Pro psychiatrie et anti force

Témoignage d’une professeur de droit et de psychiatrie qui est aussi schizophrène.

 

http://on.ted.com/Saks

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26 commentaires »

  1. Sybilline Said:

    Je trouve le témoignage très intéressant mais la traduction n’est pas très bonne surtout à la fin: on n’y comprend plus rien! J’ai essayé de trouver un livre traduit en français et ma recherche fut infructueuse. Dommage! En effet, le parcours de cette femme est passionnant:
    -on voit concrètement que tous ses délires ont été parfaitement retenus, qu’elle est capable de les analyser après coup RAISONNABLEMENT. Le fou n’est-il pas celui qui oublie dans l’opinion commune?
    -elle a su résister à la contorsion
    -elle s’est battue malgré ses faiblesses. Une grande preuve de courage!

  2. Lana Said:

    Oui, c’est une traduction google, donc pas terrible.
    Son livre n’est pas traduit, j’espère qu’il le sera.
    J’aime son message car elle a cru en elle quand les médecins la condamnaient, et c’est grâce à ça qu’elle s’en est sortie.

  3. Sybilline Said:

    Je n’ai pas bien saisi sa nationalité, car elle fait sa conférence en Ecosse à Edimbourgh, mais c’est de l’anglais. Et à nouveau comme le disait Alain, les Britanniques et Américains sont plus ouverts aux recherches dans ce domaine et davantage à la pointe du progrès. C’est effectivement un très beau témoignage, même si je n’ai pas tout compris sur la fin. Son parcours est de surcroît atypique. Cela montre qu’avec de l’espoir, on peut tout surmonter dans ce domaine et dans d’autres. Croire à la petite flamme positive qui brûle en soi est le meilleur des remèdes.

  4. Alain Said:

    Elle est américaine, elle a vécu son enfance à Miami est allée faire des études en Angleterre, à Oxford. Elle a réussi à faire une thèse en philo malgré ses problèmes qui s’agravaient, elle a été hospitalisée en Angleterre. Elle a ensuite fait des études de droit, toujours avec des problèmes psy. Elle a été suivie pendant trois ans par une psychanalyste, elle lui était très attachée, la séparation a été dramatique.

    Je suis en train de lire son livre, c’est dommage qu’il ne soit pas traduit. Je pense peut être à me proposer pour le faire, mais c’est un gros travail et je n’ai pas trop de temps. C’est bien dommage, car on manque de tels témoignages en France.

  5. Sybilline Said:

    Merci Alain pour ces précisions. Ce serait super si tu le traduisais et vraiment utile. Il faudrait le proposer à une maison d’édition…

  6. Lana Said:

    Ca marche plutôt dans l’autre sens: une maison d’édition achète les droits d’un livre et puis engage un traducteur.

  7. udgg Said:

    cette femme est une enigme. Une prof de psychiatrie sous traitement antipsychotique. beaucoup d’aplomb et d’assurance, mémoire excellente. Je me demande quelle pilule magique cette femme a avalée ?

  8. Sybilline Said:

    Dommage que ça fonctionne dans l’autre sens Lana. Encore faudrait-il qu’une maison d’édition s’intéresse à ce livre…C’est étonnant que ça n’ait pas encore été fait dans la mesure où cette femme a un parcours atypique qui donne envie d’en savoir plus…Elle renverse les clichés établis.

  9. Lana Said:

    Le livre est assez récent et a eu un article de plusieurs pages dans Books, une revue française qui parlent des livres étrangers. Donc on ne sait jamais.

  10. udgg Said:

    de l’endroit où elle se trouve, je ne vois pas comment cette professeure peut critiquer la psychiatrie ? (les violences psychiatriques) A moins d’interpréter cela comme un avatar schizophrénique supplémentaire (pour et contre à la fois) Eclairez-moi ?

