Je ne suis pas courageuse

Je ne suis pas courageuse, je n’ai pas le choix.

Je ne suis pas courageuse, je m’accroche à ce que j’ai parce que c’est pire de tout perdre.

Je ne suis pas courageuse, la vie normale est plus facile que les années d’hôpital et d’isolement social.

Je ne suis pas courageuse, je m’évite juste de plus grandes souffrances.

S’écrouler, se perdre dans les larmes, clouée au lit, perdre ses amis, son travail, sa vie, c’est bien pire que de mettre un pied devant l’autre. Etre seule au fond du trou est bien plus douloureux que de sourire pour cacher ses problèmes aux autres. Dormir dans un lit d’hôpital est bien plus effrayant que de dormir dans son propre lit. Lever la tête pour assumer sa liberté est moins dur que de faire les cent pas derrière une porte fermée à clé.

Je ne suis pas courageuse, je sais juste que la vie est cruelle. J’ai perdu mes illusions il y a bien longtemps, et je fais juste sans, voilà tout.

Non, je ne suis pas courageuse, je suis juste vivante et blessée, mais j’avance malgré tout, parce que c’est tout ce qu’il y a à faire pour ne pas souffrir davantage.

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25 commentaires »

  1. Sybilline Said:

    Chère Lana,

    Je pense qu’il faut tout de même un certain courage pour affronter de telles épreuves si longtemps, en tentant de tenir debout. Tu as raison de rappeler que ce courage devient nécessité si on regarde nos préférences, mais il existe quand même à mon sens. C’est celui de vivre et de tenter de vivre mieux. Et au bout d’un moment ça paie. Les nombreux cas de rétablissement dont parlait Alain en sont la preuve. Il en est d’ailleurs un exemple vivant comme Emilie aussi et d’autres…

  2. Alain Said:

    Je pense malgré tout que tu es très courageuse, Lana. Je vois bien ce que tu veux dire, les tracas de la vie quotidienne ne sont rien vis à vis des souffrance de la schizophrénie en phase aiguë.

    Mais tu as eu le courage d’affronter l’extérieur de travailler en t’exposant au regard des gens, tu dis toi même que c’est difficile. Je trouve qu’il est très courageux de persévérer dans cette voie, plus que de rester chez soi, à souffrir, certes, mais loin du jugement des autres.

    Une autre marque de courage est d’avoir assumé et révélé ta maladie. Je ne pourrais pas le faire, je la cache.

    J’admire beaucoup ce que tu fais et ce que tu es. Le succès et l’intérêt de ce blog en est la manifestation.

  3. Lana Said:

    Pour moi c’est pire de rester chez moi, de perdre mon travail, donc si j’ai étudié et travaillé en étant malade, c’était jutse pour éviter pire.

  4. Alain Said:

    ça montre en tout cas une force de caractère. Je pense que cela fait défaut à beaucoup de patients qui se sentent découragés parce que persuadés que quoi qu’ils fassent, leur sort ne s’améliorera pas.

    Je suis en train de lire des articles sur le rétablissement après une schizophrénie. Il y a une lecture abondante (en anglais) sur des études menées dans plusieurs pays. Mais comme souvent, la France est à la traine, il faudra attendre des années et des retours d’expérience des Etats Unis avant que ce soit reconnu ici. Je me souviens encore d’une déclaration d’un responsable de l’unafam qui affirmait que la schizophrénie était une maladie incurable.

    Dans les études ils insistent sur le rôle important des associations de patients et du rôle des « pairs » dans le rétablissement. Encore un préjugé qu’il faudra surmonter ici contre la résistance du corps médical, des syndicats, etc.

  5. Alain Said:

    J’ai finalement trouvé un article en français, qui provient du Québec. Ils parlent bien l’anglais et ils sont proches des USA, ce qui est un bien pour nous.

    Extrait :

    En effet, ces études visaient d’abord à à explorer et à décrire l’évolution à long treme de troubles mentaux graves. Les résultats obtenus permettent de conclure que l’évolution des personnes ayant reçu un diagnostic de schizophrénie n’est pas aussi sombre que celle anticipée antérieurement par la majorité des théoriciens.

    .apurquebec.org/_domains/apurquebec.org/files/Le_retablissement_de_personnes_vivant_avec_la_schizophrenie.pdf

    (mettre http://www devant)

  6. Alain Said:

    Le lien n’est pas passé .

    .apurquebec.org/_domains/apurquebec.org/
    files/
    Le_retablissement_de_personnes_vivant_avec_la_
    schizophrenie.pdf

  7. émilie Said:

    Lana, j’aime tant tes textes, et je m’y retrouve tellement!! merci de parler, d’écrire si bien!!

  8. Lana Said:

    Merci Emilie!

  9. Igor Thiriez Said:

    Le monde est cruel effectivement, mais pas toujours ingrat. On n’est jamais à l’abris d’une bonne rencontre. Et puis le courage, c’est relatif, pour exemple, en se prêtant à un petit exercice : remplacer dans votre texte « je ne suis pas courageuse » par « je suis courageuse », ça marche aussi bien, voire mieux!

