La traversée des ténèbres

-« (…)La douleur n’a jamais de sens. Elle est toujours inutile. »

Mais peut-être ne saurais-je pas ce que je sais aujourd’hui si je n’avais pas traversé les ténèbres, pris le risque de parler, eu la force d’ouvrir les yeux et de résister. Et de recommencer… plutôt que de mourir psychiquement.

Michela Marzano, « Légère comme un papillon », Grasset

Publicités

31 commentaires »

  1. Alain Said:

    Est-ce que le texte est de toi, Lana (Mais peut-être ne saurais-je pas …)

    En tout cas, il reflète bien ce que j’ai vécu. Ma vie, mon regard sur la vie a complètement changé après la maladie et il me semble que je suis plus détaché des petites difficultés sans importance auxquelles les gens ordinaires attachent tant d’importance.

    J’ai été aussi très lié à la soeur de ma mère, elle a eu un cancer du sein, elle s’en est sortie avec des séquelles et elle a eu à subir la mise à l’index de beaucoup. Sa morale : attacher beaucoup d’importance aux vrais amis et laisser tomber les mesquineries.

  2. eriledrueric Said:

    « ta douleur est l’ombre de mes blessures »; cette coque que nous construisons tient de l’autre et tient à l’autre…:
    http://cvericledru.over-blog.com/pages/la_douleur_4_une_limite_instantanee_du_sujet_non_tamponnee_par_la_memoire-1637883.html

  3. Alain Said:

    Bonjour Lana,

    J’espère qu’il n’y a pas méprise :

    « Est-ce que le texte est de toi, Lana (Mais peut-être ne saurais-je pas …) »

    C’était la citation de ton texte, « Mais peut-être ne saurais-je pas ce que je sais aujourd’hui si je n’avais pas traversé les ténèbres, pris le risque de parler, eu la force d’ouvrir les yeux et de résister. Et de recommencer… plutôt que de mourir psychiquement. »

  4. Lana Said:

    Non, tout est de Michela Marzano, mais la première phrase est issue d’un dialogue dans le livre.

  5. Alain Said:

    ça me rappelait ce que tu avais écrit mais je ne me rappelle plus où.

  6. Sybilline Said:

    Oui, tu as raison Alain, je me suis fait la même remarque que toi, même si je pensais au final que c’était Lana qui avait choisi des citations…Et pas étonnant peut-être qu’elle ait choisie celles-ci…si elles font résonance avec son histoire.

  7. Sybilline Said:

    J’aurais aimé apporter une « objection » à la phrase de Marcela Marzano, tiré d’un grand livre de sagesse que je trouve extrêmement apaisant « Le livre tibétain de la vie et de la mort » (fondement du bouddhisme).

    Je reprends la phrase de l’auteure: -”(…)La douleur n’a jamais de sens. Elle est toujours inutile.”

    Les Tibétains, eux, pensent que la souffrance est UTILE et je trouve leur raisonnement intéressant (même s’il ne s’agit évidemment pas de se complaire là-dedans):

    Voilà ce que dit Rinpoché l’auteur: « La souffrance peut nous enseigner la COMPASSION » (une plus grande ouverture amoureuse).

    Il n’hésite pas à citer un grand écrivain, poète à ses heures, Rilke qui reprend la même idée avec ses mots à lui: « Le coeur protégé qui n’a jamais été exposé à la perte, naïf et confiant, ne peut connaître la tendresse, seul un coeur mis à nu peut accéder au contentement; libre à travers tout ce à quoi il a renoncé, de jouir de sa maîtrise. »

    Je trouve ce cheminement et cette façon de guider l’humanité bienfaisante, réparatrice, luttant contre le morcellement et la destruction. Il s’agit de visualiser toujours des images positives et de faire rejaillir en soi dans ces moments de profondes souffrances l’amour enfoui et de tenter de le revivre pour combattre cet envahissement de la douleur. L’amour comme guide, quelle belle idée!

