Folie et création

La maladie mentale n’est pas restreinte à tel ou tel groupe ethnique, racial, religieux ou financier. Chacun peut en être
victime à un moment ou à un autre.
Bien que la plupart des maladies mentales aient des effets dévastateurs sur les personnes affectées, beaucoup ont découvert que ces maladies peuvent produire une extraordinaire clarté,
inspiration et créativité.
Vous trouverez ci-dessous les noms de nombreuses personnes qui ressentirent non seulement la dévastation mais aussi le potentiel de création extraordinaire ainsi que le courage de s’en servir. C’est une longue liste. Merci
de prendre le temps de la parcourir complètement.
Abraham Lincoln
Le seizième président des Etats-Unis, admiré, souffrait de dépressions cliniques sévères et incapacitantes qui parfois le conduisaient à penser au suicide.
Virginia Woolf
La romancière britannique qui a écrit le phare et Orlando a souffert des basculements d’humeur de la maladie bipolaire qui incluait des périodes fiévreuses de création littéraire et des semaines passées dans le gouffre de la dépresssion. Anthony Storr a écrit son histoire dans « la dynamique de la création »?
Lionel Aldridge
Comme défense du légendaire Green Bay Packer des années 60, il a participé à deux super Bowls. Au cours des années 70, il a souffert de schizophrénie et a vécu à la rue deux ans et demi. Avant sa mort en 1998, il a prononcé de nombreux discours inspirants au sujet
de sa lutte contre la schizophrénie paranoïde.
Eugene O’Neill
Le célèbre auteur de théatre, l’auteur du « long voyage dans la nuit » et de « Ah, contrée sauvage ! » est connu pour avoir souffert de dépression clinique.
Ludwig van Beethoven
Le compositeur brillant est connu pour avoir soufferte de la maladie bipolaire. Cela est documenté dans  » La clé du génie : maniaco-dépression et la vie créative » de D. Jablow Hershman et Julian Lieb
Gaetano Donizetti
Le célèbre chanteur d’opéra souffrait de maladie bipolaire.
Robert Schumann
Le poête inspiré de la souffrance humaine a vécu avec la maladie bipolaire, c’est l’une des personnes les plus créatives décrites dans « la dynamique de la création » de Anthony Storr.
Leo Tolstoy
L’auteur de la guerre et la paix, Tolstoy a révélé la profondeur de sa propre maladie mentale dans ses mémoires. Il souffrait de dépression clinique, hypocondrie, alcoolisme et consommation de drogues. Ses expériences sont décrites à la fois dans « la dynamique de la
création » d’Anthony Storr et dans « le monde intérieur de la maladie mentale : une suite de récits à la première personne de ce que cela était » de Bert Kaplan.
Vaslov Nijinsky
Son autobiographie, the Journal de Vaslov Nijinsky, décrit la bataille du danceur avec la schizophrénie.
John Keats
La maladie mentale célèbre du poête est décrite ainsi que celle ne nombreux autres dans « la dynamique de la création » d’Anthony Storr et dans « le cerveau brisé : la révolution biologique en psychiatrie » par Nancy Andreasen, médecin.
Tennessee Williams
L’auteur de théatre a écrit à propos de sa bataille personnelle avec la dépression clinique dans ses propres mémoires, c’est également décrit dans « L’ange de cinq heures : lettres de Tennessee Williams à Maria St Just, 1948-1982; « La gentillesse des étrangers : la vie de Tennesse Williams » de Donald Spoto; et dans « Tennessee : cri du coeur » de Dotson
Vincent Van Gogh
La maladie bipolaire dont souffrait ce célèbre peintre est décrite dans « la clé du génie : maniaco-dépression et vie créative » de D. Jablow Hershman, Julian Lieb et dans « Cher Theo », l’autobiographie de Van Gogh.
Isaac Newton
On soupçonne que le mathématicien et scientifique britannique qui formula la théorie de la gravitation souffrait de maladie bipolaire, c’est décrit dans « la dynamique de la création » d’Anthony Storr et dans « la clé du génie maniaco dépression et vie créative  » de D. Jablow
Ernest Hemingway
Les combats du romancier vainqueur du prix Pulitzer avec la dépression suicidaire est examinée dans « le vrai génie : portrait intime d’Ernest Hemingway par ceux qui le connaissaient » de Denis Brian.
Sylvia Plath
Le suicide de cette poétesse et romancière est le résultat de sa lutte de toute une vie contre la dépression clinique, c’est décrit dans « examen attentif d’Ariel : mémoires de Sylvia Path » par Nancy Hunter-Steiner.
Michelangelo
« La dynamique de la création » d’Anthony Storr parle de la maladie mentale de l’un des plus grands génies artistiques.
Winston Churchill
La citation « Aurait-il été un homme stable, il n’aurait jamais pu inspirer la nation. En 1940, alors que tout condamnait la Grande Bretagne, un chef au jugement sobre aurait très bien pu conclure que nous étions finis » a été écrite par Anthony Storr à propos de la maladie bipolaire de de Churchill dans « Le chien noir de Churchill, la souris de Kafka et autres phénomènes de l’esprit humain ».
Vivien Leigh
L’actrice britanique des années 50 et 60 star d’ « Autant en emporte le vent » et d' »un tramway nommé désir » souffrait de la maladie bipolaire, comme décrit dans « Vvian Leigh : biographie » de Ann Edwards.
Jimmy Piersall
« La vérité fait mal », écrit par le jouer de baseball des Boston Red Sox décrit en détail son expérience de la maladie bipolaire.
Patty Duke
L’actrice qui a remporté l’Academy Award a révélé sa maladie bipoliare dans son autobiographie et dans le film télé « Appelez moi Anna » et dans « une folie brillante : vivre avec la maladie bipolaire » écrite en commun avec Gloria Hochman.
Charles Dickens
La dépression clinique de l’un des plus grands auteurs de la langue anglaise et décrite dans « Clé du génie : maniaco dépression et vie créative » de D. Jablow Hershman et Julian Lieb et « Charles Dickens : sa tragédie et son triomphe » d’Edgar Johnson.
John Forbes Nash
Mathématicien, auteur de la théories des jeux appliquée à l’économie, vainqueur du prix Nobel en économie en 1994, souffrait de schizophrénie paranoïde. Il fut aussi le sujet du livre et film « Une belle âme ».
Titres en anglais des livres non traduits:
« The Dynamics of Creation » par « Anthony Storr  »
« Manic Depression and the Creative Life » par « D. Jablow Hershman » et « Julian Lieb »
Traduit par Alain
http://www.stampoutstigma.net/famous.html

