Des questions existentielles qui n’en sont peut-être pas

Aujourd’hui, j’ai dit sur un groupe facebook qui n’a rien avoir avec la psychiatrie que la moitié des psy étaient des normopathes. Ca a vexé une psychologue qui me l’a reproché. Ca m’a contrariée toute la journée et me contrarie encore, même si je me suis excusée.

Alors, je me dis, pourquoi cela me contrarie tant? Très honnêtement?

Bien sûr, je suis désolée d’avoir vexé quelqu’un, et c’est vrai qu’on a souvent la critique facile concernant les psy, je peux donc comprendre que ça les excède. Ce n’est jamais agréable d’entendre des généralités sur sa profession, surtout de la part de gens qui n’y connaissent rien, comme elle me l’a dit. Est-ce que je ne connais pas ce monde? Malheureusement non. Donc ce n’est pas ça qui devrait me contrarier. Est-ce que j’ai été gratuitement méchante ou est-ce que je pense ce que j’ai dit? Franchement, oui, je le pense. Je n’ai pas parlé de tous les psy, mais de certains. De plus, comme me l’a répondu la psychologue que j’ai vexée, la plupart des gens sont normopathes, dont ceux qui ont une influence sur la vie des autres, y compris les psy. Finalement, on disait la même chose, de manière différente. Alors où est le problème, pourquoi est-ce que je me gâche la journée à cause de ce banal échange?

Je crois que c’est à cause de l’image que ça me renvoie de moi. Quelqu’un de gratuitement méchant qui fait du mal aux autres. Je pense donc à tous les défauts que j’ai, à ceux dont je ne peux pas me débarrasser, ceux qui font que je ne serais pas aimable, ceux qui prennent le pas sur mes qualités. Finalement, je ne pense pas à la personne que j’ai blessée,  mais à moi. En même temps, je ne sais pas si une personne normalement constituée pense encore à un échange aussi banal une heure après, il n’y a donc peut-être plus aucune blessure. Mais en étant contrariée une journée entière à chaque fois que j’ai un échange de ce type, est-ce que ça fait de moi un monstre d’égoïsme, un désir d’être parfaite dans mes relations aux gens, de ne pas être vue comme quelqu’un de mauvais? Je sais que tout le monde blesse et est blessé, mais j’ai tellement souffert de ce que j’appelais les gens aux dents pleine de sang, parce que le monde me faisait mal, tout le temps, que je me déteste d’être comme eux. Alors, qu’en fait, c’est peut-être juste être normale, comme tout le monde, rigoler méchamment de temps en temps, blesser sans le vouloir. Peut-être qu’il faut l’accepter pour faire vraiment partie de cette société. Ca ne veut pas dire ne pas essayer de ne pas faire du mal, bien sûr il vaut mieux éviter, mais accepter que parfois on se trompe, on est blessant, que ça fait partie des relations humaines. J’aime la solitude parce que c’est reposant, on ne fait de mal à personne, personne ne nous en fait. Mais bien sûr je ne peux pas vivre dans une grotte.

Alors, vraiment, je ne sais pas si mes réactions que je juge démesurées font de moi quelqu’un d’hypersensible ou un monstre d’égoïsme. Je ne sais pas si c’est normal de réagir comme ça ou si c’est dû à mon côté psychotique. Si je sais que ça ne vaut pas la peine de se gâcher la journée pour ça, je ne sais pas si ça vaut même la peine de se poser autant de questions, encore moins d’en faire un article.

C’est le problème avec les maladies mentales, c’est qu’il arrive qu’on ne sache plus si on rumine inutilement ou si on se pose des questions existentielles.

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17 commentaires »

  1. le berre Said:

    Non, ce type de reflexion n’est nullement propre aux psychotiques. C’est plutot lié à mon sens à l’estime que l’on se porte soi même et à la manière dont on s’autorise, ou pas, à affirmer ses opinions. je me retrouve dans tes écrits, je ne suis pas psychotique.

  2. TOCK Catherine Said:

    Bonjour Lana,
    Pour moi,ta réaction est tout à fait normale.Il ne faut pas avoir peur de dire ce que l’on pense et s’en expliquer.Tu as bien réagi mais il ne faut pas s’en rendre malade.Je connais les Psychologues et c’est vrai qu’il n’y en a pas beaucoup de bon.Tu as une grande sensibilité,c’est pourquoi tu te poses trop de questions mais il vaut mieux ça que d’être indifférente.
    Bonne journée !

  3. Sybilline Said:

    Chère Lana,

    Tes articles me font toujours un bien fou. Tu es juste, humaine. Cela fait du bien! Je trouve que tu n’as pas tort dans ce que tu affirmes sur les psychologues. Peut-être cette femme a-t-elle réagi ainsi, car tu touchais sa corde sensible, qu’au fond, elle était un peu normopathe.

