n’y a pas de certitude sur l’évolution ni de traitement disponible. Il faut ajouter que dans mon cas, comme sans doute dans celui de bien d’autres, il y a méconnaissance totale de la maladie. On ne sait même pas à qui s’adresser. C’est pour cela qu’il faudrait, à mon avis, informer la population sur la maladie, les signes avant-coureurs, le diagnostic, les traitements, etc. Mais il faut le faire de manière pragmatique et éviter les discours alambiqués incompréhensibles tels qu’on en entend souvent quand il est question de « psychose ». Il est possible de voir les choses de manière simple et d’avoir un comportement plus serein face à la maladie.

    Un exemple, quand les symptomes se sont aggravés, j’ai dit à mon père que je souffrais de dépression. Il ne m’a pas cru. Il m’a ensuite conduit chez un psychanalyste. C’était son réflexe, mais le psychanalyste a refusé de me prendre en charge, sans donner d’explication et je suis resté encore un an sans suivi ni traitement. Une information claire m’aurait permis de prendre conscience de la réalité de la maladie et de prendre contact directement avec un psychiatre pour recevoir un traitement.

  10. Sybilline Said:

    Alain,

    Je suis entièrement d’accord avec toi. Mon ex-petit ami avait un frère schizophrène et sa mère m’a dit qu’elle a mis des années avant de mettre des mots et de comprendre ce qu’il se passait. Elle a vraiment été soulagée lorsqu’il a été pris en charge. Elle me racontait qu’en plus il a fallu jongler avec les psychiatres. Le premier lui avait donné des doses très fortes d’après crise qu’il n’avait pas remises en question. Elle me racontait pour reprendre ses termes littéralement que c’était « un vrai zombi ». Ensuite, elle a trouvé un autre psychiatre et depuis, ça roule à peu près. Tout le monde se sent mieux. Il travaille, même si elle reconnait qu’il est exploité, mais comme elle l’aide, ça commence. Il a son appart’ etc…

    Oui, tu as raison, c’est une maladie complètement méconnue et elle l’est d’autant plus qu’elle est toujours associée à des détraqués. Heureusement, toi, Lana et d’autres vous prouvez tout le contraire: des gens sensés qui se battent contre cette maladie. Je remarque cependant que toi comme Lana vous travaillez, alors que ce n’est que le cas de 30% des schizophrènes. Je pense que ceux qui ne travaillent pas sont encore plus isolés. Peut-être aussi qu’ils n’arrivent pas à se battre contre les préjugés et c’est très grave pour eux, car la vie sociale aide aussi à aller mieux, je pense, à se sentir moins différent.

    Merci pour ton témoignage et tes réponses toujours sympathiques.

  11. Sybilline Said:

    Petite faute, désolée. « comme elle l’aide, ça compense » et non « ça commence ». Je me relis après, c’est un tort…

  12. Alain Said:

    Tu ne pourrais pas te relire « avant » ! 😉

  13. Alain Said:

    Pour te répondre, Sybilline, je mesure la « chance » que j’ai de pouvoir travailler et d’être autonome. Je n’ai jamais dépendu de personne ni touché de pension, et je m’en porte bien. Il y a beaucoup de patients qui sont enfermés dans leur maladie, qui souffrent de symptomes très graves et qui sont délaissés par la société. Quand tu as ce genre de maladie, les gens se détournent de toi, t’évitent et te laissent à l’abandon.

    Il y a encore le cas plus grave de ceux qui sont à la rue, incapables d’avoir un travail et d’assumer un logement et sans soutien familial. Là, je pense que la société commet une faute très grave à leur encontre et que le fait que l’hopital n’assume plus le rôle de refuge et cherche à faire des économies est inqualifiable. (Je ne trouve pas le mot qui convient).

    Pour le cas du frère de ton ex-ami, il est typique de ce qui se passe dans de nombreux cas. Mon parrain avait un fils qui était malade et les médecins n’ont jamais voulu leur donner le vrai diagnostic. L’un d’entre eux leur a même dit qu’il ne souffrait d’aucune maladie mentale. Mon parrain s’est trouvé isolé et il a eu le grand mérite de ne jamais laisser tomber son fils mais il a fait face à des épisodes dramatiques. C’est une longue histoire, peut être qu’un jour je la raconterai.

