Femmes et électrochocs en 2013

Ce titre fait sursauter. Des électrochocs en 2013? Des images assez sombres nous viennent en tête des années 50-60, où les électrochocs étaient pratiqués à froid et servaient bien souvent comme outil pour punir et réprimer plutôt que pour soigner. Suite à de nombreuses critiques durant les années 70 et à l’arrivée de plusieurs traitements pharmaceutiques, l’utilisation des électrochocs a diminué.

L’utilisation des électrochocs, maintenant appelée électroconvulsothérapie, ECT ou bien sismothérapie, semblent faire un retour en force dans beaucoup de pays occidentaux. Le nombre de séances d’électrochocs a doublé au Québec entre 1988 et 2003.  En 2011, plus de 6000 traitements aux électrochocs ont été administrés à un nombre indéterminé de personnes à travers la province.

Bien que maintenant, le traitement s’effectue sous anesthésie et avec un relaxant musculaire pour éviter les risques de fracture, la procédure reste la même. On fixe des électrodes unilatéralement ou bilatéralement sur la tête de la personne et on envoie un courant électrique pour provoquer une convulsion. Un traitement comprend plusieurs séances à une fréquence de 2 à 3 fois par semaine. Les études scientifiques n’arrivent toujours pas à expliquercomment le traitement produit des effets thérapeutiques.
En principe, les électrochocs sont un traitement de dernier recours spécifiquement pour les dépressions profondes et résistantes aux médicaments. Il nécessite également le consentement de la personne. En pratique, il semblerait que le traitement soit offert à des personnes ayant d’autres diagnostics tels que la schizophrénie, la maniaco-dépression, la psychose, les troubles paranoïdes, etc. De plus, les réalités vécues par les personnes peuvent venir restreindre considérablement le consentement. Effectivement, pour qu’il y ait réellement consentement, celui-ci doit être libre et éclairé.
Libre : sans promesse ni menace, de son plein gré et sans que les facultés soit altérées.
Éclairé : Où on dispose de toutes les informations nécessaires notamment sur le but du traitement, ses effets, la procédure, les risques et les traitements alternatifs.

Il n’y a pas de consensus sur l’efficacité du traitement par électrochocs. Cependant, les effets secondaires observés peuvent être importants surtout au niveau de la mémoire. Le Ministère de la santé et des Services sociaux du Québec a demandé à l’Agence d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (AETMIS), agence gouvernementale chargée d’évaluer les techniques et interventions et d’émettre des recommandations dans le domaine de la santé, de lui faire un rapport sur la situation de l’utilisation des électrochocs au Québec. Ce rapport a été publié en 2003. Dans son rapport l’Agence précisait que les incertitudes quant à l’efficacité et aux risques de l’ECT demeurent importantes et y formulait sept recommandations visant à encadrer cette pratique psychiatrique. Aucune n’a été mise de l’avant par le ministère depuis.

Il existe peu de statistiques sur cette pratique au Québec. Les groupes communautaires québécois ont maintes fois demandé des chiffres au ministère de la santé.  Parmi les chiffres obtenus par le comité Pare-chocs qui militent contre l’utilisation des électrochocs, on découvre entre autre que
50% des électrochocs seraient donnés à des femmes de 50 ans et plus,
41% à des personnes âgées de 65 ans et plus,
Près de 10% à des femmes de 80 ans et plus,
et 75% à des femmes.
En lien avec ces données le comité organise chaque année à Montréal un événement le jour de la fête des mères contre les électrochocs.
Un septième rassemblement pour que cesse la violence à l’égard des femmes, des mères et des grands-mères

À l’occasion de la fête des Mères, un important rassemblement aura lieu le 11 mai prochain à Montréal pour demander l’abolition des électrochocs en psychiatrie. Les deux tiers des électrochocs sont donnés à des femmes. Selon des données obtenues par le comité Pare-chocs, 50% des électrochocs seraient donnés à des femmes de 50 ans et plus et 41% à des personnes âgées de 65 ans et plus. Près de 10% seraient administrés à des femmes de 80 ans et plus.  Rappelons que selon une étude récente les électrochocs causent plus de dommage chez les femmes et les personnes âgées. Le nombre de séances d’électrochocs avait doublé au Québec entre 1988 et 2003.  Aujourd’hui, on les compte toujours par milliers.  S’il n’est pas immédiatement aboli, ce traitement doit être placé sous haute surveillance et faire l’objet d’un débat public.