    Nous le sommes un peu tous d’ailleurs, surtout quand nous n’avons pas vécu de telles souffrances. Tu me le dirais, cela ne me vexerait pas, car je trouve que tu as raison. D’ailleurs, en ce moment, je me questionne un peu là-dessus et sur le fait que pour avoir un comportement positif face à quelqu’un qui souffre de cette maladie, il faut être créatif et très humain, se remettre vraiment en question et faire des efforts sur soi. Tenter de comprendre l’autre en sortant de notre petit carcan et de la facile vitrine derrière laquelle on peut se cacher en se disant que nous, on va bien. Je trouve que ceux qui assument leur maladie, qui en parlent, qui se soignent sont héroïques. Combien de gens font du mal aux autres, se font du mal à eux-mêmes sans jamais se questionner et se croient normaux en plus? Mes mains ne suffiraient pas pour les compter…

    L’autre jour, j’ai eu la chance de discuter avec une pédopsychiatre et un infirmier en psychiatrie, des gens très bien, passionnés. Ils m’ont dit que cela leur faisait un bien fou de sortir de leur milieu, d’écouter un autre discours, le mien étant influencé évidemment par les lectures de ton blog qui m’enrichissent, m’éduquent en ce domaine. Et je leur ai répondu à un moment que les gens les plus dangereux et les plus méchants n’étaient pas ceux qui se faisaient soigner, mais ceux qui refusaient d’admettre qu’ils étaient malades et faisaient du mal sans jamais se soigner. Ils ont acquiescé unanimement, preuve de leur ouverture d’esprit.

    Tu as eu donc bien raison de dire ce que tu as dit. Je n’aurai pas fait mieux…

    Tes articles me font beaucoup de bien, cela soulage une douleur en moi souvent…preuve que tu es quelqu’un de bien, qui fait du bien. Tu te remets en question, tu réfléchis, c’est la preuve d’une extrême sagesse que bien des gens n’ont pas.

  4. Sybilline Said:

    La pédopsychiatre et surtout son mari, très pointu dans son domaine (l’infirmier) me disaient que ceux qui souffrent de schizophrénie sont rarement dangereux et méchants, qu’ils ont une très belle sensibilité en général. En revanche, il expliquait que ceux qui peuvent faire beaucoup de mal sont les psychopathes. Souvent, il n’y a aucune prise de conscience de leur part…Ils reproduisent puissance 10 les souffrances qu’ils ont vécues et peuvent passer à l’acte.

    De toute façon, je pense que tu vas beaucoup mieux et que tu sembles sortie de tout cela maintenant. Tu es actuellement dans un travail d’aide aux autres, à ceux qui ont encore la tête sous l’eau. Et il faut dire qu’il y a du boulot, car la psychiatrie en France est archaïque et c’était encore l’infirmier qui l’affirmait. Je suis évidemment d’accord avec lui.

    En fonction des gens, les sons de cloche sont différents…

  5. émilie Said:

    Bonjour Lana, ton texte m’a beaucoup émue.
    D’abord je tiens à te dire que c’est beau de lire un article de toi aussi personnel.
    Je me souviens d’une phrase de mon psy qui m’est restée ,  » les gens psychotiques guéris sont des illuminés » dans le bon sens du terme, c’est à dire éclairés, hyper conscients.
    pour moi la réaction de cette psy, bien que très humaine, n’a pas lieu d’être, parce que qu’ils me semble que la première qualité du psy doit être l’humilité; en effet, comment quelqu’un dont la fonction est d’aider les gens peut remplir sa fonction avec un égo non maitrisé?

    Ensuite, cette personne dit que tu n’y connais rien, je ris sous cape, car vaincre en partie ou complètement la maladie mentale, n’est ce pas au contraire, s’y connaitre mieux que personne? j’ai fait trois ans de psy en fac et c’est avec un mélange d’amertume, de jalousie, et de révolte que je pense aux trois quarts de gens de l’amphi théâtre qui sont peut être devenus psys…alors que malgré toutes leurs méthodes et leurs stages et leurs années d’études ils n’y connaissent rien, rien à la vie, rien des tourments d’une âme qui se perd et se récupère; je l’ai constaté, de mes yeux. J’ai eu une psy comme ça, une jeune, pas nulle, pas méchante, mais voilà, à chaque fois fallait que je fasse attention à son égo; j’ai laissé tomber, elle ne me faisait pas de bien. Quant à ta réaction, elle me semble plus que normale! une réaction d’hypersensible,de personne avec une grande intelligence, des valeurs morales, et une grande force d’empathie. Je ne te dis pas ça pour te brosser dans le sens du poil, je pense juste que c’est la vérité.