16 commentaires »

  1. Sybilline Said:

    Merci à Lana d’avoir publié cet article et merci à Alain de l’avoir traduit de l’anglais. En effet, on peut regretter qu’en France très peu d’articles de ce type paraissent. On a souvent un discours misérabiliste sur des phénomènes de la psyché qui nous dépassent. En y regardant de plus près, on se rend compte que de grands génies avaient des troubles psychiques graves qui les ont parfois conduits à la mort. Cela ne les a pas empêchés d’être de grands hommes et de développer leur talent dans le milieu artistique.

    J’ai fini par me demander s’il n’y avait pas parfois un lien entre une forme de folie et de génie. En effet, le génie n’est-il pas celui qui explore des mondes parallèles non balisés et peut donc y perdre la raison ou paraître en dehors de ce que nous appelons le RAISONNABLE? Jusqu’où chaque être peut-il aller? La folie explore-t-elle les limites de la raison? Où commence la création et où commence la folie? Où est la frontière? Sommes-nous tous égaux dans cette exploration d’un monde qui nous dépasse? Les mystères du cerveau…

    Cet article pose finalement plein de questions fondamentales qui restent pour la plupart sans réponse, tant la recherche en ce domaine reste à faire.

  2. Alain Said:

    Bonsoir Sybilline, bonsoir à tous

    Ceux qu’on appelle les génies sont ceux qui ont su bousculer les traditions, aller au delà du raisonnable, faire reculer les frontières de la connaissance ou de l’art. C’est aussi ce que fait la folie, dans le sens de délire ou d’hallucinations : une coupure de la réalité, une exploration de gouffres ou de pics brulants, des idées extraordinaires, inconcevables par un individu normal. On peut s’en faire une idée en pensant aux cauchemars que tous ont fait.

    Il faut cependant aux génies de l’obstination et une très grande force de concentration, ce qui n’est pas donné à tous ceux qui sont malades.