Quoi : Rassemblement « Disons NON aux électrochocs ».
Quand : Le samedi 11 mai 2013 à 11h00.
Où : Montréal, Place Émilie-Gamelin (métro Berri-UQAM, sortie Sainte-Catherine).
Animation : Participation de la troupe KUMPA’NIA

Photo du rassemblement de 2012
Le comité soulève également qu’en matière d’électrochocs, il existe plus de questions que de réponses :

« Combien d’électrochocs sont réellement prescrits au Québec?
Pourquoi les deux tiers sont-ils administrés à des femmes?
Pourquoi les femmes âgées de 65 ans et plus sont-elles plus susceptibles de subir cette intervention?
Pourquoi donne-t-on des électrochocs à des personnes âgées de plus de 80 ans?
Est-ce que l’électrochoc n’est utilisé qu’en dernier recours?
Combien d’électrochocs sont donnés aux enfants?
Combien de personnes décèdent ou subissent des séquelles permanentes suite aux électrochocs?
Malgré les recommandations de votre propre ministère, pourquoi n’apportez-vous aucun encadrement à cette pratique controversée? »

Force est de constater que les électrochocs sont bel et bien un enjeu féministe. D’ailleurs, le mouvement féministe a dénoncé à de mainte reprise l’aspect sexiste et patriarcal de la psychiatrie qui tend à diagnostiquer très facilement des problèmes de santé mentale aux femmes. On oublie facilement que derrière les étiquettes qu’on colle à ces femmes, se retrouve des réalités de vie forgées par des conditions structurelles, sociales et économiques. Si les diagnostics sont politiques, probablement que les traitements également!
En plus de déconstruire nos préjugés envers les personnes avec des problèmes de santé mentale, nous devrions également leur offrir tout le soutien qu’elles méritent. Des traitements humains et des ressources suffisantes qui prennent en compte les gens dans leur globalité et les situent dans leur environnement social. Encore plus important, nous devrions garder en tête que bien souvent c’est la société patriarcale qui nuit à la santé physique, psychologique et spirituelle des femmes. Et si c’était le patriarcat qu’il faudrait plutôt électrocuter?

Pour en savoir plus :

Les électrochocs – Aide-mémoire de l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ)

Le Comité Pare-chocs 

Électrochocs : un traitement toujours controversé – Reportage de la première chaîne de Radio-Canada

L’utilisation des électrochocs au Québec – Rapport de l’Agence d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé

Les électrochocs, une forme de violence contre les femmes – Bonnie Burstow, Ontario Institute for Studies in Education

Shock tactics. Why so many women are still coerced into electro-convulsive therapy – The Guardian

Électrochocs – Des femmes dénoncent! p.10-12

“Why isn’t the feminist blogosphere all over this?”

Psychiatry: Oppressive, Paternalistic Social Control & Bad for You, Mmm’kay?

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6 commentaires »

  1. Sybilline Said:

    Bonjour Lana, bonjour aux autres,

    Cet article me touche beaucoup, puisque ma grande-tante est toujours « soignée » avec des électrochocs. L’article correspond totalement à son profil! Elle a 68 ans, c’est une femme. Elle n’a pas donné son aval pour ce traitement, celui de son mari à bout suffisait…Le psychiatre a dit que les effets étaient positifs dans 90% des cas et a vraiment défendu cette « thérapie ».Elle ne voulait pas au départ avoir recours à cela, mais on lui a forcé la main et sa signature n’était obligatoire puisqu’on la considérait inapte à décider! Elle n’est pourtant pas folle, je l’ai eue au téléphone, juste faible et affligée.