  14. Sybilline Said:

    Alain,

    Je crois que je n’ai jamais pris la mesure des choses concernant les gens qui sont dans la rue et souffrent de ce type de maladie. En te lisant, je prends vraiment conscience des choses. Je pense que c’est la même chose dans les prisons d’ailleurs pour certains bien sûr.

    Cela dit, des gens comme toi qui veulent s’en sortir, plein de bonne volonté, sympathiques, donnent envie qu’on s’investisse vraiment. Je ne suis pas sûre que ce soit le cas de tout le monde. C’est difficile à gérer à plus grande échelle. Et tous n’ont pas ce rapport « sain » à la maladie. Je ne sais pas si c’est l’adjectif qui convient, mais c’est celui qui me vient. Quand je vois Lana qui cherche, tente de se battre contre une montagne de préjugés ou toi qui assumes humblement cette maladie en luttant honnêtement, oui, je suis admirative. Mais d’autres sont englués dans cette psychose et ne font pas preuve de cette bonne volonté. Difficile à soigner donc. ça l’est d’autant plus que la société ne fait rien pour éviter les préjugés. Sans cesse on utilise le mot de « schizophrénie » dans un sens péjoratif, sans cesse on montre des gens dans les médias qui en souffrent qui sont violents et dangereux. C’est donc un cercle vicieux, car la société alimente cette peur et isole encore plus le malade qui est vu comme quelqu’un à éviter, à fuir, parce qu’on ne sait pas quelles seront ses réactions.

    Cela conduit par exemple mon ami à ne pas vraiment parler de sa maladie et a sans cesse se confronter à une norme qu’il n’arrive pas à atteindre. Cela crée de l’angoisse en lui, il se dévalue et parfois se détruit, se disant que jamais il n’atteindra ses objectifs, que la foudre s’est abattue sur lui et qu’il ne peut que souffrir. Il a une activité d’écriture, mais ne gagne pas sa vie…et cela l’isole. Je crois que le regard des autres n’aide pas non plus. Cette maladie demande beaucoup de patience, d’indulgence, mais aussi de fermeté et de courage. Pas évident de tout concilier!

  15. Alain Said:

    La société est intolérante, la médecine est, pour certains aspects, notamment sociaux, pour une large part de plus en plus indifférente. Il arrive un stade où les malades ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes. Certains y arrivent parce que la maladie est peut être moins grave dans leur cas ou parce qu’ils ont des facultés physiques et intellectuelles qui leur permettent de lutter et aussi un caractère tenace. D’autres n’ont pas cette chance et se laissent enfermer dans la maladie. C’est le cas du fils de mon parrain qui ne s’est jamais sorti de ses problèmes, il n’a jamais pu travailler, n’a pas cherché à s’insérer et tout s’est très mal terminé pour lui, c’est une histoire tragique. Et encore, lui avait le soutien de sa famille, il avait un appartement, d’autres n’ont pas cette chance.

  16. Sybilline Said:

    Je me demandais si le fils de ton parrain était lui aussi schizophrène.

    La question philosophique sur notre part de responsabilité ou non dans notre vie reste importante: dans quelle mesure sommes-nous enfermés dans une fatalité tragique et dans quelle mesure les efforts personnels peuvent-ils avoir un impact sur notre vie? Cette question est valable pour tout le monde d’ailleurs…

    Mais je crois que lorsqu’on s’enferme dans un schéma destructeur parce qu’on n’accepte pas la maladie ou notre condition, on va droit dans le mur. La société fait ce qu’elle peut avec son égoïsme en plus qui n’est que le reflet de l’égoïsme de chacun, de cette éternelle loi de la jungle où seul le plus fort subsiste.

  17. Alain Said:

    Le fils de mo parrain était schizophrène, il a été interné en hospitalisation d’office à la suite d’une aggression dont il a été victime de la part de son frère. Comprenne qui pourra, Mais c’éatit pour protéger son frère qui risquait la prison pour tentative d’homicide. Les choses peuvent tourner très mal rapidement…

    Bien entendu, après cette hospitalisation, les médecins ont déclaré qu’il était schizophrène, au contraire de ceux qui le niaient avant.

  18. Igor Thiriez Said:

    Au delà des questions de mauvaise volonté ou de causalité « profonde », ce récit illustre un phénomène commun à la plupart des troubles mentaux : le cercle vicieux de l’évitement. La honte, à l’instar de l’anxiété ou d’autres émotions pénibles, peut prendre des proportions excessives, voire absurdes, qui pousse un individu à éviter toutes sortes de situations sociales, et donc à s’isoler ce qui aggrave irrémédiablement la souffrance occasionnée.