  8. Lana Said:

    C’est ce qu’elle dit aussi, puisqu’elle nuance directement son propos.

  9. Sybilline Said:

    C’est vrai que sortie du contexte, j’ai probablement mal interprétée la citation. Que voulait-elle dire exactement? Est-ce uniquement la suite de la citation (qui semble vouloir dire qu’elle est devenue plus forte en combattant le mal)? Parle-t-elle aussi de l’ouverture du coeur que cela a pu lui procurer (comme le souligne par exemple la philosophie bouddhiste)? La souffrance, dans la philosophie bouddhiste, semble permettre à celui qui parvient à la gérer une plus grande ouverture du coeur, une progression spirituelle.

    Je trouve que chez eux la mort comme la souffrance ne sont pas des sujets tabous. Ce qui m’a énormément touchée en lisant cet ouvrage, c’est la solidarité qu’ils entretiennent vis-à-vis de ceux qui sont en difficulté. Tout le monde prie pour le mourant, les gens se rassemblent, se déplacent, veulent que les choses se passent le mieux possible. Il en va de même pour ceux qui souffrent. Pour eux, c’est absolument indécent (et même source d’un mauvais karma) d’abandonner ceux qui se trouvent en difficulté. C’est très réconfortant de lire cela.

    Bonne soirée à toi.

  10. Lana Said:

    C’est une phrase d’un dialogue suivie d’une réflexion qu’elle se fait.

  11. Alain Said:

    C’est vrai qu’on a appris beaucoup de choses d’avoir traversé de telles expériences, mais on l’a payé cher. Mieux vaudrait peut être rester naîf et serein, mais on ne nous donne pas le choix.

  12. Sybilline Said:

    Je pense, Alain, que passer un certain âge, on perd notre innocence…La souffrance atteint les adultes plus certains que d’autres sûrement, mais elle n’épargne personne.

  13. Alain Said:

    C’est vrai, mais souvent, on n’est sensible qu’à celle qui nous a frappé. J’ai eu de longues conversations avec une personne de ma famille qui avait été atteinte d’un cancer du sein. Elle avait souffert, en dehors de la douleur physique, de la mise à l’écart, de l’incompréhension. Elle en avait tiré une philosophie de la vie. Cependant, la schizophrénie était pour elle un mystère, bien qu’une de ses filles en ait été atteinte et qu’elle s’est suicidée. Elle émettait des jugements de valeur sur une de mes cousines, également atteinte, qui montrait qu’elle n’avait pas vraiment compris. Je sais que c’est très difficile à comprendre tant qu’on n’y est pas passé, c’est une maladie tellement étrange. Cependant, il existe des gens comme toi qui font l’effort de se renseigner. Ce qui compte, c’est l’empathie.

  14. Sybilline Said:

    C’est très intéressant ce que tu dis, Alain sur le fait qu’on perçoive davantage notre souffrance que celle des autres. Ce qui est très difficile dans le cas d’une pathologie qui nous est étrangère, c’est de parvenir à la comprendre. Le seul moyen est bien sûr : le dialogue.

    Tu es très sympathique avec moi, mais je ne suis pas sûre de mériter ces compliments. Il est vrai que je me renseigne en toute sincérité, mais je n’ai pas su faire face à la maladie, malgré mes recherches e t mon investissement. Mon ami m’a rayé de la carte il y a 3 semaines. Il est vrai que nous nous sommes disputés, que j’ai une part de tort, même si les torts sont partagés. Je pense l’avoir blessé, même si c’est lui qui a commencé (par un mépris extrêmement fort). Je me suis défendue, ai eu quelques débordements (colère oblige) et finalement, le résultat n’est pas bon.