    C’est vrai qu’en France, on a l’impression qu’on passe sous silence cet aspect de la personnalité des grands auteurs. Qui sait que Balzac était bipolaire, pour ne donner qu’un exemple. Pourquoi ce tabou en France ? C’est le règne de la Raison, la peur de l’âme ? C’est ce qu’exprime C Jung dans ses écrits.

  3. Sybilline Said:

    Merci Alain pour cette intervention que je ne lis que ce soir. Je repense à cette très belle phrase d’Anatole France: « j’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence. » J’ai bien aimé aussi ce lien que tu m’avais fait parvenir sur une histoire racontée par ce même auteur, montrant finalement que ce qu’on appelle délire est un moyen pour certains de se protéger de la violence d’une société qui est réellement folle parfois mais qu’on oublie:
    http://clicnet.swarthmore.edu/litterature/classique/france/fous.html

    Ce même thème est traité dans « Hamlet ». Le fou n’est pas celui que tout le monde croit fou, mais celui qu’on ne soupçonne pas, l’ambitieux, le traître fratricide et régicide, caché derrière sa couronne.

    Pour en revenir à ce que tu dis dans ton dernier paragraphe, je sais que la société a basculé dans une Raison stricte à partir du XVIIIème siècle. On n’a plus écouté cette part de folie et de créativité. On n’a fait que la chasser et la piétiner. La folie est devenue un tabou qu’on a tenté de cacher et qu’on n’a pas cherché à expliquer ou à comprendre.

    Ton article est vraiment passionnant car il nous rappelle que de nombreux génies avec ce grain de folie qui leur a permis de devenir de grands hommes. Je ne savais pas par exemple que Dickens était atteint de la maladie bipolaire (ou maniaco-dépression) ainsi que plusieurs membres de sa famille. Idem pour Abraham Lincoln et Newton.

  4. J’ai appris aussi pour beaucoup qu’ils étaient malades, j’ai l’impression qu’en France, on passe ça sous silence.

    Le siècle de la Raison et des raisonneurs, on le présente comme la merveille des merveilles, mais est-on si sûr que ce soit si bien que ça. Tout n’est pas à jeter, bien sûr…

    Bonne soirée

  5. Sybilline Said:

    Le siècle des Lumières a permis la création de l’Encyclopédie (D’Alembert/Diderot), l’avancée de la science, la remise en question des superstitions, mais finalement d’autres valeurs se sont perdues en route.

    C’est finalement assez orgueilleux de penser que l’homme peut tout expliquer. Or, c’est un peu le credo de ceux qui défendent la Raison avant tout le reste. Il faut toujours tout prouver et tout ce qui sort du cadre est suspect.

    Je viens de voir un très beau court-métrage d’un grand réalisateur japonais du XXème siècle (Kurosawa), admiré par Scorcese et Spielberg. Ce court métrage, présent dans « Dreams » d’Akira Kurosawa (connu pour ses « 7 samourais ») s’intitule: « le village des moulins à vent ». Le Sage, âgé de 100 ans environ, critique la science et revendique un retour à la nature, à nos sources. Il dit: « Les scientifiques méconnaissent le sens profond de la nature. Beaucoup de gens admirent les inventeurs. Nous avons pourtant tout saccagé et souillé. Tout ceci souille le cœur des hommes. »
    Le film remet en cause le progrès, l’avancée de certaines technologies qui nous ont conduit à nous couper de la nature et à perdre une certaine joie de vivre, celle du contact avec la terre, d’une certaine simplicité.

    L’orgueil de certains scientifiques ou de gens qui se cachent derrière une Raison toute-puissante nous conduit à un mépris de ce qu’on nomme « folie » et qui n’est parfois qu’une façon qu’a l’inconscient d’exprimer ce qu’il ne peut faire par des mots ou par des discours raisonnables qui le brident. Je trouve que cette approche de la folie comme porte d’ouverture de la création est intéressante et nous sort d’un discours univoque si présent dans notre société et qui vient de loin: du siècle des Lumières.