    À partir de là, je pense qu’il est essentiel de ne pas se crisper sur le phénomène de « stigmatisation » (certes bien réel) car le problème n’est pas tant le mauvais jugement porté par certains ou les moqueries que l’émotion en elle même et la façon dont on interprète le regard d’autrui.

    De l’autre côté, il serait faux de réduire le caractère invalidant d’un trouble mental à de la mauvaise volonté. D’une part car la volonté ne peut pas grand chose contre la souffrance et l’anxiété, et d’autre part car ce genre de raisonnement très culpabilisant mène droit vers la dépression.

    En somme, il faut à la fois éviter d’externaliser (« c’est la faute des autres ») et d’internaliser (« c’est de ma faute ») car ces deux mécanismes de pensée aggravent la souffrance. Ce qu’il faut absolument, c’est trouver un thérapeute qui s’oriente vers la recherche de solutions : soulager la souffrance émotionnelle (par des mesures médicamenteuses ou non médicamenteuses selon l’intensité de cette souffrance), s’orienter vers l’action pour peu à peu modifier la façon dont on traite l’information, mais certainement pas ruminer et ressasser passivement à deux pendant des heures…

    Il ne faut certainement pas attendre que le regard de la société change pour aller mieux, tout comme il est stérile de rester dans la réflexion pure sans agir.

  19. Alain Said:

    J’apprécie beaucoup le fait , Igor, que tu participes à ce forum et que tu acceptes de discuter avec des « patients », ce que beaucoup de thérapeuthes ne font pas, « ne mélangeons pas les genres ».

    Tu dis : « Ce qu’il faut absolument, c’est trouver un thérapeute qui s’oriente vers la recherche de solutions : soulager la souffrance émotionnelle (par des mesures médicamenteuses ou non médicamenteuses selon l’intensité de cette souffrance), s’orienter vers l’action pour peu à peu modifier la façon dont on traite l’information, »

    C’est tout à fait vrai, mais pour ma part, je n’ai jamais trouvé aucun spécialiste qui accepte de regarder ce problème de façon objective et qui cherche une solution pragmatique. Je n’ai eu droit qu’à des paroles condescendantes, « c’est le fruit de votre imagination », « c’est parce que vous êtes nerveux », « c’est le fruit de votre maladie ». Bref, des propos qui ne m’ont aidé en rien et qui contredisaient l’observation que je pouvais faire concrètement tous les jours et les témoignages de proches, dont mon père, qui confirmaient mes impressions.

  20. Sybilline Said:

    A Alain,

    C’est assez « fou » excuse-moi du terme qu’on hospitalise quelqu’un alors que c’est quelqu’un d’autre qui est coupable. Comment est-ce possible? J’ai l’impression que parfois entre un frère schizophrène et un autre qui ne l’est pas il peut y avoir des mésententes terribles.

    Je me demande par ailleurs si les psychiatres que tu as rencontré ne se sont pas dits qu’il y avait plus grave que cette démarche que tu estimes bizarre et dévalorisante. Ils en voient tellement…qu’ils en deviennent peut-être un peu blasés. Il se peut aussi qu’ils ne sachent pas. Or, l’attitude la plus honnête serait de le dire, mais au lieu de cela, ils s’en prennent à toi.

    A Igor,

    Je trouve votre analyse pertinente. Mais il est vrai que la part de volonté peut jouer un peu…Cela dit, tout dépend bien sûr du degré de douleur, c’est bien cela qui est difficile à saisir quand on est extérieur à la situation. C’est comme dans la vie, il y a des gens qui se donnent la peine et d’autres moins. Mais dans quelle mesure sommes-nous responsables?

  21. Lana Said:

    Je suis d’accord avec Igor. C’est de cette façon que j’ai travaillé avec ma psy et que j’ai pu aller mieux. Je ne sais pas si ce sont des TCC ou pas, mais comme je n’ai jamais dit que je faisais une TCC, personne ne m’a jamais dit que j’étais conditionnée et déshumanisée, au contraire tout le monde trouvé super que j’ai eu une psy que je voyais une heure chaque semaine et avec qui je me suis sentie beaucoup mieux qu’avec les autres psys.