    Elle est sortie de l’hôpital psychiatrique après 3 mois suite aux électrochocs. Elle subissait 2 à 3 séances par semaine avec anesthésie (comme dit dans l’article). Et maintenant, cela se poursuit. Elle souffre d’une grosse dépression suite à une fatigue liée à sa situation familiale très complexe. Pour donner une vague idée qui correspond un peu aux débats actuels, sa fille a fait une enfant toute seule et est partie en Espagne pour cela. Mais elle n’a pu l’assumer… et sa mère, entre autre, en a subi les frais.Aucune psychothérapie n’a été proposée pour cette femme âgée et fatiguée…Les électrochocs semblaient être la solution miracle!

    Cet article est très intéressant et correspond à la réalité d’AUJOURD’HUI!

    ¨Par contre, je n’aime pas trop le côté féministe de l’article. En effet, les hommes sont tout autant touchés par les problèmes psychiatriques. Il suffit de regarder le nombre de personnes qui interviennent sur ce blog pour ne pas en douter et voir que les hommes sont autant touchés que les femmes et se retrouvent peut-être plus souvent dans la rue. J’en vois davantage, me semble-t-il si on considère que 80% des SDF (lu dans un article) souffre de troubles mentaux.

    Cela dit, on peut se demander pourquoi les femmes sont plus sujettes à ce type de pratiques que les hommes. C’est une bonne question!

  2. Lana Said:

    Les maladies psychiatriques comme la schizophrénie touchent les deux sexes, mais je crois que les angoisses, les dépressions, les troubles alimentaires, etc… touchent davantage de femmes. Sans doute parce qu’on les diagnostique et les médicalisent plus facilement, en oubliant le contexte qui les provoque. .

  3. Sybilline Said:

    Les troubles alimentaires touchent très certainement plus les femmes, pas étonnant avec tous les clichés de maigreur qu’on nous assène à longueur de temps. Un jour, j’avais lu que les créateurs de mode cherchaient des corps qui s’effacent devant leur création, des corps-fantômes. Ils les ont trouvés: des jeunes filles à peine pubères, grandes et maigres. Et on veut toujours en matière d’esthétique ce qu’on n’a pas.

    A une époque, les signes de richesse se voyaient à la peau blanche immaculée. Ces femmes-là ne cultivaient pas les champs! La blancheur était un signe de beauté! Elles étaient rondelettes, signe de leur bonne santé à une époque où la famine n’était pas rare.

    Aujourd’hui, c’est le contraire. Nous avons tous les aliments à portée de main sans limites et la maigreur est alors portée aux nues.

    Concernant le reste (dépression, angoisse etc…), je ne suis pas sûre que les hommes soient moins touchés parce que je connais plus d’hommes que de femmes qui en sont atteints dans mon entourage éloigné ou proche. La rue est davantage constituée d’hommes, probablement car il est moins bien vu de ne pas travailler lorsqu’on est un homme qu’une femme.

    Je reste toujours un peu prudente sur la victimisation de la femme qui laisse finalement transparaître une inégalité qui existe dans certains domaines mais pas dans tous. Cela se compense si on regarde globalement. L’espérance de vie est bien plus grande chez les femmes que les hommes par exemple.

    Pour en revenir aux électrochocs, j’ai le sentiment en lisant l’article qu’ils sont prescrits aux personnes les plus faibles physiquement: femmes âgées. Mais pourquoi ce choix?

  4. udgg Said:

    pourquoi Elyn saks ne monte pas au créneau contre les electrochocs. En tant que défenseur de pratiques non-violentes considère-t-elle les chocs electriques intra-craniens comme une promenade de santé ?

  5. Lana Said:

    Elle a écrit un livre sur le droit de refuser les traitements. Je ne sais pas s’il parle ou non des électrochocs, je suppose que non puisque tu sembles connaître tous ses travaux et que tu nous dit qu’elle ne parle nulle part des électrochocs.

  6. udgg Said:

    Non je ne connais aucun de ses travaux. Je vous taquinais pour essayer d’y voir plus clair au sujet d’Elyn saks. C’est une très bonne chose ce livre. Après en pratique je ne sais quel est le réel pouvoir d’un malade face au rouleau compresseur ? Ne pas oublier qu’une énorme pression sociale / psychologique pèse sur les schizos pour les faire prendre leur traitement. Celui qui refuserait se retrouverait comme un tigre sauvage au milieu de l’arène d’un cirque. Les gens de cirque ne le supporteraient pas


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