  10. Sybilline Said:

    Merci Alain de chercher des textes positifs, de poser un regard constructif et plein d’ESPOIR sur l’évolution de cette maladie. C’est tellement important d’espérer, peu importe les chiffres…C’est génial aussi l’étude que tu as trouvée sur l’évolution positive dans les pays les moins développés. Est-ce uniquement en anglais? J’aimerais bien garder le lien. J’ai le sentiment que cette stigmatisation est très mauvaise dans un pays aussi rationnel que le nôtre où on ne sait pas s’ouvrir à la différence et dans lequel sortir de la norme, c’est être fou, alors que ce terrain mériterait d’être exploré pour mieux comprendre les tréfonds de l’âme humaine.

    Merci à toi pour toutes ces recherches (ça me fait du bien de me dire que rien n’est figé) et pour l’espoir que tu distilles partout ici. Tu réussis à remonter le moral des troupes.

    Bravo aussi pour ton action: l’envoi de la lettre! Tu nous tiendras au courant de l’évolution…

  11. Alain Said:

    J’ai posté un lien sur un texte écrit par des chercheurs québécois, en français, voir plus haut dans les commentaires. Les textes sont en effet majoritairement en anglais, les nouvelles idées viennent de là, la France fonctionne encore majoritairement selon le schéma classique du malade mineur voué à un sort tragique inéluctable.

    Il y a des associations influentes aux USA d’anciens malades qui ont réussi des carrières brillantes, doctorat en psychiatrie ou psychologie, etc. et qui promeuvent les soins par les pairs, notion qui est farouchement combattue ici par les tenants de l’immobilisme.

    Il existe une association de patients en France, la Fnapsy, il faudrait leur écrire et leur soumettre ces exemples. Il faudrait qu’ils aient une voix plus importante et qu’ils soient moins à la traine du monde médical.

  12. robert Said:

    je te comprend je suis dans la même situation que toi

  13. Laveritestailleurs Said:

    Précision au commentaire d’Alain Said : la FNAPSY c’est la Fédération Nationale des Association d’Usagers en Psychiatrie et non pas une association de patients. Le terme « usagers » désigne tout aussi bien les médecins, les infirmiers, les ambulanciers, …, les patients et leur famille en relation avec la psychiatrie.
    A ma connaissance il n’existe aucune association autonome de patients; j’espere pourtant avoir tord et j’attends avec impatience d’être contredit pour pouvoir adhérer.
    Il est super ton blog Lana; bravo.

  14. Lana Said:

    Usager est le terme qui remplace patient. Je ne pense pas qu’il y ait des professionnels dans la Fnapsy, c’était avant la fédération nationale d’associations de patients et d’ex-patients psychiatriques.

    Igor, j’ai écrit ce texte parce que justement tout le monde me dit tout le temps que je suis courageuse. Alors que j’ai juste voulu éviter de me retrouver dans des situations plus douloureuses, comme un des mes anciens amis qui vit de l’AAH, ne met le nez dehors qu’une fois par semaine pour aller chez son psy et va dormir à 18h30. C’était ma hantise d’en arriver là. Autre exemple: quand j’ai arrêté le temesta, d’un coup car ma psy m’avait dit de le faire, j’étais en manque, c’était super dur, je ne rêvais que de reprendre un comprimé, mais je me suis dit qu’alors j’allais devoir revivre cette souffrance depuis le début, donc autant me l’éviter. Ce n’est pas vraiment du courage, plutôt du bon sens.
    On n’est pas à l’abri d’une bonne rencontre, certes, mais pour l’instant il y a plus de moments durs dans ma vie que de très bons moments, il faut faire avec, et ce n’est pas une question de courage.

  15. Marc Said:

    A moi aussi on m’a dit que j’avais eu du courage parce que j’avais repris et terminé mes études après de lourdes hospitalisations mais c’était pas du courage non plus c’était parce que ça m’intéressait au plus haut point et au contraire après j’ai manqué totalement de courage parce que je n’ai pas voulu exercer mon métier : de trop lourdes responsabilités, peur de faire des conneries ; j’ai (lâchement) profité d’une P I (je crois que c’est pas ton cas, Lana (tu n’as peut-être pas eu du courage mais tu t’es dém….toute seule)

  16. Sybilline Said:

    Alain,

    C’est très intéressant ce que tu dis. Cela ne m’étonne pas des Américains. Ils sont beaucoup critiqués sur le sol français, mais pour être allée à New-York , j’ai pu constater que règnent chez eux une plus grande liberté d’actions, de tout. Je trouve cet état d’esprit très positif: montrer ce qui a marché, ceux qui s’en sont sortis plutôt que de broyer du noir.