    J’essaie malgré tout de positiver, même si j’ai des moments de découragement. Je pense, après des recherches approfondies et grâce au dialogue avec vous (très réconfortant) que mon ami souffre d’une schizophrénie dysthymique. Cela m’aide de le savoir, même si je pense n’avoir mis des mots là-dessus que très récemment. Quand on ne vit pas la maladie, on a du mal à faire la part des choses : entre ce qui provient de la personnalité de l’individu et ce qui vient de la maladie elle-même. La confusion est souvent présente. On a donc du mal à savoir quels efforts sont possibles de l’autre côté et ce qui est du domaine de l’impossible. Ce discernement est extrêmement difficile à avoir. Et face à cela, on se demande toujours quel comportement adopté en sachant que nous-mêmes avons nos propres travers et faiblesses.

    Je sais, de plus, que mon ami n’a pas le recul que toi, Lana ou Marc avez. Il est jeune et est encore complètement noyé dans ses symptômes, sans recul.
    Et bien sûr qu’il est plus facile de baisser les bras au premier obstacle. Je n’aime pas trop cette attitude, mais c’est difficile de surmonter les épreuves quand même, de se sentir rejeter alors qu’on n’est pas vraiment coupable et qu’on nous fait porter toutes les fautes, que l’autre refuse le dialogue…

    Mais je retiens ta dernière phrase sur l’empathie, même à distance, même dans le silence…

    Merci en tout cas pour tes explications toujours limpides.

  15. Alain Said:

    Bonjour Sybilline, je suis désolé de ce qui est arrivé avec ton ami, mais continue à t’informer sur la maladie, peut être arriveras-tu à renouer des liens à l’avenir, peut être sur d’autres bases.

  16. Sybilline Said:

    Merci Alain pour ton message. De toute façon, je crois que pour mon équilibre psychique, j’ai besoin de savoir ce qu’il s’est passé et donc de comprendre la maladie, même si elle n’est pas la seule en cause. Je crois que la clarté ne peut faire que du bien et règne aujourd’hui dans mon esprit beaucoup de confusion.

    Ce que je voulais simplement dire, c’est que face à la différence, nous n’avons pas toujours les bons réflexes, pas forcément par mauvaise volonté, mais parce qu’on n’est pas habitué et c’est comme tout, le peu d’expérience nous fait parfois échouer. Les mauvais pas sont plus fréquents. Il faut être assez solide pour affronter cette maladie et savoir où on va et pourquoi on agit de cette façon. Toutes les évidences sont gommées (ou en partie). De plus, je trouve que les recherches encore tâtonnantes n’aident pas le commun des mortels à comprendre et à trouver les bons réflexes, car elle est trop peu expliquée. Il faut donc déployer une énergie phénoménale pour parvenir à tracer un petit chemin dans la broussaille de la méconnaissance et trouver une cohérence dans tout ceci, pour développer une intuition constructive.

    A mon avis, les recherches sur le cancer et l’information dessus sont quand même plus développés (Servan Schreber a fait un gros travail).

    Je me rends compte que dans ta famille plusieurs personnes sont atteintes de schizophrénie. Ce que je trouve étonnant, c’est qu’il me semble (mais dis-moi si j’ai tort) que la plupart des membres ne cherchent pas trop à comprendre, mais plutôt à fuir ce phénomène dans une sorte de déni. Je pense qu’au contraire, il faudrait pouvoir en parler ouvertement pour casser la « chaîne ». Le déni entraîne toujours la résurgence de ce qu’on voulait enterrer. J’ai de nombreux exemples qui viennent renforcer cette idée dans de multiples domaines. Comme toujours, il me semble qu’un dialogue posé, sans jugement négatif est le bienvenu. Mais face à l’incompréhensible, beaucoup de gens se réfugient dans la peur et le jugement négatif. Pas facile d’y échapper.

    Je trouve, pour ma part, que tu fais preuve d’un véritable sens de la pédagogie pour mettre en mot ton expérience et tenter d’expliquer l’inexplicable dans un dialogue posé, sans agressivité.

    Très bonne journée.