  22. murielle Said:

    Tu es formidablement douée pour expliquer la maladie et mettre des mots sur les maux. Cette histoire de voir des démons m’est incroyablement familière et encore une fois ta parole sur ce blog est vitale.

  23. Lana Said:

    Ce texte est d’Alain, pas de moi, c’est lui qu’il faut féliciter!

  24. Alain Said:

    Pas de félicitation, je n’ai fait qu’exprimer des pensées longtemps enfouies. Je te remercie encore de nous le permettre.

  25. Anonyme Said:

    Ton texte est bien écrit Alain, et ton témoignage très émouvant ! Il m’a profondément touchée.

  26. Iphigénie Said:

    Iphigénie

  27. Alain Said:

    Merci Iphigénie.

  28. Anonyme Said:

    je connais le meme problème , et je pense que la gymnastique pilates pourrai remédier a cette souffrance la , bien sur il n’ y a pas que ça je crois que la psychose est un moyen de fuir une réalité devenu invivable pour tout le monde et que pouvoir s’ adapter a une société aussi malade est faire preuve de bien peu de normalité tant les rapports authentiques sont devenus inexistant alors bien sur quand on fuit en schizo on continue a faire semblant et meme faire semblant de marcher, alors ça se voit , on est la et en meme temps on est pas là , on ne joue pas notre rôle a la perfection , pas de démarche cool vachement étudiée , on a autre chose a faire : fuir , dans les pensées les plus extraordinaires. en tout cas je suis d’ accord avec le manque de pragmatisme de la médecine mais enfin quoi il ne fallait pas s’ attendre a des miracles de la part des gestionnaires d’ une telle civilisation ( l’ OMS reconnait qu ‘ un tiers des habitants de l ‘OCDE souffre d’ un trouble psychiatrique caractérisé et tout le monde s’ en branle ) Droit dans le mur quoi.

  29. Alain Said:

    C’est intéressant, je ne connaissais pas cette méthode pilates. Il faudrait que la médecine développe une vision globale de l’individu, l’exercice physique en fait partie. Je reste persuadé que le corps peut agir sur les pensées et inversement. Des méthodes comme la méditation et le yoga devraient pouvoir aider aussi.

  30. ali Said:

    Lana, ce n’est pas bien de censurer Lex. Il ne peut pas d’avoir traité de « rat lobotomisé » car tu es une femme. C’est de la stigmatisation , chose que tu dénonces régulièrement sur ton blog

  31. Lana Said:

    Stigmatiser quelqu’un, c’est le juger sur une caractéristique qu’il partage avec un groupe et non ne plus vouloir le fréquenter parce qu’il insulte les gens.

  32. cécilee Said:

    Ce texte est bouleversant, ce témoignage d’Alain.

  33. Alain Said:

    Merci Cécilee.

  34. Sybilline Said:

    Bonjour à tous,

    Quelqu’un de mon entourage est venu sur le blog ce matin et m’a dit que qu’une personne avait écrit à ma place.ça ne pouvait pas être moi puisque j’étais partie faire des courses. Il m’a rapporté ce qui avait été dit en mon nom et ce n’est vraiment pas mon genre de faire cela…

    Je le dis pour Alain qui est apparemment intervenu et qui pourrai penser que je suis quelqu’un d’irrespectueux, ce qui n’est pas le cas.

    Lana a apparemment retiré tous les échanges depuis…

    Bonne journée à tous (et que de gestion Lana lorsqu’on ouvre un blog, je ne pensais pas que c’était si pénible). C’est la première fois qu’on prend mon pseudo pour écrire à ma place.

  35. Alain Said:

    Je n’ai pas vu ce texte, Sybilline, je ne te considère pas comme irrespectueuse, au contraire !

  36. Sybilline Said:

    J’ai l’impression que quelqu’un a pris ton pseudo aussi…puisqu’on m’a rapporté que tu étais intervenu. Lana nous dira peut-être ce qui s’est passé. L’essentiel est qu’il n’y ait pas de malentendus. Je voulais aussi signaler que certains peuvent prendre nos pseudos sans même qu’on le sache! Donc, méfiance, si on trouve un message bizarre…Heureusement que quelqu’un me l’a signalé.

    Bonne journée à toi, Alain, et merci pour ta réaction bienveillante.