    Lana,

    Tu as probablement raison d’exprimer tout ceci, mais je trouve que tu fais preuve d’un courage nécessaire, mais d’un courage tout de même. En lisant ton journal, tu exprimes à plusieurs reprises ta volonté de travailler, de vivre dans le monde, malgré les difficultés. C’est un CHOIX. Tu t’es battue pour pouvoir le faire, pour supporter parfois l’insupportable. Je comprends très bien ce que tu entends par le fait d’éviter le AAH…Mon ami l’a aussi et parfois, il désespère d’être « oisif », c’est le terme qu’il emploie et cela le fait encore plus souffrir. Il a déjà travaillé, s’en sortait bien, mais refuse un peu les difficultés de la vie quotidienne, le rythme qu’il faut prendre, les contraintes horaires etc…On n’a pas tous les mêmes cartes en main, mais on fait tous des choix et le tien est louable et me semble positif pour qu’un jour tu sois complètement (ou presque) libérée de cette souffrance.

    Je crois que tu aimes ton indépendance, que tu refuses de manquer d’autonomie, que pour toi, c’est essentiel de t’en donner les moyens. Et certes, c’est louable, même si tu as l’impression que c’est normal.

    Bonne soirée à tous.

  17. Marc Said:

    Donc peut-être pas du courage mais un certain mérite qui suscite une certaine admiration envers Lana (et envers Alain aussi qui n’a jamais reçu la moindre aide de l’Etat)

  18. émilie Said:

    Lana, juste au passage, j’ai arreté le temesta, moi aussi, trois mois des sevrage et de souffrance d’une dose maximale…Moi , c’était pour mon bébé. Ils ont raison, Lana, on est bel et bien vivantes et on veut vivre, pas mourir lentement, moi au fond de moi je sais que je suis courageuse, même si une voix me dit que mon amour de la vie, je n’en suis pas responsable, il m’a été donné…Qu’aurais fait si le gout n’avait pas été là… en ce moment je me trouve confrontée aux limites de mes limites et j’oblique dans un sens différent, je veux travailler moi aussi, et je vais me faire reconnaitre mdph pour pouvoir financer ma formation; j’ai toujours refusée avec un rejet , un dégout d’exposer ma maladie comme ça, mais je remarque que ça me porte préjudice, parce que la cacher m’empêche de la surmonter des que je mets le pied dehors; en famille, ça va, mais dehors c’est l’enfer.

  19. Lana Said:

    Mes textes je les écrits à un moment donné, suite à un ressenti, il ne faut pas les prendre dans l’absolu. Donc un soir je peux me dire mais non je ne suis pas courageuse, je subi c’est tout, et peut-être que je penserai le contraire le lendemain.
    Emilie, j’espère que tu vas trouver le travail qui te convient.

  20. Sybilline Said:

    Je crois qu’on a tous un instinct de vie (de survie?) au fond de soi.ça fait partie de l’être humain et tant mieux si on peut s’y accrocher pour faire le chemin qui est le nôtre et aller vers plus d’épanouissement. Ce qui est certain, Lana, c’est que tu as des qualités indéniables, que ton blog fait du bien et que cette belle lumière qui jaillit de toi, nous en profitons tous (la preuve en est que nous y venons régulièrement pour y chercher des réponses dignes). C’est bienfaisant, car tu t’intéresses à l’autre, à sa différence et au respect de l’être humain en général. C’est tout cela que j’appelle le courage (ça vient du latin « cor, cordis » qui veut dire « coeur ». Je ne sais pas si tu connais la réplique du père de Rodrigue dans « Le Cid »: « Rodrigue as-tu du COEUR? » (Au XVIIème, ça voulait dire courage)/ « Tout autre que mon père l’éprouverait sur l’heure », lui rétorque Rodrigue (avant de battre en duel le père de Chimène).

    Et tu mets du coeur à l’ouvrage ici, c’est le moins que l’on puisse dire…

    Bonne soirée à toi, à vous.

  21. Lana Said:

    Oui, bien sûr je connais cette réplique. Merci pour ce rappel étymologique!

  22. Alain Said:

    Bel éclairage, Sybilline, tu nous fais profiter de tes intérêts culturels, ça fait aussi le charme de ce forum qui est le premier de mes favoris. Sans oublier le talent et le cour… de Lana ! (mais chut !)

  23. Sybilline Said:

    Merci à tous les deux pour votre petit mot. Je trouve qu’il y a une richesse culturelle sur ce blog et des gens intéressants, intelligents, c’est agréable…

    Bonne soirée.

  24. Lainabelle Said:

    Bonsoir Lana,
    Je suis touchée par cette volonté de « rester dans la vie ». Je crois que tu as raison. Tant que nous en avons la force, je crois qu’il faut essayer, chacun à son niveau, de s’accrocher à ce qui nous structure : le lien avec les autres même si leur regard est parfois insupportable, le travail, des horaires, une nécessité de répondre à des objectifs, un rythme de vie. Je crois que ça empêche de décrocher et d’avoir la sensation de « couler ». Je regrette seulement qu’il soit si difficile de pouvoir partager et de devoir cacher. L’impossibilité de pouvoir faire confiance est désespérément isolante.


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