  17. Sybilline Said:

    Merci Alain pour ton message. De toute façon, je crois que pour mon équilibre psychique, j’ai besoin de savoir ce qu’il s’est passé et donc de comprendre la maladie, même si elle n’est pas la seule en cause. Je crois que la clarté ne peut faire que du bien et règne aujourd’hui dans mon esprit beaucoup de confusion.

  18. Sybilline Said:

    A mon avis, les recherches sur le cancer et l’information dessus sont quand même plus développés (Servan Schreber a fait un gros travail là-dessus).

    Je me rends compte que dans ta famille plusieurs personnes sont atteintes de schizophrénie. Ce que je trouve étonnant, c’est qu’il me semble (mais dis-moi si j’ai tort) que la plupart des membres ne cherchent pas trop à comprendre, mais plutôt à fuir ce phénomène dans une sorte de déni. Je pense qu’au contraire, il faudrait pouvoir en parler ouvertement pour casser la « chaîne ». Le déni entraîne toujours la résurgence de ce qu’on voulait enterrer. J’ai de nombreux exemples qui viennent renforcer cette idée dans de multiples domaines. Comme toujours, il me semble qu’un dialogue posé, sans jugement négatif est le bienvenu. Mais face à l’incompréhensible, beaucoup de gens se réfugient dans la peur et le jugement négatif. Pas facile d’y échapper.

    Je trouve, pour ma part, que tu fais preuve d’un véritable sens de la pédagogie pour mettre en mot ton expérience et tenter d’expliquer l’inexplicable dans un dialogue posé, sans agressivité.

    Très bonne journée.

  19. Sybilline Said:

    Il y a un paragraphe qui ne passe pas. Va savoir pourquoi…J’ai donc essayé de mettre mon message en plusieurs fois, mais je dois renoncer à une partie, alors qu’aucun mot ne semble douteux. Tant pis…L’essentiel est dit quand même.

  20. Alain Said:

    C’est vrai que dans ma famille, en fait du coté de ma mère, dont je suis un peu éloigné, la maladie a frappé plusieurs personnes, mais ça reste un sujet tabou. Même le père de ma cousine qui a beaucoup souffert de la maladie de sa fille n’en parle jamais. C’est un tabou qu’il faudrait lever, mais la pression sociale et l’héritage culturels sont tels que ça ne se passe pas ainsi.

    Pour ton ami, peut être pourrais-tu lui envoyer une lettre expliquant ta position et tes efforts pour le comprendre ? Je me mêle de ce qui ne me regarde pas…

  21. Sybilline Said:

    Merci pour ton amabilité Alain. On sent que tu es quelqu’un de très gentil. Et c’est une qualité réelle. Je lui ai déjà communiqué mes impressions…mais peut-être faut-il laisser passer du temps.

    Dans ta famille, est-ce la maladie en général qui est un sujet tabou ou celle-ci en particulier? En effet, je reste convaincue que la meilleure façon de soigner, c’est d’être solidaire, à l’écoute et de savoir s’entourer des bons soignants. Je crois que c’est une intuition qui m’a été confirmée par ma dernière lecture. Cela est rassurant de se sentir soutenu, surtout lorsqu’on se sent en difficulté. Je n’arrive pas trop à comprendre pourquoi il faut le taire. Font-ils semblant qu’elle n’existe pas? Et comment agir lorsque tu étais en crise? Peut-on faire comme si de rien n’était? Cette maladie me semble tellement prendre tout l’être, toute l’âme lorsqu’elle se déclare, que je n’envisage pas la possibilité de ne pas la montrer. Il se peut que ce tabou en plus n’aide pas à briser la « chaine », à délier ce qui reste enfoui (même s’l y a évidemment une part de fragilité physique).