  37. Lana Said:

    C’était Lex. Je supprime dès que je le vois, et ne t’inquiète pas, je pense que personne ne pouvait prendre ses messages pour les tiens.

  38. Sybilline Said:

    Je trouvais que ça ressemblait un peu à son style, mais comme tu m’avais dit que tu avais tout bloqué, j’ai eu des doutes. Il ne veut pas te quitter, décidément! Si on devait faire un peu d’humour, je dirai que c’est l’amour vache…
    Merci pour ton message. Je ne voulais pas que tout soit embrouillé (même si c’était le but de la mise en scène!).

  39. Iphigénie Said:

    Je compatis Sybilline, c’est un genre de chose hyper désagréable.

  40. Un lecteur Said:

    Bonjour à tous.
    A mon humble avis.
    Je ne pense pas que le fait d’être victime de violences puisse déclancher une schizophrénie, sinon tous ceux qui ont été victimes de violence seraient tous malades et sous traitement antipsychotique, ce qui est loin d’être le cas. La schizophrénie se déclare souvent chez des gens qui ont des troubles de la personnalité (schizoïdes ou schizotypiques) depuis tout petit, et elle est due à des dysfonctionnements du cerveau.
    Par contre, ce qui a été prouvé scientifiquement, c’est qu’un syndrome de stress post-traumatique peut aggraver les symptômes de la maladie, mais pas la déclencher.
    La distinction entre « neurologie » et « psychologie » est quelque chose d’artificiel (et de typiquement Français)… dans la réalité, la Nature ne fait pas la différence entre psychologie et neurologie, et pour cause : toutes nos pensées, émotions et comportements sont produits par le cerveau. Je peux comprendre que certains schizos soient séduits par la théorie selon laquelle l’esprit serait distinct du corps mais cette théorie est fausse.
    De plus, je n’approuve pas les théories psychanalytiques qui prétendent que toutes les pathologies seraient dues à des traumatismes d’origine familiale : c’est vrai dans certains cas, mais pas toujours. Des stress vécus en dehors de la famille peuvent être encore plus pathogènes que ceux vécus en famille. Beaucoup de pathologies mentales sont d’origine chimique également : consommation de drogue, etc. Donc on ne peut pas généraliser.
    Cordialement.

  41. Alain Said:

    Bonsoir, je suis d’accord avec ce que tu écris.

    Une simple idée, cependant. On peut considérer qu’il y a plusieurs niveaux de compréhension ou de modélisation du fonctionnement du cerveau : moléculaire, cellulaire, fonctionnel ou systémique. Il est possible de travailler au niveau systémique (psychothérapies de divers types), sans s’occuper (trop) des niveaux en dessous. On peut alors développer des théories, que certains nommeront psychologiques, à condition de s’assurer scientifiquement de leur efficacité. Je suis également contre les pseudo théories qui ne se soumettent pas à la validation scientifique, sinon la porte est ouverte à toutes les fantaisies. Par contre la relation de confiance qui peut se réaliser entre un thérapeute et un patient est parfois de nature complexe et on n’a pas forcément les outils disponibles pour l’analyser en détail scientifiquement ou pour en comprendre les mécanismes subtils. Ce qui a été prouvé scientifiquement, c’est que les psychothérapies avaient des effets biologiques mesurables par des instruments.

  42. Sybilline Said:

    Le problème de s’en remettre uniquement à la science, c’est qu’on voit aujourd’hui qu’elle ne permet pas de guérir les patients. Elle est une aide parfois (quand les effets secondaires des médicaments ne sont pas trop importants). Je pense que le travail sur soi, le fait d’accepter cette maladie en luttant contre, de la faire comprendre à son entourage pour éveiller leur indulgence et leur aide sont des facteurs importants pour aller mieux.
    Je ne pense pas, pour ma part, que l’esprit soit distinct du corps. Je crois cependant que l’esprit peut jouer sur le corps: le fait de croire à sa guérison, de mettre tout en oeuvre pour ne pas empirer les choses (éviter l’alcool et les neuroleptiques, éviter de prendre du cannabis qui aggrave les hallucinations, essayer d’évoluer dans un environnement rassurant, pas trop stressant …).

    Le problème de ne s’en remettre qu’à des causes neurologiques, c’est qu’on finit par être fatalistes. Et le seul moyen de lutter contre la fatalité, c’est de croire qu’on a un pouvoir sur soi, qu’on peut améliorer les choses par la volonté.

