Le petit HP dans la prairie et autres péripéties banales

J’ai appris plein de choses très intéressantes sur la psychiatrie aujourd’hui.

D’abord que la schizophrénie est une maladie biologique car due à un problèmes de neurotransmetteurs. Moi qui croyait qu’on n’avait aucune explication totalement satisfaisante, me voilà rassurée, le progrès est en marche.

Ensuite, que chercher un psychiatre est un parcours du combattant. Et que chercher un nouveau psychiatre est un sacrilège. Bon, ça, ce n’est pas comme si je ne le savais pas, mais jusqu’ici je croyais que c’était la faute à pas de chance. J’avoue que je suis difficile: je ne veux pas un psy muet, ni froid et j’aimerais qu’il soit un peu critique envers la psychiatrie pour comprendre mon traumatisme. J’ai un nom, je me dis bon, ça va aller, mais non, elle ne prend plus de patients. Bon, ça se comprend. J’ai un deuxième nom, alors j’appelle, et la secrétaire me dit en soupirant que son agenda est plein pour les semaines à venir. Pas grave, j’ai le temps.  Vous ne voulez pas allez dans un autre centre?. Non, j’insiste, je voudrais un rendez-vous avec elle, c’est pas comme si ça ne faisait pas quinze jours que j’en parle avec mon généraliste. Bon, motif de la consultation? Je suis obligée de raconter ma vie au téléphone? Parce que je suis au travail là et pas seule. En résumé, je cherche un nouveau psychiatre. Ah ah, que n’ai-je pas dit! Ah, mais vous avez déjà un psychiatre!! Euh, j’ai juste dit que j’en cherchais un nouveau, donc peut-être que l’autre est mort, retraité, parti ou que j’ai moi-même déménagé. Ou peut-être que j’ai juste envie de changer de psychiatre, il ne me semble pas être mariée avec l’ancien, ni avoir signé un contrat d’exclusivité, et je ne vois pas pourquoi je devrais me justifier auprès d’une secrétaire médicale que je n’ai jamais vue et au téléphone en plus. Aucun autre médecin ne demande jamais pourquoi et au nom de quoi il nous vient à l’idée de demander un rendez-vous alors qu’on a déjà vu un de ses confrères il y a deux ans. Il faut croire que les psychiatres se transmettent leurs patients eux-mêmes, et que faire une demande spontanément est hautement suspect. Bref, on va voir, et on va « sûrement » me rappeler. Sous-entendu: ou pas. Ma parole, c’est pire qu’un entretien d’embauche. A partir de combien de temps dois-je comprendre que ma candidature est rejetée? Mystère. Vouloir un psychiatre pour soigner ses traumatismes et devoir les réveiller pour ça, c’est à se demander s’il est bien raisonnable de persévérer dans cette voie.

Et enfin, j’apprends des choses merveilleuses sur le monde magique de la psychiatrie: les chambres d’isolement permettent en réalité de ne pas donner trop de médicaments aux patients. Oui, une fois sur mille, sans doute. Mais bon, c’est toujours bien d’avoir des chouettes raisons à des trucs moches, même si la réalité n’a rien à voir, ça fait scientifique et bien intentionné. J’apprends aussi que l’hôpital psychiatrique de la région est situé dans un environnement si splendide qu’un patient totalement révolté d’être interné peut se calmer instantanément devant la spectacle de Mère Nature et surtout que, dans cette riante contrée, les patients ramassent  des châtaignes avec une joie évidente. Que tout cela est si beau qu’il faudrait en faire un livre entier. J’avoue, ça a failli m’arracher une larme d’émotion et j’en viendrais presque à regretter qu’on ne puisse plus passer sa vie entière à l’HP.

Voilà le résultat de ma journée: la schizophrénie, c’est simple; l’HP, c’est merveilleux, mais demander un simple rendez-vous, c’est demander la lune.

 

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8 commentaires »

  1. Sybilline Said:

    Bonjour Lana,

    Ce que tu dénonces concernant l’impossibilité (ou presque) de changer de psychiatre est effectivement incroyable. Ils doivent se cacher derrière les règles de la déontologie et ont peur de la concurrence qui peut introduire une remise en cause de leur diagnostic. Cela les dérange qu’on puisse pointer du doigt leur faiblesse.

    De surcroît, on note qu’il manque des professionnels dans cette spécialité qui n’est pas la plus prestigieuse. Je te dis cela de source sûre puisque c’est une pédopsychiatre qui m’en a parlé qui vient de Roumanie et travaille en France, parce qu’on en manque dans les hôpitaux. La plupart préfèrent partir dans le privé où ils sont mieux rémunérés. Quand je disais que l’argent était aussi un moteur! Il se peut également que leur condition de travail soit meilleure.