  22. Alain Said:

    C’est la schizophrénie qui est un sujet tabou dans ma famille, sans doute parce qu’elle est mal comprise. Je ne sais pas vraiment quoi y faire. Ils ne font pas semblant, ils évitent le sujet. Le père de ma cousine en souffre beaucoup mais il n’arrive pas à en parler, il s’emporte dès que le sujet est évoqué. Il ne veut pas non plus se rapprocher de gens qui vivent la même chose, il se renferme.

    Il y a pourtant une façon simple d’aborder cette maladie mais les gens y mettent beaucoup d’affect, car ils pensent que cela vient d’une faiblesse de la personnalité. En réalité, c’est une maladie physique comme une autre, elle atteint une partie du corps qui est le cerveau. Mais cela a un retentissement sur le comportement et les gens qui vont bien pensent qu’on peut commander cela par la volonté alors que la personne malade n’en n’est pas capable, tout au moins pendant les phases de crise.

  23. Sybilline Said:

    Je crois, Alain, que les maladies psychiques ont toujours été traitées différemment des maladies purement physiques. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être simplement parce que cela ne se voit pas et que c’est moins expliqué. Mais surtout parce que cela fait plus peur. Il suffit de voir les images que Lana a mise sur son blog et la violence parfois qui est utilisée pour soi-disant calmer.

    Pour ne te donner qu’un exemple que j’ai tiré d’une très bonne lecture « Les Derniers jours de Stephan Zweig » de Seksik, voilà ce qu’on faisait des schizophrènes (considérés comme des malades mentaux) dans l’Allemagne nazie. La femme de l’écrivain Roth, atteinte de schizophrénie s’appelait Friederik, les Allemands l’ont euthanasié: « on avait conduit Mme Roth dans une pièce nue et en vertu du programme nazi Aktion T4 visant l’élimination des malades mentaux au moyen d’une injection de strychnine, F. Roth avait été assassinée. »

    Je pense que le seul moyen de lutter contre cette stigmatisation est de faire comprendre la maladie, en l’expliquant simplement sans diaboliser qui que ce soit. Je me rends compte et c’est grâce à la discussion que j’ai eue avec toi et Marc, qu’il existe 7 types de schizophénie (voir l’article de wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Schizophr%C3%A9nie ), seule une est vraiment dangereuse pour les autres: la schizophrénie héboïdophrénique ). Or, on a tendance à ne montrer que celle-ci dans les médias.

    Je n’avais, par exemple, jamais entendu parlé -avant la discussion avec vous- de cette catégorisation. Or, elle me paraît importante. Il n’existe pas de chiffres à ma connaissance évaluant le nombre de patients pour chaque « type », mais je pense que la majorité n’appartient pas à la dernière « catégorie ».

    En parler permet surtout d’adopter de bons comportements dans le cas de crise et de se rendre compte aussi que nul n’est à l’abri un jour de vivre la même chose. Plus on est dans le déni, plus on risque d’en faire surgir les symptômes. Je sais pour ma part que lorsque je m’étais interdite de penser à un sujet, il ressurgissait partout: dans les rêves, les actes manqués etc…

  24. Alain Said:

    Auparavant, les maladies psychiques étaient considérées comme des maladies de l’âme et ceux qui en souffraient étaient tenus pour responsables de leur état ou tout au moins habités par des démons. Je parle d’un temps assez reculé ou de civilisations lointaines. Il en reste encore des traces, on entend parfois parler à propos d’un malade mental, des démons qui l’habitent, même si c’est au sens figuré. Je ne suis pas sûr que si on faisait un sondage, il n’y ait encore une proportion importante de la population qui y croit.

  25. Sybilline Said:

    Alain,

    Je ne crois pas pour ma part que cette croyance soit forcément négative en soi. On peut tout simplement appeler « démon » « force psychique négative » qui fait souffrir celui qui la subit. Dans certaines civilisations, ceux qu’on appelle « fou » dans la nôtre, sont considérés comme des médiums entre le divin et le terrestre et doivent être respectés. Je pense aux états de transe par exemple dans les tribus où un individu est dit possédé. Voilà la définition qu’en donne wikipedia: « La transe (transport spirituel) est un état modifié de conscience impliquant d’abord un dédoublement, le vécu d’une division ou multiplication de personnalité (corps/âme, esprit propre/esprit étranger…), ensuite un automatisme psychologique, l’impression de subir certains phénomènes psychiques (autonomie de l’âme, incorporation d’un esprit…) » (Pierre A. Riffard, Nouveau dictionnaire de l’ésotérisme, Payot, 2008, p. 288).