    Le XVIème proposait une approche beaucoup plus juste et plus ouverte face à ce que nous ne maîtrisons pas, il suffit de lire Erasme et son « Eloge de la folie » qui remporta un franc succès et qui a traversé les siècles…

    Bonne soirée à tous

  6. Sybilline Said:

    En travaillant sur un tableau d’Odilon Redon qui souffrait de dépression, j’ai trouvé un très bon historique de la façon dont la folie a été considérée au fil des siècles. En voici la synthèse avec le nom de l’auteur à la fin et la bibliographie indicative:

    La folie n’existe que dans une société constituée et par rapport à elle : c’est un fait de civilisation. Elle a longtemps été associée aux forces surnaturelles – bénéfiques ou maléfiques – qui président aux destinées de l’homme : une manifestation du tragique de la condition humaine. Par voie de conséquence, la folie fascine, trouble, fait peur : le fou semble détenir les clés d’un monde situé aux confins de la vie et de la mort, un monde étranger au commun des mortels et qui dépasse son entendement.

    Jusqu’à la Renaissance, le fou est craint et respecté en tant que tel. Au XVIIe siècle, l’émergence du rationalisme cartésien réduit au silence la grande folie baroque naguère si présente dans les œuvres de Jérôme Bosch (vers 1453-vers 1516) ou de Pieter Bruegel l’Ancien (vers 1525-1569) : raison et folie s’excluent radicalement.

    À l’âge classique, la folie est synonyme de passion, d’excès, de fantaisie, de rêve, de déraison, d’atteinte aux règles et aux normes sociales, d’exaltation de l’individu au détriment du groupe, d’intrusion de la force vitale et de la dimension du sacré dans l’organisation de la vie collective. Le fou vit en marge de son groupe d’appartenance, le dérange, le conteste ou prétend le transformer de façon radicale.

    Dans la société rationnelle du siècle classique, la folie n’a plus sa place, et son exclusion se réalise dans le domaine des institutions par l’enfermement : le fou doit être interné ; même comme fou du roi, il n’a plus sa place dans la société des hommes libres. Il revient au XVIIIe siècle d’avoir opéré cette grande coupure de la raison et de la déraison, dont l’internement n’est que la manifestation institutionnelle et qui subsiste, dans notre philanthropie positiviste et médicale, sous la forme de nos actuels hôpitaux psychiatriques.

    Auteur : Alain GALOIN

    ——————————————————————————–

    Bibliographie
    Marie-Noëlle DANJOU, Raison et folie, Paris, L’Harmattan, coll. « Psychanalyse et Civilisation », 2001.
    Michel FOUCAULT, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Plon, 1961.
    Jean GILLIBERT, Folie et création, Seyssel, Éditions du Champ Vallon, 1990.
    Jean THUILLIER, La Folie. Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1996.

  7. Sybilline Said:

    Voici également un article que m’avait fait lire Alain et que je trouve très approprié au sujet pourtant pas tellement approfondi aujourd’hui et qui mériterait le détour pour porter un autre regard sur ceux qu’on dit être « fou ». Mais comme vous le remarquerez, ce ne sont toujours pas les Français qui ont fait cette étude, mais des Suédois.

    Lien entre créativité et santé mentale

    [best of hopital.fr] Une étude Suédoise publiée en 2012 dans le Journal of Psychiatric Research a mis en exergue le lien entre créativité et santé mentale.

    Une étude de grande ampleur

    Le Dr Simon Kyaga, de l’institut Karolinska a mené cette étude sur plus d’un million de patients et leurs familles qu’il a suivi sur 40 ans. Le but était d’étudier le lien entre maladies mentales (schizophrénie, troubles bipolaires, autisme, addictions…) et créativité à travers des professions artistiques et scientifiques.

    Un lien fort entre les maladies mentales et les écrivains

    Les résultats de l’étude n’ont pas montré de lien significatif entre esprit créatif et maladie mentale, à part pour les personnes atteintes de troubles bipolaires.
    En revanche, le lien est très significatif pour les écrivains. L’étude a montré que ces derniers sont statistiquement plus atteints de maladies mentales, que ce soit par la schizophrénie, les troubles bipolaires, la dépression, les addictions ou les pulsions suicidaires.
    Un autre résultat de l’étude corrobore la thèse de lien entre maladies mentales et créativité : d’après les statistiques, les personnes atteintes de maladies mentales ont en proportion plus de « créatifs » dans leur famille proche.