  11. Alain Said:

    Elle décrit très bien dans son livre la douleur extrême et les frayeurs insoutenables qu’elle a ressenties quand elle a été soumise à ce traitement dans un hôpital américain à New Haven. Elle a ensuite décroché un diplôme de droit et s’est spécialisée dans le droit des personnes malades et a toujours combattu ce genre de pratiques inhumaines et dégradantes. Elle décrivait par exemple la terreur qu’elle ressentait car elle était envahie par des pensées qui lui faisaient croire que des ennemis surpuissants voulaient l’anéantir. Se retrouver seule et attachée la laissait à la merci de ses assailants.

    Un jour, elle a discuté de ça avec un psychiatre et celui ci lui a dit : « non, vous ne comprenez pas, ces gens-là ne sont pas comme vous et moi, ils ne sont pas normaux, ils ne ressentent pas la douleur que nous ressentirions ». Elle n’avait pas révélé son passé de malade psychiatrique et ce médecin s’était trahi.

    Elle dit aussi dans son livre que la Grande Bretagne a (eu) une longue tradition, de plus de deux siècles de non utilisation de la contrainte physique, ce qui montre bien qu’elle n’est ni nécessaire ni bénéfique pour le patient.

  12. Lana Said:

    Il est tout à fait courant que les gens critiquent leur travail, leurs pratiques, etc. C’est même quelque chose de très banal, je ne vois pas où est le problème.

  13. udgg Said:

    il y a contraintes physiques et contraintes chimiques. Cela est inscrit dans la loi et s’appelle obligation de soins également une violation des droits de l’homme les plus élémentaires peu ou prou assimilable au viol. Donc si l’on est quelqu’un faisant autorité au sein de ce système juridico-médical, je ne vois pas comment renier ce qui y est intrinséquement lié. Vous n’allez tout de même pas prétendre que la psychiatrie est exempte de violences dont la plus courante la camisole chimique ?

  14. Lana Said:

    Je n’ai pas dit que la psychiatrie était exempte de violence, je ne vois simplement pas pourquoi quelqu’un travaillant en psychiatrie ne pourrait pas critiquer cela.

  15. Sybilline Said:

    A Lana,

    J’espère que le livre sera traduit un jour.

    A Alain,

    Merci pour le résumé que tu fais du livre d’Elyn Saks, c’est intéressant! J’ai lu dernièrement en travaillant sur un tableau d’Odilon Redon qui représente de façon allégorique la folie que celle-ci était respectée et acceptée durant la Renaissance, qu’elle signifiait quelque chose, qu’elle faisait passer un message sur le monde dans lequel on vit, qu’il fallait savoir écouter. Il suffit de lire « L’Eloge de la folie » d’Erasme pour s’en persuader. C’est au XVIIème siècle qu’elle est devenue « l’ennemie » à abattre, un siècle où la raison domine, où les règles envahissent le devant de la scène, moment où l’on refuse que les choses nous échappent. Et depuis, on n’a pas su écouter et donc comprendre ce qu’elle signifie, ce qu’elle dit.

    Or, pour venir à bout des souffrances qu’elle exprime, il faut en comprendre les causes et savoir l’écouter: ce qu’on refuse de faire depuis des siècles. Car l’inconnu fait peur…Le fonctionnement du cerveau est encore très mal compris, mais personne ne le dit, car cela demanderait de faire preuve d’humilité face à une réalité qui nous échappe, qu’on veut enfermer, « contentionner » à qui on veut faire violence parce qu’on refuse notre impuissance et notre faiblesse à ne pas tout maîtriser.

  16. udgg Said:

    En général les personnes qui se mettent en porte à faux avec les normes en vigueur dans leur travail se font virer ou mettre au placard

  17. udgg Said:

    Lana: un haut gradé de l’armée peut-il s’insurger contre le fait que les militaires bombardent,mitraillent,atomisent et commettent des exactions sur les populations civiles ? Cela a toujours existé et existera aussi longtemps que des hommes en arme se trouveront sur des champs de bataille

  18. Lana Said:

    Eh bien, si personne ne peut faire changer ses conditions de travail, y compris les gens travaillant en psychiatrie, ne parlons plus des problèmes qui existent. Le monde est immuable et faisons avec.