    Cet état est perçu comme normal et totalement accepté dans de nombreuses cultures tribales ou chamaniques. En Occident, ces gens seraient considérés comme des fous. En parallèle de ces états mal acceptés dans notre société (mais acceptés dans d’autres cultures!), on a développé une culture des maladies psychiatriques très négatives où la personne est mise en quarantaine, voire éliminer dans l’Allemagne nazie …Face à la peur du surgissement d’un phénomène surnaturel, on exclut et montre du doigt, sans chercher à comprendre le langage qui se cache derrière ces phénomènes.

    Ce que je trouve cependant négatif, c’est de stigmatiser sans chercher à comprendre en répandant l’information que ces gens sont dangereux avec l’image qu’ils sont perpétuellement en crise …Nous le voyons bien concrètement ici, certains vivent des expériences un peu extraordinaires lors de ces crises, qui peuvent paraître » folles » au commun des mortels, mais qui n’altèrent en rien, le reste du temps, leur RAISON.

    Quand j’observe attentivement et maintenant je suis plus vigilante, je m’aperçois qu’on donne toujours une image négative des maladies psychiques dans les médias, les films ou autres moyens de diffusion à grande échelle. On montre des gens qui hurlent, sont violents (cf: le reportage sur « la violence aux urgences » par exemple dont nous avions parlé).

    Je pense donc qu’il serait nécessaire de montrer autre chose, de tenter d’expliquer ces crises un peu plus rationnellement comme toi Alain et d’autres le font. C’est un long travail de changer le regard de la majorité, mais cela me semble nécessaire et le blog de L-a-n-a y contribue. J’étais au départ totalement perdue et en lisant le blog (véritable gouvernail dans la mer agitée), j’ai commencé à trouver des repères, sans compter les discussions tout aussi enrichissantes.

  26. Alain Said:

    Les discussions sont enrichissantes grâce à tous, toi y compris.

    Le danger d’expliquer la maladie par la possession est que le malade est assimilé par certains au mal suprême, au démon et, s’il faut l’éradiquer, tous les moyens sont permis, le malade peut être puni. Je parle bien sûr de cas extrèmes de croyances comme il a pu en exister en des temps reculés où les fous étaient conduits au bûcher.

    Je suis plus favorable à répandre des idées scientifiques, des explications biologiques qui ont l’avantage de la neutralité et qui sont confortées par les découvertes récentes en science. Il n’empêche pas, bien sûr, que certains voudront faire usage de ces découvertes pour éliminer ou mettre à l’écart les malades. J’ai ainsi lu le commentaire d’un participant à un forum qui se réjouissait qu’on aie pu selon lui mettre au point des appareils capables de discerner les malades par analyse (IRM) de leurs cerveaux.

  27. Sybilline Said:

    Cette histoire d’IRM est assez intrigante. Mais est-ce vraiment scientifique lorsque c’est fait ainsi?Cela me fait penser au détecteur de mensonge utilisé dans la police… Et en quoi cela met-il les malades à l’écart? N’est-ce pas un moyen de savoir où sont les problèmes et donc de tenter d’y apporter des solutions?

    Je ne rejette pas du tout l’aspect scientifique bien au contraire. Mais j’aime bien croiser diverses disciplines et cultures aussi pour montrer la relativité des opinions et la possibilité donc d’apporter un regard constructif sur ceux qui souffrent de maladies chroniques quelles qu’elles soient. On voit bien que d’une culture à l’autre, les réponses apportées sont différentes. Rien n’est jamais par conséquent jamais figé.