    Je suis cependant assez d’accord sur le fait que les facteurs pathogènes peuvent venir de l’extérieur de la famille et qu’il n’est pas bon de généraliser.

  43. Un lecteur Said:

    Salut Sybilline.
    Déjà, si certains malades ne sont pas guéris, c’est tout simplement parce que les traitements ne sont pas adaptés pour eux, et non pas à cause de la « Science ».
    Je tiens à préciser que moi non plus je ne prends aucun antipsychotique depuis plusieurs années, parce que ces médicaments ne m’ont pas aidé à aller mieux. Récemment j’ai voulu commencer une psychothérapie, la psy m’a répondu que je ne pourrai faire cette psychothérapie qu’à condition de prendre des AP, je lui ai répondu que je n’avais pas envie.
    Je ne dénigre pas la science pour autant, parce que je sais qu’en revanche il existe d’autres types de médicaments qui sont excellents.

    Des discours « antiscience » comme le tien, j’en ai déjà lu des tas. Comme par hazard, toujours sur des sites « médicaux » et des forums tenus par des schizos.
    En général, ceux qui tiennent ces discours utilisent le mot « Science » de manière péjorative sans savoir ce que ce mot signifie. Une science n’est pas une idéologie ou une doctrine, c’est une discipline dans laquelle on étudie la réalité, en essayant d’être le plus réaliste et précis possible. On pourrait même dire que dans notre vie quotidienne, lorsque nous parlons, nous faisons de la « science » sans le savoir puisque nous essayons de décrire la réalité qui nous entoure. Il existe des sciences humaines (histoire, géographie, politique, sociologie), des sciences biologiques, physiques, psychologiques etc.

    Il fut une époque où, comme toi, je croyais que le fait de faire mon introspection, de m’autoanalyser ou de faire un « travail sur moi » me permettrait d’aller mieux et de guérir, que « l’écriture était une thérapie », et que bla bla bla… (toutes les théories qui nous sont balancées à tour de bras par les psychologues de comptoir en fait) mais au bout d’un moment je me suis rendu compte que c’était faux.
    J’ai passé 2 ans à faire mon introspection, à parler de mes problèmes sans cesse, à surfer sur des sites Internet de psychologie et pourtant je n’allais pas mieux. Au contraire, j’étais encore plus malheureux.
    Car ces activités me prenaient tout mon temps. Je ne sortais plus de chez moi, il y avait tout un tas d’activités que les autres faisaient et pas moi, je m’isolais et me marginalisais, devenais de plus en plus solitaire. Et pourtant je n’étais pas guéri.
    Et un beau jour je me suis rendu compte que ce dont j’avais besoin, c’était tout simplement de recommencer à mener une vie normale et à agir, sans me poser de questions, et pas de faire mon auto-analyse.
    Le fait de faire son introspection sans arrêt n’aide pas à être en meilleure santé mentalement, et surtout, celà n’aide pas à être heureux !
    A plus forte raison quand ce soit-disant « travail sur soi » devient une obsession et qu’il nous empêche de mener une vie normale !
    Parce que n’entendre parler que de psychologie, de guérisseurs, de rebouteux et de poudre de perlinpinpin à longueur de journée, c’est plus barbant qu’autre chose.

    Il y a un autre truc que je trouve horriblement barbant, chez ceux qui se disent « anti-science », c’est que ce sont des rigides d’esprit, qui répètent tout sans arrêt la même chose. Ils se prétendent « anticonformistes » alors qu’ils ne le sont pas. On dirait des clônes.
    Par exemple, ils passent leur temps à répéter que l’esprit agit sur le corps et que « c’est psychosomatique » (à un tel point que moi-même je n’arrive plus à supporter cette phrase que je trouve emmerdante), mais ils refusent catégoriquement de reconnaître que très souvent, c’est le contraire : des phénomènes physiques peuvent agir sur l’esprit. Tout simplement parce que l’esprit est une production de notre cerveau.