    Des résultats à approfondir

    Cette étude montre donc qu’il existe un lien entre créativité et maladies mentales, essentiellement chez les écrivains. En revanche, elle ne permet pas de savoir si ce sont les maladies qui poussent à écrire, ou le fait d’écrire qui rend malade. Dans tous les cas, ces découvertes prennent part à la réflexion sur l’origine de la créativité.

    http://www.hopital.fr/Hopitaux/Espace-Sante-mentale/Actualites/Lien-entre-creativite-et-sante-mentale

  8. Alain Said:

    Merci pour ces informations très intéressantes.

    L’article signé neurofeedbackschizo, c’était moi, la signature s’est mise automatiquement.

    Alain

  9. Philippe Said:

    Article intéressant même si je trouve certains commentaires assez caricaturaux et réducteurs envers les scientifiques. Mais chacun est libre de s’exprimer.

    En tant que Mathématicien, je tiens à apporter une précision concernant John Forbes Nash. Selon mes informations, on ne peut pas considérer que sa schizophrénie ait été une force mais plutôt un handicap dans son parcours. Ses travaux sur le théorie des jeux, qui lui ont valu un prix Nobel, ont été effectués avant que la maladie ne se déclare. Il n’a ensuite rien publié pendant de longues années durant lesquelle sa maladie était présente. C’est seulement avec le temps et l’affaiblissement des symptômes que son génie a pu à nouveau ressortir à travers ses recherches.
    Un rapide résumé se trouve sur Wikipédia.

  10. Lana Said:

    Je suis assez d’accord avec toi, Philippe, je crois que la maladie est plutôt un handicap dans la vie intellectuelle de ceux qui ont fait de grandes choses, même si elle peut inspirer certains artistes.

  11. Sybilline Said:

    Il est vrai que mes interventions peuvent faire penser que la maladie favoriserait le génie. Je ne crois pas…C’est important de rappeler le lot de souffrances. Par contre, ce que je trouve intéressant dans l’article traduit et les recherches que j’ai pu faire, c’est de montrer que des gens ont réussi à devenir des génies, malgré ce handicap. C’est malgré tout une lueur d’espoir et quelque chose qui est assez rarement exprimé. La maladie n’empêche pas le génie. On peut se demander par ailleurs pourquoi tant d’écrivains étaient atteints de maladies psychiques.

    Je suis un peu dure avec les scientifiques, même si je pense que cette recherche rigoureuse est importante. Mais attention à l’orgueil parfois. Si la psychiatrie, prolongement de la médecine et donc de la science, n’est pas aussi efficace qu’on pourrait le penser, c’est bien aussi parce que le regard sur les gens n’est pas toujours juste et bon. Je crois que c’est important de montrer que tout handicap peut être surmonté.

    Ce qui est intéressant aussi à voir, c’est qu’en France peu de recherches existent sur cette corrélation entre génie et folie alors que d’autres pays plus en avance au niveau psychiatrique, adoptant des méthodes plus modernes et moins accablantes s’y penchent: Suède, pays anglo-saxons. Pour avoir accès à cette information, il faut bien maîtriser l’anglais comme c’est le cas pour Alain qui nous fait partager cette traduction. Cela donne aussi des informations sur ce qui se fait chez nous, mais en comparant avec ailleurs, on voit de nettes différences. Le regard qu’on porte sur l’autre, sur l’objet de la recherche est essentiel. On l’oublie trop souvent quand on fait des sciences. Le problème éthique est essentiel. Trouver des médicaments, oui, mais dans quel but?

    Pour moi, dans le métier de psychiatre, un des fondamentaux, c’est d’estimer les gens qu’on a en face de soi, de croire en leur guérison et de chercher à comprendre ce qui se passe dans leur esprit sans les traiter en inférieur comme le faisait Jung qui a même eu une relation passionnelle avec l’une de ses patientes qui a guéri, dit-on, en partie grâce à ses recherches et à son amour (le film « L’âme en jeu » en parle). Tout ceci est naturel, pas besoin de médicaments, juste besoin d’humanité, de foi et d’amour…

  12. Sybilline Said:

    Je tenais à ajouter que j’ai été amenée il y a quelques mois à aller dans un hôpital psychiatrique. J’y ai vu beaucoup de jeunes démunis, laissés à l’abandon par des familles qui ne savent pas gérer, probablement pas aimer. On peut se demander aussi si la souffrance de la maladie et sa croissance ne viennent pas de bases affectives qui n’ont pas été données à l’enfant, d’une angoisse transmise par les parents qui crée un déséquilibre et une grande souffrance. On parle toujours de dérèglement du cerveau mais quid des dysfonctionnements affectifs? A un moment, l’épreuve est trop forte et c’est l’ensevelissement dans la maladie, car l’adolescent n’a plus les armes pour combattre les difficultés de la vie. Il s’effondre et sa raison se craquèle.

