Savoir que la vie est dure

La vie est dure. Je le sais depuis longtemps. Rien n’est dû, rien n’est donné facilement, rien n’est permanent. La maladie n’est pas réservé à la vieillesse. Elle peut vous prendre tout très jeune, même si la plupart des gens vivent comme si elle n’existait pas ou était une injustice intolérable. Elle n’est pas une injustice, elle fait partie de la vie.

Les gens cherchent le bonheur, je vends des livres sur ce sujet par dizaines, il en sort chaque semaine de nouveaux. C’est une quête moderne presque obsessionnelle. Beaucoup rêvent à une vie idéale, exceptionnelle.

Mes rêves étaient simples: être en bonne santé, avoir un travail, des gens à aimer. Rien d’extravagant, juste être normale. Je connaissais le prix de ces choses que j’avais perdues. Passer une bonne soirée avec  un livre, s’amuser en dansant à un mariage, rigoler avec un ami. C’était devenu des choses inatteignables. C’était mes rêves. Avoir ce que tout le monde avait. Ces choses auxquelles les gens ne semblaient pas prêter attention.

La vie est dure. Il faut l’accepter, il faut se battre, il faut pleurer et passer à autre chose, pleurer et se relever. Savoir que la vie, c’est aussi ça. Qu’il n’y a pas de joie sans souffrance.

Mon secret du bonheur, c’est d’avoir compris que le bonheur, ça n’existe pas. Personne n’est heureux sans interruption. Ce que j’ai compris, c’est que chaque instant est précieux quand il est agréable,  que les mauvais moments passent comme le reste, que le quotidien c’est ce qu’il faut aimer parce qu’on a rien d’autre.

Ce que la maladie m’a appris, c’est à être satisfaite de ma vie, aussi dure puisse-t-elle être par moment. J’ai appris à profiter du quotidien. J’ai appris à ne plus chercher le bonheur. Je connais mes privilèges, mes chances, et j’en mesure la valeur. La vie n’est pas ailleurs, elle est là, dans les joies simples et les problèmes à affronter.

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11 commentaires »

  1. Sybilline Said:

    Chère Lana,

    Je suis comme toujours très touchée par ton texte. J’aime beaucoup cette partie notamment que j’ai moi-même découverte dernièrement:
    « Personne n’est heureux sans interruption. Ce que j’ai compris, c’est que chaque instant est précieux quand il est agréable, que les mauvais moments passent comme le reste, que le quotidien c’est ce qu’il faut aimer parce qu’on a rien d’autre. »

    Bravo pour cette belle page de philosophie et de sagesse!

  2. Lana Said:

    C’était la minute positive!

  3. loplop Said:

    bien dit, c’est très juste ce que tu nous dis la… marci…;o)

  4. Sybilline Said:

    Chère Lana,

    Besoin de te poser quelques questions, même si je sais que tu n’es pas magicienne et que tu n’as pas forcément réponse à tout. Si tu es inspirée un jour par le sujet de mes questions, je suis preneuse.

    Je me demande pourquoi le mot « amour » est-il à bannir des relations avec quelqu’un qui souffre de cette maladie? Pourquoi n’a-t-on pas le droit de dire « je t’aime » sans se prendre une grosse baffe (symbolique) dans la figure? Pourquoi doit-on cacher un sentiment réel et positif? Pourquoi devoir toujours revenir sur les vieux démons, sur les mauvais moments alors que les bons existent et qu’ils peuvent être un tremplin pour une évolution positive? Pourquoi ces négations successives du passé, présent et avenir positifs? Nier…plus rien de bon n’existe.

    Pourquoi penser qu’amour et illusion sont synonymes? N’a-t-on pas le droit d’espérer, de rêver?

    Pourquoi devoir subir toujours l’épreuve de ces incessants aller retour entre le chaud et le froid, entre le bon et le mauvais, entre le repris et le donné?

    N’a-t-on pas la liberté d’aimer sans être sans cesse rejeter d’avoir osé prononcer ce mot? Pourquoi tant d’interdits?

    Beaucoup de pourquoi et pas beaucoup de parce que…c’est la règle de ces mystères, de ces douleurs qui nous submergent…

    Je ne te demande pas de répondre tout de suite si tu ne le peux. C’était juste des questions importantes que j’avais besoin de dire, puisqu’il faut sans cesse se taire au risque de froisser, d’irriter, de faire jaillir les démons intérieurs…

    Se taire et se résigner…

  5. Sybilline Said:

    Or, je n’ai ni envie de me taire et de me résigner, même si j’ai promis de ne plus ouvrir ma bouche, de ne plus dire ce que je pense, car sinon, c’est la tempête.