  19. Alain Said:

    Elyn Saks, toujours elle, dit des choses intéressantes à propos des traitements médicamenteux. Son ambition était de montrer à tous et en particulier à elle même qu’elle n’était pas vraiment malade mentale, ce qui pour elle était le signe d’un échec terrible et d’une condamnation. Pour cela, elle a essayé de fonctionner sans médicaments, elle suivait une analyse qui a pris beaucoup de temps et qui l’a aidée à surmonter des épreuves. Pourtant, à certains moments, elle tombait dans ce qu’elle nomme la psychose, une épreuve très douloureuse où des monstres l’attaquaient où ses pensées tuaient des milliers de gens. Elle tenait alors des propos incohérents (mais dont elle se souvient) et son entourage la convaincait de consulter son médecin. celui ci lui disait de prendre des neuroleptiques ou d’augmenter la dose. Au début, elle s’y refusait puis se laissait convaincre car sinon, c’était l’hospitalisation et les soins sous contrainte.

    Après la prise de médicaments, au bout de quelques jours, son état s’améliorait et elle était capable de fonctionner à nouveau normalement et de réussir des études très difficiles. En la lisant, on s’aperçoit que c’est quelqu’un de très brillant et d’une volonté de fer. Elle se rendait compte que les médicaments l’avaient sauvée une fois de plus. Puis le temps passant, elle se disait qu’elle pouvait à nouveau s’en passer puisqu’elle était « normale ». le cycle recommençait alors, psychose, crise, menaces et médicaments.

    Elle avait très peur en particulier de l’effet de dyskénésie tardive qui était le fait des antipsychotiques de la génération précédente. Elle se rendait compte malgré tout que sans médicaments elle aurait échoué à l’hôpital ou à la rue.

  20. udgg Said:

    Il ne s’agit pas de changer des conditions de travail. Le problème c’est comment gérer une population de malades mentaux pour la plupart improductifs et peu socialisables. Pour l’instant la réponse unamine consiste à « désactiver » ces cervelles « rebelles » afin que le cours « normal » des choses / le travail puisse se poursuivre

    Je ne doute pas de la volonté de fer de cette femme. Simplement compte tenu de son vécu et de son expérience en psychiatrie, je trouve incompréhensible ce besoin de lier son destin à celui d’une institution qui très probablement lui a infligé un certain nombre de traumatismes et vraisemblablement continue à le faire. Je ne crois pas au grand amour entre malades et psychiatres

  21. Sybilline Said:

    A nouveau ce que tu dis Alain est vraiment intéressant. Merci pour ces résumés en pointillé!

    Je crois que c’est aussi passionnant et essentiel de connaître une personnalité comme Elyn Saks qui a été des deux côtés de la barrière: elle sait ce qui se passe en psychiatrie et a elle-même dû supporter les souffrances de la psychose. Cette double casquette fait de cette personne un être à part et surtout un espoir pour tous ceux qui vivent la maladie au quotidien. Avec du courage, on peut arriver à ses rêves et notamment guérir et même soigner des gens. Il semblerait que combattre la maladie comme un guerrier le ferait avec son pire ennemi peut porter ses fruits. Ne pas se laisser entraîner par elle, refuser la fatalité. C’est aussi cela que défend Lana, me semble-t-il. Cette pensée est importante pour avancer et se sentir mieux. L’espoir fait vivre…

    Par contre, je me demande comment faisaient les gens avant quand les médicaments n’existaient pas…Même Elyn Saks n’a pu y échapper.

  22. udgg Said:

    Quelle est la chose la moins haissable ?
    un « android pacifié » correctement aligné sur la doxa mais absent ( oh nuage oh mon beau nuage ) ou bien
    un tigre fraîchement débarqué de sa jungle natale et plongé de force au milieu d’un cirque
    C’est ainsi que je vois l’alternative schizo principale

  23. Sybilline Said:

    Udgg,
    Tu me fais penser à quelqu’un qui est intervenu il y a un certain sur le blog…C’est étrange car cette renaissance ne me semblait pas possible techniquement! Je reconnais chez toi comme chez lui un art de la métaphore, un rejet des médicaments et de la psychiatrie avec un peu moins d’animosité avec le temps…

    Je pense qu’on a le droit d’être positif, il me semble même que ce soit la seule chose qui permette à tout être humain (psychotique ou pas d’ailleurs) d’avancer et de ne pas sombrer. La vie est trop dure et trop cruelle pour ne pas avoir besoin de la béquille du rêve et des idéaux.

