« Hôpital psychiatrique », Raymond Castells, Rivages

Mai 2010. Louis et Louise, si âgés désormais qu’ils peuvent tout avouer, racontent leur quotidien à l’hôpital psychiatrique où ils se sont connus pendant la Seconde Guerre mondiale : les supplices infligés par les gardiens, les expérimentations médicales sur les patients et l’arrivée d’un régiment allemand. La cohabitation entre les soldats de la Wehrmacht et les malades mentaux qui se partagent les bâtiments pendant que collaborateurs et résistants se livrent à leurs activités clandestines dans les sous-sols et dans les combles. Et le plan qu’ils mirent au point pour s’échapper de cette maison de fou.
 
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3 commentaires »

  1. Alain Said:

    L’occasion de rappeler ce que fut l’aktion T4 pendant la période nazie. Extrait d’un article de l’Inserm qu’on peut retrouver par Google en saisissant « Aktion T4 inserm ».

    « Les deux arguments majeurs et récurrents de l’euthanasie au nom de l’intérêt collectif ressortent plutôt de l’évaluation bio-médicale du niveau d’humanité d’un individu et du coût économique « faramineux » des « existences fardeaux » (Ballastexistenzen) pour la collectivité. D’ailleurs, dans le langage des psychiatres nazi, l’euthanasie des adultes s’appelle « mesure de plannification économique » et non « mesure d’hygiène de l’hérédité ». Dans la pratique, le critère le plus important ne sera pas l’éventuelle propagation d’une maladie héréditaire mais la curabilité, l’aptitude au travail et la productivité des patients [Dans un discours destiné à être lu devant des psychiatres, rédigé en 1941 et où il parle de l’euthanasie, le Prof. C. Schneider, un des principaux experts de l’opération T4, distingue « les mesures actuelles pour décharger notre peuple de la pression des dépenses pour des patients des asiles inutiles, d’une part [= euthanasie T4], et les mesures eugéniques au sens large d’autre part … ». Cit. Reform und Gewissen 1985: 54; Aly (éd.) 1989: 15. ].  »

    Santé et productivité :

    « L’État peut ainsi estimer qu’un individu socialement « inutile » voire « nuisible » et qui coûte cher à la société, par les soins permanent et l’encadrement qu’il exige, doit être « euthanasié ». Dans cette médecine du rendement, de la rentabilité, de la productivité (Leistungsmedizin), poussée jusqu’au bout, les technocrates médicaux font froidement le tri entre les patients d’après un calcul économique. Le président de l’Office de la Santé du Reich, le Prof. H. Reiter l’affirme sans ambages: « nous ne séparons pas les concepts ‘sains’ et ‘productif’ mais les comprenons comme quelque chose de tout à fait identique, aussi nous nions la ‘santé’ quand la productivité n’est pas présente »

    Et en France aussi :

    « En même temps, comme le montre encore une fois le cas de l’eugéniste français A. Carrel – désireux de soulager la société du « poids énorme » des « déficients et des criminels » en euthanasiant les derniers [ A. Carrel, L’Homme cet inconnu, Plon, 1935 (livre de poche): 434-36. ]- il existe des liens indéniables entre la logique eugéniste et la logique de l’euthanasie au nom de l’intérêt collectif. »

    Le rôle de la biologie et l’éclairage sur la dichotomie actuelle entre ses partsisans et ses opposants qui ne résulte pas d’une étude valide mais d’oppositions idéologiques :

    « Déterminisme biologique: La psychiatrie allemande s’est rapidement soumise au paradigme biologique. W. Griesinger (1817-1868) inaugure une tradition pour laquelle les maladies de l’esprit sont des maladies du cerveau (« Geisteskrankheiten sind Gehirnkrankheiten ») [Bastian 1981: 16, 22.]. Ce postulat cérébraliste devient le paradigme majeur de la psychiatrie académique allemande à partir des années 1880 [Bastian 1981: 17, 26.]. Il s’ensuit que l’homme n’est plus le sujet libre et décisionnaire des philosophes libéraux mais l’objet de sa biologie cérébrale. Prisonnier de sa « nature » biologique, il peut difficilement échapper à sa condition de « fou », de « psychopathe sexuel », de « criminel » ou « d’asocial ». Des psychiatres-généticiens, comme J. Lange, concluent dans les années 1920 au « Crime comme destin » (biologique) [J. Lange, Verbrechen als Schicksal. Studien an kriminellen Zwillingen, 1929. Lange travaillait à l’Institut Allemand de Recherche Psychiatrique (l’institut de Rüdin), avant d’être nommé à la chaire de psychiatrie de Breslau en 1931.]. Ce déterminisme biologique ne laisse pas d’autre choix aux hygiénistes qui veulent éradiquer ces maux de la société, que d’éliminer les porteurs de telles prédispositions ** [En 1933-45, les psychiatres sélectionneront aussi dans les prisons allemandes les criminels à stériliser ou à euthanasier.] . »

  2. Lana Said:

    Merci pour ces articles, Alain.

  3. Alain Said:

    De rien, Lana. C’est toi qu’on doit remercier pour nous permettre d’écrire ce qui n’apparait jamais ailleurs.


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