    Au moins, je sais qu’ici je peux parler et être entendue.

  6. Lana Said:

    Je ne pense pas que le mot amour est à bannir quand on est schizophrène. Là je crois que tu parles d’un cas particulier, ce n’est pas comme ça pour tout le monde. Je ne peux donc répondre à tes questions.
    Bon courage en tout cas!

  7. Lana Said:

    Le mieux est peut-être de poser les questions à la personne concernée puisque elles sont très personnelles et que seule cette personne peut y répondre.

  8. Alain Said:

    Sybilline, c’est vrai ce que dit Lana, chaque cas est personnel. Il y a des difficultés à aimer pour tous, malades ou pas, mais je pense quand même que quand on est malade, d’une maladie des émotions, comme on dit parfois, tout cela prend un tour plus tragique.

    Au moins, ici, tu peux exprimer ton désarroi, même si tu ne trouves pas de réponses. Je pense que les réponses sont en partie en toi, en partie seulement bien sûr. Se sentir rejetée est certainement douloureux, mais il faut peut être laisser au temps le soin de faire son œuvre. On sait bien qu’il est impossible de forcer l’autre.

    Au moins, ici, ou ailleurs, tu as pu découvrir des choses que tu ne soupçonnais peut être pas, tu as découvert un monde, c’est un enrichissement. Cela ne remplace pas les sentiments mais c’est peut être une forme de consolation.

  9. Sybilline Said:

    Bonsoir à tous les deux,

    Merci pour vos réponses. Je pense qu’il est très difficile d’exprimer ce que je perçois. Je crois que dans cette maladie (ou du moins ce que j’en perçois), j’ai eu l’impression que le siège de l’affect avait été entaillé, mis à mal dans l’enfance ou après. Il y a une souffrance affective. J’ai pu lire ici ou là qu’un des symptômes de la schizophrénie et -ce n’est bien sûr pas le cas pour tout le monde- est le surgissement d’une froideur affective.

    Je la ressens parfois très fort quand ça va mal avec mon ami. Et je le dis d’autant plus que lorsque l’autre va bien, cette rigueur, cette dureté affective n’est pas là. Ce n’est donc pas un trait du caractère de la personne si cela vacille. A certains moments, l’affectivité me semble rayonnante, positive et subitement, elle sombre dans la noirceur du monde. On se sent aimé puis malaimé…Et ce changement peut survenir brutalement sans crier gare.

    Je trouve dommage qu’aucune recherche précise et poussée ne se fasse dans ce domaine. Je crois qu’un des fondements de la psychologie, c’est aussi la sécurité affective. Or, lorsqu’elle n’est pas présente, lorsque l’être a été malmené sur ce plan : de terribles souffrances peuvent surgir…des troubles…Les humeurs changent et la vision du monde peut subitement devenir noire, terrible alors que quelques minutes avant, elle était positive. Je pense d’ailleurs que ce que je décris appartient aussi à ce qu’on appelle la bipolarité.

    J’avais besoin de témoigner sur ce point. Je ne voulais pas généraliser, ce n’était pas précisément mon intention. J’ai eu cependant le sentiment à un moment donné que la maladie engendrait parfois une distance affective, une impossibilité à parler d’amour, une fuite face à ce sentiment. Je ne comprends pas toujours pourquoi, certains éléments m’échappent.

  10. Alain Said:

    La froideur ou ce qui est perçu comme tel est aussi une sorte de retrait du monde pour éviter de souffrir. C’est en tout cas l’expérience que j’en ai, je ne peux pas généraliser. En tout cas, j’ai souvent constaté le contraste entre ce que je vivais et l’impression que je donnais : deux choses presque opposées.

  11. Sybilline Said:

    Je voulais simplement ajouter que j’ai bien sûr discuter avec le principal intéressé, mais sa réponse sonne faux. Quelque chose cloche et c’est donc très frustrant, c’est un peu comme si une partie de la réalité vécue était totalement niée. On me réplique que je m’aveugle sans essayer de m’écouter…c’est pourquoi j’avais tenté de demander conseil.

    On me répond que la personne parfaite existe ailleurs. Je sais bien que c’est illusoire… Il suffit juste de la chercher. Ce serait presque la réponse que Pygmalion aurait pu donner, sauf que lui ne l’a pas trouvée. Il a dû l’inventer! Et à nouveau, on retombe dans la fuite du réel, l’illusion. L’amour réel en est bien sûr banni.


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