    La psychiatrie fait partie des spécialités qui sont peu prises et dans les dernières de la liste. La spécialité la plus demandée, c’est la cardiologie!

    En effet, je pense qu’elle demande une vraie polyvalence et que la formation n’est pas très bonne, car elle ne se focalise que sur les médicaments. Et là encore, c’est suite à la discussion avec cette même personne que je l’ai appris. Elle voulait être neurologue, mais comme il n’y avait plus de place, elle a fait pédopsychiatrie… Tout est question de place et de niveau scolaire, c’est très compétitif et loin de nos beaux idéaux…

    Je reste persuadée qu’un bon psychiatre est quelqu’un qui a des bases en philosophie, éducation, science et qui croit en la guérison de ses patients. Il doit être chercheur aussi, car on voit bien qu’on ne sait pas soigner la schizophrénie. Il y a quelques pistes, mais encore très fragiles.

  2. Sybilline Said:

    Par ailleurs, je ne pense pas qu’il faille mettre les gens au milieu d’un beau parc afin qu’ils ramassent des châtaignes pour les soigner. En revanche, je reste persuadée (le livre « L’âme et la vie » de Jung m’a mis sur la voie ainsi que mes propres intuitions) que le fonctionnement du psychisme est très proche du fonctionnement de la nature (de celui des plantes par exemple).

    Mieux comprendre les lois de la nature, c’est probablement aussi être capable de mieux saisir le fonctionnement du psychisme humain.

    De nombreuses plantes poussent avec un tuteur. Sans lui, elles tombent et ne grandissent jamais. L’être humain sans éducation pousse mal… Elles ont chacune leur loi pour s’épanouir. Si on ne respecte pas l’exposition (soleil ou non, vent ou pas), la richesse de la terre, elles meurent. Je me suis plongée dans cette exploration et je peux te dire que ça m’a donné de sacrées leçons de vie bien plus que la morale qu’on a toujours essayé de m’inculquer par la force. Là, on voit concrètement que si on ne fait pas bien les choses, les plantes tombent malades, faiblissent et dépérissent. Si on manque de rigueur, on fait les choses à moitié, on ne travaille pas assez, la maladie prend le dessus et on ne récolte rien de ce qu’on a semé à la va-vite. Le jardin, c’est l’école de la patience tout comme la vie…Il faut quelques ingrédients essentiels: la patience, l’amour de ce qu’on fait et le travail.

    Un être humain pour bien grandir, en pleine santé doit recevoir les mêmes choses…Combien de parents faillissent à leur tache parce qu’ils ne savent pas, parce qu’ils n’y arrivent pas?

    L’exemple de ma grande tante est assez évident et montre toutes les erreurs de la psychiatrie. Sa fille se fait faire un enfant toute seule en Espagne (caprice que la science moderne permet aujourd’hui!), les lois de la bioéthique l’interdisent en France…Elle revient et comme elle n’a pas d’homme, c’est son propre père qui joue le rôle de père pour son enfant. Au niveau psychanalytique, il y aurait beaucoup à dire…

    Ma grande tante fait une dépression, car son mari la délaisse…Les psychiatres ne s’intéressent aucunement à son histoire familiale (pourtant essentielle pour comprendre sa dépression), ils lui prescrivent une série d’électrochocs qui brûlent une partie du cerveau des sensations (les bonnes comme les mauvaises!). Le tour est joué, la raison, la science a réussi à la faire vivre. Mais à quel prix…Elle a des trous de mémoire maintenant! Ce qui compte, c’est de faire vivre à tout prix, même si la qualité de la vie en est altérée.

    Quand j’en ai parlé à la pédopsychiatre que je connais, elle m’a répondu que sans cette intervention, les gens meurent. On n’a donc pas d’autres solutions. Et la thérapie familiale?

    Tout cela pour dire que si on écoutait un peu plus les lois naturelles qui régissent l’être humain: un père, une mère pour un enfant, si on vivait de façon moins artificielle en se cachant toujours derrière les inventions humaines (comme les médicaments) s’il y avait un peu plus d’intelligence du cœur, les choses iraient bien mieux…

    Mais tout est question d’équilibre évidemment…Montaigne parlait d’un esprit sain dans un corps sain, essentiel à la construction d’un être humain.

    Je ne dis pas que les médicaments ne servent à rien. Ils peuvent soulager lorsqu’ils sont correctement administrés. Par contre, prétendre soigner quelqu’un uniquement avec cette méthode est un véritable leurre…C’est bien ce que propose en premier lieu la psychiatrie aujourd’hui et elle prétend soigner.