    J’apprécie ce que Lana défend: l’idée d’une psychiatrie plus humaine tout comme Elyn Saks. Les soins sont nécessaires, mais peuvent vraiment être améliorés et c’est beau, encourageant de voir des gens qui y croient et se battent pour.

  24. udgg Said:

    tu as raison sybilline. On peut très bien se représenter la psychiatrie comme une sorte de phénomène religieux avec ses totems : la sanitude, les médicaments, le soin, le délire, la contention, le schizo comme réprouvé universel etc etc…..En revanche je ne pense pas que la problématique schizo relève du religieux. C’est au contraire quelque chose de très concret. Le schizo est enraciné à la terre bien plus profondément que tout autre et c’est peut-être pour cette raison qu’il s’attire autant de mépris.

  25. Sybilline Said:

    Ce que je voulais dire Udgg, c’est qu’il faut lutter contre ce mépris et il n’est pas partout présent. Il y a surtout beaucoup de désinformation. J’ai discuté avec des M.tout le Monde sur ce sujet et quand on creuse un peu, on sent que les gens sont prêts à écouter, à voir les choses autrement, encore faut-il leur expliquer et leur donner d’autres exemples que ceux visibles dans les médias. Dans les journaux notamment ou au journal télévisé, les schizophrènes sont dangereux et imprévisibles. Il faut donc les fuir. Voilà en gros l’idée transmise, sans montrer autre chose: ceux qui s’en sortent, ceux qui subissent la maladie sans jamais être violents, ceux qui vivent le mépris au quotidien ou ceux qui doivent se taire pour ne pas être jugés etc…

    Ce que j’aime sur le blog de Lana, c’est le sentiment qu’elle participe à ce changement avec d’autres aussi. Ils refusent la fatalité et la vision des autres véhiculés par des préjugés enracinés dans notre culture et particulièrement dans les faits divers. Mais ce rejet des gens touchés par les problèmes psychiatriques vient de loin: du XVIIème siècle.

    Ce que je trouve très difficile en psychiatrie, c’est qu’il faut lutter contre une maladie -qui n’a rien de honteux comme on le montre souvent-. Elle se manifeste entre autre par des hallucinations, un monde qui ne se montre plus comme on a l’habitude de le voir. La personne vivant cette expériences « extraordinaire » est totalement déboussolée lorsqu’elle le vit et EN PLUS il faut qu’elle lutte contre le mépris de ceux qui ne comprennent pas et qui ont peur. C’est infernal!

    Je peux donc en conclure que ceux qui s’en sortent sont DOUBLEMENT courageux: ils ont guéri d’une maladie grave et ont en plus affronté le regard des autres et l’ont surmonté.

    Or, quand on est malade, on a besoin de soutien, pas de devoir encore lutter…

    Si ce sujet me touche autant, c’est que des personnes que j’aime y sont confrontées ou y ont été confrontés et que je ne supporte pas cette injustice. Je crois qu’on peut être optimiste et faire en sorte que le regard change, que la psychiatrie soit plus humaine. C’est de toute façon un combat quotidien.

  26. Lana Said:

    Quand on parle aux gens, on se rend compte que la plupart sont ouverts et n’ont pas les préjugés qui courent dans les médias, ou les abandonnent très vite. Et puis des tas d’autres gens sont victimes de bien plus de mépris, comme les Arabes ou les homosexuels, qui le vivent tous les jours dans les médias, bien plus que nous. Rester dans un rôle de victime ne sert à rien. Se penser la pire des victimes de la société non plus. Il y a des tas de gens qui vivent ça, ils se trouvent qu’on en fait partie, à nous de nous bouger pour que ça change.


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