  28. Alain Said:

    Tout dépend des intentions des personnes. celui qui se réjouissait pensait pouvoir détecter les maladaes mentaux, les psychopathes et les mettre hors d’état de nuire. Bienvenue en 1984 !

  29. Sybilline Said:

    Comme quoi, le problème reste toujours l’état d’esprit des gens quel que soit ce en quoi on croit le plus. Pour ma part, je défends vraiment une complémentarité de toutes les disciplines (psychologie, médecine, spiritualités du monde entier, philosophie etc…). Tu as raison, Alain, de dire que la médecine a une approche plus NEUTRE, basée davantage sur l’observation. Mais si je ne m’attache pas qu’à cette discipline, c’est parce qu’elle ne résout pas tout malheureusement et qu’elle peut laisser les patients parfois dans un grand désarroi et qu’elle montre qu’elle a ses limites. On voit bien que les médicaments ne soignent pas vraiment la schizophrénie. Ils permettent à certains d’aller mieux, mais pas à tous. La psychiatrie a ses limites, même si elle permet aussi des avancées.

  30. Alain Said:

    C’est vrai que la psychiatrie a ses limites, en l’état actuel de la science, on ne sait toujours pas ni quelle est la cause réelle de la schizophrénie ni pourquoi les neuroleptiques en soulagent certains symptômes. Je suis d’accord qu’on peut avoir d’autres approches mais je pense qu’il faut éviter le danger de ne pas évaluer scientifiquement ces approches. Il y a des dérives sectaires comme la scientologie par exemple, un cas extrême, mais il faut prendre garde à ne pas jouer au sorcier.

    Je pense que tu as raison, ceci étant dit, de t’interroger par d’autres approches, il se peut que cela aboutisse un jour à un traitement efficace, en tous cas, on peut essayer de comprendre en examinant, avec un esprit critique, ce qui s’est dit par le passé ou à travers le monde sur la maladie. Il faut rester ouvert.

  31. Sybilline Said:

    Bonjour Alain,

    Je ne connais pas trop la scientologie (à creuser pour moi). Tu as raison de mettre en garde contre ce type de dérive et comme leur nom l’indique les sectes ne sont pas ouvertes et surtout profitent des gens pour leur extirper de l’argent et s’enfermer dans une idéologie au mépris de certaines observations.

    L’autre jour, je lisais un article dans un des mes dictionnaires (favoris!) intitulé la « maladie et la médecine ». L’auteure expliquait qu’il était important pour soigner une maladie d’avoir une approche physique, psychique, culturelle et spirituelle. J’étais entièrement d’accord avec cette analyse. Ce que je reproche parfois à la science, c’est de ne s’intéresser qu’à l’aspect physique. Or, si on laisse de côté les autres aspects dans une maladie aussi grave que la schizophrénie, on risque de passer à côté.

    Je ne sais pas trop Alain comment tu as réussi à « guérir » (même si c’est plutôt le mot « stabiliser » qui convient d’après ce que j’ai compris), mais j’imagine que tu as dû étudier différents aspects. De plus, passé les 40 ans, j’avais lu que les symptômes de la schizophrénie diminue avec la diminution de la dopamine (dans le cerveau, j’espère ne pas faire une erreur). Le problème de cette maladie qui se déclenche souvent vers 15 ans, c’est le moment où le cerveau subit des transformations importantes. C’est un peu ainsi que je l’ai compris. La période la plus dure étant de 15 à 40 ans…

    Je trouve qu’un des points forts du blog de Lana est qu’il offre une approche culturelle de la maladie psychique, chose qui manque beaucoup dans les ouvrages de psychiatres. Elle apporte une vision globale des différentes avancées dans ce domaine sur plusieurs plans (médicale, psychique et littéraire).


{ RSS feed for comments on this post} · { TrackBack URI }

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :