Psychologues, si on osait la rencontre ?

La peur.

 Ou le confort ?

 La peur de quitter notre confort ?

 Pourquoi certains « patients » sont-ils si souvent décus après une séance chez un psychologue, un entretien, une discussion ?

 Parfois la rencontre a touché une zone sensible, une fragilité que le patient tient pour l’instant à préserver. Il reviendra, plus tard.

Mais combien de coeurs angoissés, malmenés par une rencontre qui ne se passe pas dans l’authenticité ?

 Le psychologue finit ses études gonflé de théories rassurantes, il va sauver le monde, il le comprend.

Waou.

Il a appris que sa profession s’appuie sur deux postures. Deux facons d’être visent en effet à écouter le patient en toute liberté, sans se laisser déborder par une empathie envahissante, l’écho que peuvent avoir ses paroles, ses convictions propres, politiques, morales ou religieuses. On parle d’attention flottante pour représenter la capacité du psychologue à se laisser aller, sans contrôle intellectuel, jusque dans l’accueil des émotions et du langage corporel des patients. A côté de l’attention flottante on parle aussi du concept de neutralité bienveillante. Le psychologue, tout en restant accueillant, n’est pas censé discuter opinion avec son patient, ne pas débattre d’idées.

 Mais très vite, de nombreux psychologues prennent appui sur ces deux principes pour se cacher derrière une froideur distante et un silence souvent réfrigérant, intimidant, blessant.

 Le psychologue silencieux qui émet une onomatopée de temps en temps… ce n’est pas un cliché, on l’a tous rencontré.

 On est alors tous ressorti de son bureau avec notre solitude et notre angoisse un peu plus lourdes, qui débordaient du sac à dos.

Alors, les psychologues, fuirait-on l’autre, sa différence ?

La rencontre est un risque.

 Un risque à prendre. Un risque qui mérite qu’on sorte du confort de nos bureaux, de nos fauteuils.

L’autre nous éveille, nous bouscule dans nos certitudes. Il nous fait peur, nous apporte un bagage lourd, douloureux, qu’on redoute parfois de ne pas savoir porter. Nous aussi, psychologues, avons peur de souffrir. Mais nous, nous avons choisi ce métier.

 Osons..

Agnès Vigouroux

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12 commentaires »

  1. Alain Said:

    « Un risque à prendre. Un risque qui mérite qu’on sorte du confort de nos bureaux, de nos fauteuils. »

    Voilà un beau projet. S’impliquer dans la vie du patient pour le comprendre vraiment et lui apporter les soins qui l’aideront vraiment. Est-ce possible ?

  2. Sybilline Said:

    Je trouve que c’est un très beau texte. Et je pense que dans la vie les choses les plus palpitantes et les meilleures, nous les obtenons en prenant des risques, mesurés, intelligents, mais des risques quand même.

    « Qui ne risque rien n’a rien. » (proverbe français)

    « Ne rien risquer est un risque encore plus grand. » Erica Jong

    « Le véritable respect connait le courage du risque. » (Thérèse Tardif)

  3. Alain Said:

    Le danger des théories d’origine idéologique et qu’aucune preuve ne conforte (un peu hors sujet) :

    « C’est vrai que pendant la thérapie, je ne me suis pas senti forcé d’adhérer à ses thèses. Comme pour une catastrophe nucléaire, les dommages sont arrivés après, quand j’ai compris que mon orientation sexuelle ne changerait pas.

    J’aurais pu raconter à Nicolosi mes pensées suicidaires, le temps que j’avais passé en hôpital psychiatrique. J’aurais pu lui dire que si mes parents ne me comprennent toujours pas, je suis un adulte désormais, et ça ne pèse plus autant sur ma vie. »

    rue89.com/2012/07/15/ma-therapie-ex-gay-ou-comment-je-ne-suis-pas-devenu-hetero-233827?google_editors_picks=true

    (mettre http://www. devant)

  4. Sybilline Said:

    Pourrais-tu me dire Alain de qui parles-tu? Je n’ai pas bien compris quelle était la personne qui avait fait cette thérapie et pourquoi la non-adhésion à la théorie l’avait menée à une sorte d’échec.

    C’est vrai qu’il faut être capable de s’appuyer sur ce qui s’est dit, sur ce qui a déjà été pensé par les psychologues, tout en sachant s’en détacher pour écouter la singularité de la personne en face. Cela me fait finalement penser à l’analyse des textes (même si là, en plus, il y a de l’humain vivant): bien connaître son sujet (le contexte historique, les courants), mais savoir s’en affranchir pour aller vers la particularité de ce qui est dit et /ou lu à l’instanté. Sortir de ses préjugés, de ses attentes pour écouter l’Autre. C’est un exercice très difficile et il m’arrive souvent en raison d’a priori, de réflexions trop rapides de faillir…

    Je ne sais pas trop si c’est à cet état d’esprit que tu voulais faire référence, à l’idée qu’il faut savoir s’affranchir de la théorie.

  5. lainabelle Said:

    Toutes ces thérapies !!!! Elles sont si nombreuses !!!! Si différentes !!!! Souvent elles s’excluent l’une l’autre. Comme si chacun détenait la vérité alors que cela avance si peu et si lentement. Je crois que la seule chance c’est de ne pas trop galérer pour faire LA bonne rencontre avec celui ou celle qui va nous correspondre, en qui on va pouvoir porter une confiance, même si elle reste relative, mais qui est en tous cas nécessaire. Mais comment faire confiance ? Qui sait mieux que soi-même ce qu’on ressent ? Comment laisser à l’autre le soin d’expliquer ces parties intimes de soi ? Même si il ou elle a des connaissances que nous n’avons pas. Il ou elle n’a jamais la totalité du puzzle et les erreurs sont si grossières !!! Comment c’est possible !!! Je n’en reviens toujours pas. Comment croire encore après

  6. Alain Said:

    Sybilline, il s’agit de Gabriel Arana, mais je n’en sais pas plus, je suis tombé là dessus avec Google News. Est-ce que tu as pu ouvrir le lien ?

    Laianbelle, tu as raison, chacun est sûr de détenir La Vérité, alors qu’il faudrait être humble et reconnaitre qu’on ne sait presque rien. Chaque être humain est différent et les théories visent à simplifier, à catégoriser, ce qui peut se comprendre si on veut faire une étude scientifique, mais il faut se rappeler qu’à la base de la science, il y a les théories et qu’elles sont faites pour être contredites en fonctions des nouveaux éléments. La difficulté, bien sûr est qu’on ne peut pas (ou qu’on ne devrait pas) expérimenter avec le psychisme d’un malade. Mais je m’égare un peu…

  7. Sybilline Said:

    Alain,

    Je suis parvenue à aller sur le lien que tu as donné. L’article est un peu long, je l’ai donc parcouru, mais j’en apprends encore…Je ne pensais pas que l’homosexualité avait été considérée par les Américains à un moment donné comme une maladie mentale, ni même qu’un psychologue pouvait envisager de la soigner.

    J’ai toujours pensé que l’homosexualité était minoritaire, mais naturelle. D’ailleurs, elle existe chez les animaux et a été pas mal analysée par les philosophes de l’Antiquité qui la pratiquait sans tabous et trouvait qu’aimer un homme était « mieux » que d’aimer une femme.

    Pour l’homosexualité animale, voici le passage de wikipedia qui en parle:
    « Dans son livre Biological Exuberance: Animal Homosexuality and Natural Diversity paru en 1999, le chercheur Bruce Bagemihl affirme que des comportements homosexuels animaux ont été observés chez près de 450 espèces animales, dans chaque grande zone géographique et chaque groupe animal, et qu’ils peuvent être séparés en 5 groupes distincts : parade amoureuse, affection, relation sexuelle, vie en couple et comportement parental8. Les organisateurs de l’exposition Against Nature? affirmaient que des comportements homosexuels étaient retrouvés chez la plupart des groupes de vertébrés, mais aussi parmi les insectes, les araignées, les crustacés, les octopodes et les vers parasites, le phénomène étant reporté chez près de 1500 espèces animales et bien documenté chez 500 d’entre elles9.

    L’existence d’une homosexualité exclusive ou occasionnelle chez les oiseaux a été décrite par plusieurs auteurs de l’Antiquité : Aristote (perdrix), Athénée (colombes, perdrix), Élien (cailles), Horapollon (perdrix), Pline l’Ancien (cailles, coqs, perdrix), Plutarque (coqs). De plus, cette homosexualité animale est envisagée (même si son existence est niée) par les auteurs et/ou les textes suivants : Platon (Lois), Ovide, Pseudo-Phocylide, Plutarque, Lucien, Longus, Jean Chrysostome, Célius Aurélien, Agathias (VIe siècle), Justinien, Altercation , Vincent de Beauvais. Ces textes impliquent une perception ancienne du concept d’homosexualité, ce qui contredit a priori la thèse constructiviste. »

    Il me paraît donc complètement hors de propos de vouloir la soigner, puisque c’est normal…Effectivement, cette théorie psy semble absurde et même dangereuse comme l’explique l’article avec le cas de cet homme devenu SDF à la suite de cette « thérapie ».

  8. Agnès Said:

    Pour répondre au 1er commentaire, Alain, oui, je pense que c’est possible …du moins en institution. Un psy qui passe aussi du temps auprès des patients, dans le partage de moments de vie. Notre travail ne réside pas uniquement dans les séances de thérapie je trouve.

  9. Alain Said:

    Agnès, je suis d’accord avec toi, je pense aussi que le travail de thérapie devrait comprendre l’ensemble de la vie des patients, et pas simplement une séance confidentielle en cabinet. Dans l’idéal, je verrai un thérapeuthe accompagner un patient dans la ville, dans les lieux qu’il fréquente et échanger avec lui ses impressions, ses peurs, ses angoisses et constater ses difficultés réelles. La confrontation avec le réel serait certainement formateur, cela devient d’autant plus nécessaire depuis la politique de désinstitutionnalisation.

  10. Igor Thiriez Said:

    J’adhère tout à fait au point de vue défendu dans ce texte. Il faut savoir prendre des risques pour ses patients, et il faut aussi savoir se remettre en question en tant que thérapeute et ne pas systématiquement attribuer un échec au patient.
    Les concepts psychanalytiques de neutralité bienveillante et d’attention flottante (dont la définition donnée dans le texte n’est pas tout à fait exacte) ont fait beaucoup de mal aux patients, non pas parce qu’il sont mal utilisés ou interprétés, mais car ils sont un véritable frein à l’expression de l’empathie du thérapeute.
    Par ailleurs, il est imprécis de limiter la réussite d’une thérapie à une histoire de « bonne rencontre » ou de compatibilité. On sait aujourd’hui mieux expliquer ce qui fait qu’une thérapie fonctionne. Il y a les facteurs non spécifiques comme l’empathie, à savoir le fait de se sentir écouté, compris, et les facteurs spécifiques liés à la méthode du thérapeute. Et il n’y a pas 36 méthodes qui apportent un vrai plus par rapport à l’empathie aujourd’hui…

  11. Dream Said:

    Merci de votre témoignage, monsieur THIRIEZ.. Combien de personnes se sont suicidées parcequ’ ayant cru à un psychanalyste qui ne leur a même pas renvoyé de la dignité, du respect, de l’humanité et de l’espoir..Je souhaite personnellement l’éradication de la psychanalyse pour le motif d’inutilité publique faite de pseudo thérapie avec une organisation sectaire, idéologique et réactionnaire..Je souhaite que les Français et les autorités prennent conscience comme l’a faite la HAS pour la balayer rapidement de notre pays..(et merci pour le commentaire de Blog Schizo)…

  12. Lana Said:

    C’est vrai que je n’ai pas compté les fois où je suis sortie de chez mon psy psychanalyste avec l’envie de me suicider devant tant d’indifférence et de froideur, et alors même que je n’allais pas trop mal en arrivant! Et surtout, je n’avais jamais demandé à faire une psychanalyse, c’était le psychologue d’un hôpital.


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