    Concernant Nash, je ne connais pas précisément son histoire. Le film a permis de se faire une vague idée des symptômes de la schizophrénie. Mais je trouve surtout qu’il a permis quelque chose d’essentiel, c’est de montrer que les schizophrènes ne sont pas tous des criminels dangereux au grand public. C’est déjà un grand pas.

  13. Alain Said:

    Je suis persuadé que la créativité est à mettre au compte de la maladie chez certains génies, même si les phases dépressives sont accablantes et lui nuisent. C’est ce qu’exprime le livre que je me suis procuré et qui traite des malades bipolaires.

    Il faut avoir fait l’expérience de troubles extraordinaires pour échapper aux lieux communs et développer des théories radicalement nouvelles. C’est le cas de Newton, c’est aussi le cas de C Jung qui a échafaudé une théorie incroyablement perspicace sur les mythes et sur l’inconscient collectif. Il donne un éclairage inédit sur la religion et, bien qu’il n’en fasse que peu mention, je pense que ses périodes de délire ont été décisives dans ce processus.

    Tout cela va à l’encontre des croyances généralement émises, particulièrement en France, qui voudraient que les malades sont des moins que rien et que le pronostic est toujours fatal.

  14. Sybilline Said:

    C’est intéressant, Alain, ce que tu dis. Peut-être que le fait d’avoir vécu des choses hors normes permet aux créateurs de dire ce qu’ils ont perçu dans un ailleurs méconnu du commun des mortels.

    Je pense cependant que lors de grosses crises, ces mêmes créateurs peuvent être bloqués dans leur processus d’écriture ou d’invention tant la souffrance est accablante. Ces exemples rappellent aussi que les crises sont passagères et que lors des moments de lucidité et de bien-être ces gens poursuivent une vie « normale ». Je crois que cet aspect est à prendre en compte également. Les symptômes de la maladie ne sont pas constants.

  15. Alain Said:

    C’est particulièrement vrai de la maladie bipolaire avec des phases euphoriques et des dépressions. Dans le cas de la schizophrénie, c’est moins clair, mais on entend souvent dire qu’il y a une sorte de continuum entre les deux maladies.

    Et c’est vrai que les symptômes ne sont pas permanents tout au long de la vie.

  16. Sybilline Said:

    Je suis en train de lire un article sur le rapport entre délire et religieux. En effet, j’ai pu remarquer en croisant les témoignages que Dieu et le Diable étaient souvent présents dans les délires, sans que j’en comprenne le sens…

    Voici le lien vers le dossier en parlant:

    Cliquer pour accéder à Les-contenus-religieux-du-d%C3%A9lire-schizophr%C3%A9nique.pdf

    L’auteur nous dit que des scientifiques commencent à voir un lien entre la grande créativité et la schizophrénie. Selon une recherche de la commission européenne (CORDIS, 2010), la créativité et la schizophrénie partagent les mêmes voies cérébrales. Cela expliquerait pourquoi autant d’artistes auraient eu des troubles similaires. Aristote aurait reconnu en son temps des liens entre génie et folie.

    Comme dit l’auteur, cela ne retire pas la souffrance malheureusement d’une telle maladie, ni non plus parfois les idées fausses dans les délires religieux. Mais je pense que vu sous cet angle, des voies de guérison pourraient être trouvées, notamment dans la gestion de ces voix, de cette énergie psychique qui submerge, en la faisant sortir par le biais de l’art par exemple et en sachant l’interpréter sans tout de suite vouloir l’endormir par des médicaments ou piqûres. Face à ce qu’on ne comprend pas, on a tendance à faire taire au lieu d’écouter et de tenter une interprétation…


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