Derrière leurs yeux aveugles

Certains me disent pauvre alors que je suis riche. Certains pensent que c’est faute de mieux alors que c’est mieux que tout. Comme si ta faiblesse n’était pas aussi ta force, n’était pas toi, ta vie, ta sensibilité, ta confiance, ton amour, ta volonté. Tu n’es pas moi, tu n’es pas à moi, tu n’es pas le candidat idéal à la maison, les enfants, le chien et la voiture. Tu n’entres pas dans les cases de la vie publicitaire sur papier glacé. Et ils pensent que c’est une tare, alors que c’est ta richesse et la mienne.  Mon amour est grand et fort parce qu’il est fragile. Il est précieux parce qu’il peut se briser à chaque instant. Il est plus beau qu’ils ne peuvent l’imaginer derrière leurs yeux aveugles.

Au risque de tout perdre, j’ai mis mon coeur dans tes mains parce qu’elles sont tachées de sang, et que le sang c’est la vie.  J’ai mis mon corps dans tes bras  parce qu’ils connaissent le dur prix de la vie. Je ne fuis pas devant la douleur, quelle qu’elle soit. Peut-être aussi parce que je vis avec depuis si longtemps. J’aime la paix qu’on se donne parce que toi seul peut la faire naître.  L’amour n’est pas confortable, parce que le confort, aussi agréable soit-il, n’a jamais rien de grand.

Et ta souffrance, ce n’est pas la mienne. Et ta souffrance, je ne peux que la contempler, l’écouter, espérer la voir disparaître, la comprendre. Je ne peux qu’être là, de près ou de loin. Et tu es là aussi pour comprendre la mienne, même passée, celle qui a laissé des cicatrices sur mon bras. Dans nos silences ou nos paroles, ces souffrances sont là, apaisées parce que reconnues, perdues dans la douceur et la force de l’amour parce qu’elles ne se cachent plus. Elles vivent à leurs façons, violentes ou endormies. Partagées.

Ils sont bizarres ceux qui pensent que c’est faute de mieux. Comme si l’amour pouvait n’être que ça. Une apparence. Un statut social. C’est mieux que tout parce que je suis moi et que tu es toi, vraiment, et que nous ne le jugeons pas, ne le rejettons pas, ne le renions pas. On aime que lorsqu’on aime aussi les blessures de l’autre, aussi profondes soient-elles.  Et c’est là-dedans que réside la beauté de l’amour. Car aimer les belles choses, celles qui sont évidentes, c’est facile, à la portée de tous, à tous moments. Arriver à voir ces belles choses derrière ce qui fait fuir les autres, c’est tout sauf faute de mieux.

Pour tous ceux à qui ont fait comprendre que leur choix n’est qu’un deuxième choix au lieu d’en voir la beauté.

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4 commentaires »

  1. Sybilline Said:

    Bravo Lana pour ce texte sensible et plein d’émotions. Tes analyses sur l’amour sont très fines et donc universelles…

  2. Alain Said:

    « On aime que lorsqu’on aime aussi les blesures de l’autre, aussi profondes soient-elles. Et c’est là-dedans que réside la beauté de l’amour. Car aimer les belles choses, celles qui sont évidentes, c’est facile, à la portée de tous, à tous moments. Arriver à voir ces belles choses derrière ce qui fait fuir les autres, c’est tout sauf faute de mieux. »

    C’est très profond ce que tu dis, Lana, le fruit d’une grande expérience de la vie que les gens superficiels ne connaissent pas. Il en faut de la douleur, de la réflexion, de l’abnégation et finalement de l’amour pour arriver à cette hauteur de vue. Les gens qui jugent sont toujours des ignorants. Continue à vivre ta vie avec ton bonheur.

  3. Lana Said:

    Merci Alain, mais tu sais mes textes s’inspirent de ma vie mais aussi de mon passé et de ce que je vois et entends autour de moi. Il faut donc plutôt les prendre comme des textes littéraires personnels plutôt que purement autobiographiques.

  4. lainabelle Said:

    Lana,
    Comment ne pas être bouleversée devant cet idéal humain que tu exprimes, où l’acceptation de l’autre avec ses parts d’ombre et de lumière est le plus grand cadeau que l’on puisse faire et recevoir. Se sentir acceptée et aimée dans sa vérité, dans son authenticité, sans avoir à camoufler ses faiblesses, sans devoir se réfugier derrière un masque. Quel meilleur levier pourrait-on trouver pour s’accepter nous-même avec nos expériences douloureuses, avec nos petitesses que l’on pourrait alors accepter de voir, que l’on pourrait chercher à comprendre et qu’on pourrait alors transmuter. Ce blog est une richesse. Merci


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