  6. udgg Said:

    c’est un compliment de se voir traiter de normopathe. Cette psy aurait dû te remercier car qu’est-ce qu’un psy sinon un professionnel de la normopathie. Aucun schizo ne s’offusquerait d’être traité de schizo que je sache ? Cette psy est probablement une déviante qui devrait changer d’orientation. Je suggère gardienne de prison ou maître-chien-dresseur

  7. udgg Said:

    ce qui empoisonne la vie des schizos c’est précisément la normopathie. Les psys ne sont d’aucune aide, schizophrénie et normopathie sont antinomiques

  8. udgg Said:

    j’apprends sur wikipédia que le parangon de la normopathie n’est autre qu’Adolf Eichmann. Vous vous souvenez de l’idée de départ: la guérison. Avec oncle Adolf c’est possible ?

  9. udgg Said:

    si quelqu’un vous brosse tellement fort dans le sens du poil jusqu’à vous décoller la peau, c’est vraisemblablement qu’il s’agit d’hyper-normopathicus

  10. udgg Said:

    « guérir après Eichmann ». C’est le titre que je propose pour le roman autobiographique d’Oedipe La Chaise

  11. Lana Said:

    Merci à tous pour vos messages, ça me fait plaisir. Je me suis expliquée avec la psychologue, qui en a marre d’entendre des préjugés sur son métier dans certains milieux, ce que je peux comprendre, c’est un peu la même chose avec les libraires et c’est fatiguant. Je n’ai pas été vexée qu’elle dise que je n’y connaissais rien puisqu’elle ne connaissait pas mon histoire.Je pense que c’est quelqu’un de très bien, qui doit bien faire son boulot et n’a vraiment pas l’air d’être normopathe 😉 ! J’ai tendance à beaucoup ruminer pour le moment, heureusement j’ai mon travail pour me changer les idées.

  12. olivier Said:

    j’ai découvert à mes dépends que mes congénères, mes semblables humains, était doté de sadisme (de méchanceté ?) et que la folie n’aidait en rien a comprendre la métaphysique, je comprends pour cela ton billet d’humeur…Mais je ne cèderais à la méchanceté que si le besoin s’en fait sentir parce qu’une société de gens qui se blessent entre eux involontairement, inconsciemment pourrait on dire, est une société de cons…Et puis je suis passé par un exercice difficile de solitude qu’on nomme ermitage, et je crois bien que la mysanthropie n’est po très loin non plus… je ne saurais appréciée qu’une solitude empreinte de sobriété heureuse… bonne continuation a toi Lana…

  13. Lana Said:

    Je ne dirais pas que c’est être con que de se blesser involontairement. Tout le monde a une sensibilité différente, parfois on dit quelque chose qui nous semble anodin mais touche quelque chose de douloureux chez la personne en face. Je pense que c’est inévitable, simplement parce qu’on ne sait pas tout ce qu’il y a dans le coeur es autres, qu’on croise des dizaines de personne chaque jour. Peut-être que le principal est de savoir s’excuser, écouter ce que l’autre à à dire.

  14. olivier Said:

    oui je comprends… les choses sont plus complexes que ca…mais je ne sais po c peut être l’orgueil qui me pousse a çà je crois que je n’ai po à m’excuser moi qui fait l’effort de comprendre l’autre quotidennement (et ce bien que je sois malade) quand celui ci me blesse involontairement…a moins que ce ne soit du bon sens…cela dit oui je comprends ton propos… Très juste me semble t il et éclairé (?)… moi ces temps ci (je viens de faire une rechute il y a qq semaines) j’en veux un peu à la terre entière, il ne me reste plus qu’à retrouver le fil de ces pensées salvatrices qui sont les notres… excuse moi si j’ai été un peu confus dans le post d’avant…

  15. Autiste Said:

    Bonjour,

    Ça plaît : tant mieux. Ça ne plaît pas : tant pis.

    http://en-quete-de-declics.fr/index.php?declic=quete&autisme=Mon-bebe-n-est-pas-comme-les-autres-bebes

    La suite ?
    C’est parti !
    http://en-quete-de-declics.fr/index.php?declic=quete&autisme=Psychose-vous-avez-dit-psychose
    Au plaisir de vous lire dans les commentaires.

    Bien cordialement,
    Une personne autiste.

  16. Lanza Said:

    Se poser des questions existentielles de ce genre-là est aussi un symptôme d’une non-maladie mentale qu’on appelle entre autre choses le «haut potentiel», et il ne serait pas complètement incongru de penser que vous puissiez en être atteinte, si j’en crois ce que je lis sur ce blog.

    Vous pourriez éventuellement creuser la question, si vous ne l’avez pas déjà fait, c’est un autre domaine assez vaste à explorer, et qui croise pas mal de maladies psy.

  17. Lana Said:

    On m’a déjà fait cette remarque, mais je n’ai jamais vraiment creusé la question.


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