    Ensuite, tu parles de « s’en remettre à des causes neurologiques » comme si ces causes neurologiques étaient un mensonge inventé de toute pièce pour déresponsabiliser les gens. Or, la schizophrénie est bel et bien une maladie du cerveau. Son origine neurologique est une réalité, et pas une théorie créée de toute pièce.
    De plus, je ne pense vraiment pas que le discours scientifique déresponsabilise les gens, pas plus qu’il ne mène au fatalisme.
    Au contraire, j’ai constaté que là où ceux qui se disent « anti-science » se contentent d’interpréter les comportements du malade (le plus souvent avec des interprétations erronées d’ailleurs) sans rien faire pour l’aider, les scientifiques eux essayent de trouver des solutions concrètes et pratiques pour lui permettre de guérir.
    Pour ne citer qu’un seul exemple : je souffre de sévères insomnies depuis plusieurs années. Il m’arrive parfois d’être insomniaque plusieurs nuits d’affilée, ce qui est extrêmement dangereux. Lorsque je fais une nuit blanche, je me sens abruti, et par conséquent celà aggrave les symptômes « négatifs » de ma maladie (difficultés à communiquer avec les gens, à comprendre les rapports humains, à adapter mon comportement, à prendre des décisions etc.).
    J’ai demandé conseil à des plusieurs personnes.
    Ceux qui se disaient « anti-science » ne m’ont absolument pas aidé. Ils ne m’ont donné que des conseils idiots (du genre « arrête de penser »). Ils prétendaient que ces insomnies n’avaient aucune importance, que le fait de faire des nuits blanches était « cool », ou encore qu’il fallait juste que « j’accepte » ces insomnies, etc . A entendre leur façon de parler, on sentait bien qu’ils n’en avaient pratiquement rien à foutre de moi.
    Par contre, un jour, je suis allé voir mon médecin généraliste et il m’a prescrit des médicaments qui m’ont beaucoup aidé.
    Ces 2 derniers jours j’ai recommencé à avoir des insomnies. J’ai failli faire 2 nuits blanches d’affilée, ce qui est extrêmement dangereux. Mais hier, j’ai pris un Athymil (miansérine) et celà m’a aidé à dormir.
    Preuve que mon insomnie était d’origine hormonale, et non pas « psychologique », et qu’elle n’était due qu’à un excès d’adrénaline et de noradrénaline.

    Prétendre que la maladie est due à une cause « mystérieuse, enfouie dans l’inconscient » et immatérielle est encore plus déresponsabilisant pour le malade que de reconnaitre son origine cérébrale. Parce celà sous-entend que le malade, tant qu’il n’aura pas découvert ce phénomène mystérieux, ne peut pourra mener une vie normale… alors que ceux qui reconnaissent son origine cérébrale proposent, eux, des solutions pratiques.

    Comprenez que, par conséquent, je n’éprouve absolument aucun enthousiasme pour les idéologies « anti-science ».

    Cordialement.

  44. Un lecteur Said:

    D’ailleurs, je pense que c’est mon dernier message sur ce site car je pense que l’écriture n’est pas une thérapie et que c’est plus stressant qu’autre chose.

  45. Sybilline Said:

    Bonjour,

    Je suis désolée de t’avoir fait penser dans mon dernier message que j’étais anti-science. Ce n’est pas du tout le cas, crois-moi. Je disais juste que parfois la science est impuissante, mais pas toujours et qu’il est bon d’avoir plusieurs cordes à son arc.
    Tu as raison de dire qu’il faut être dans le concret pour aller mieux. Cela permet de se réaliser. L’exemple de Lana et d’Alain le prouvent.

    Bonne journée à toi.

  46. Sybilline Said:

    Je voulais aussi ajouter que je crois profondément à l’origine neurologique de la schizophrénie et ne la met pas du tout en doute comme tu semblais l’entendre.
    Mais je constate comme toi que parfois les médicaments ne font pas effet. Tu parles des antipsychotiques par exemple…Peut-être parce que les médecins sont parfois impuissants à trouver les bons. C’est cela que je mettais en avant.

    Mais comme tout, dans la vie, il est bon de trouver un équilibre entre la science par exemple et ce qu’on peut faire pour aller mieux dans le concret.

    Voilà mon point de vue. De toute façon, tu es seul maître à bord et je donnais juste mon opinion qui n’est absolument pas une vérité.

  47. Igor Thiriez Said:

    Cher « un lecteur », il est regrettable que d’écrire de telles choses vous stresse, car vous avez raison concernant la plupart des points que vous abordez. Il est capital selon moi que le domaine de la « santé mentale » soit abordé de manière plus pragmatique et scientifique. Merci.


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