    Je te copie-colle une partie de l’article que j’ai rédigé sur un très bon psychiatre (il en existe heureusement, Benedetti ,et que j’ai connu grâce au livre que nous a conseillé ici):

    « La psychose et le processus d’individuation

    Les psychoses « font essentiellement partie, même si c’est sur un mode tragique, de l’individualité de l’homme et nous aide à comprendre celui-ci, tout comme, à l’inverse, le patient contribue s’il y a partage, à notre propre individuation. » Benedetti La Folie en partage. La maïeutique, terme utilisé par Socrate, est l’art de faire accoucher les esprits qui peut être à l’origine de l’individuation. Cette notion renvoie à la réalisation de soi.

    Selon Benedetti, la schizophrénie mobilise chez l’individu psychotique l’angoisse existentielle qui gît en chaque homme. Cette angoisse, c’est celle de la naissance et de la séparation, de la perte de la fusion avec le monde, de la perte de la symbiose intra-utérine. Ce traumatisme fondamental participe à une nouvelle création du soi, lequel se constitue précisément grâce à ses pertes. La psychose, selon ce psychiatre, » représente une contribution à la connaissance de l’homme. »

    Pour ceux qui veulent lire l’ensemble de l’article, il se trouve ici:

    http://folieetespoir.over-blog.com/2014/04/la-psychose-selon-benedetti.html

    C’est dans la préface de cet ouvrage que j’ai pu voir que la philosophie (réflexion sur l’équilibre, la sagesse, la gestion de ses émotions) pouvait beaucoup aider la psychiatrie. J’en suis convaincue! Elle participe à l’éducation d’un être humain aussi, c’est pourquoi je m’y penche pour moi-même et les autres.

    Bonne journée. Mon message est interminable…Désolée! J’ai préféré développer pour éviter qu’on caricature ma pensée.

  3. Lana Said:

    Merci pour ton point de vue, même si je ne le partage pas, les familles à la LMPT étant aussi pathogènes que les autres, par exemple.

  4. Sybilline Said:

    Chère Lana,

    Pourrais-tu préciser ce que tu entends pas LMPT et pourquoi tu parles des familles qui sont pathogènes. Je n’ai pas tout saisi.

    L’idéal serait de proposer des ateliers divers dans ces endroits avec des gens qui viendraient de l’extérieur. Je pense qu’on développe des habitudes qui ne sont pas bonnes lorsqu’on est soignant et qu’on vit en permanence avec des personnes qu’on n’arrive pas toujours à gérer.

    De plus, ce que je trouve dommage, c’est qu’on met tout le monde dans le même panier, sans distinction. Or, certaines personnes sont plus ou moins malades et ce degré est important à considérer. L’uniformisation n’est pas bonne. Les soignants n’ont pas toujours le sens de la nuance.

    Je pense par exemple qu’on ne devrait pas avoir le même comportement avec quelqu’un qui délire en permanence et avec d’autres personnes qui sont beaucoup plus lucides. Les soins ne sont normalement pas les mêmes. Il faut aussi créer des endroits où l’affection nait entre les malades et le soignants. Les relations sont souvent trop froides. Une des principales motivations vient de cette énergie positive du cœur.

    Dans l’armée, par exemple, on a mis en place un système dans lequel les gens créent du lien, forment comme une famille pour renforcer la cohésion. Quand l’ambiance est bonne, qu’on est soudé, le travail n’en est que meilleur.

    Or, en hôpital psychiatrique, j’ai le sentiment qu’il y a d’un côté les malades, de l’autre, les infirmières ou les aide-soignant et que le lien ne se fait pas assez.

    Bonne journée.

  5. Lana Said:

    Je parle de La Manif pour Tous, puisque tu dis que tout irait mieux si les enfants avaient un père et une mère et que c’est la vision qu’ils défendent. Or, ces familles sont aussi pathogènes que les autres, je ne sais pas comment mieux expliquer. Ce n’est pas parce qu’il y a un père et une mère qu’il n’y a pas de problèmes dans ces familles ni que ces problèmes seraient réservés aux familles non traditionnelles.
    Quant à l’exemple de l’armée, ça ne me semble vraiment pas un idéal à atteindre, quand on sait tous les problèmes qui existent en son sein, notamment d’humiliations et d’agressions sexuelles.

  6. Sybilline Said:

    Je suis tout à fait d’accord sur le fait que la famille soit pathogène, c’est d’ailleurs ce que je disais aussi au-dessus. Je crois même que de nombreuses souffrances trouvent naissance dans la famille traditionnelle ou non. Je viens de terminer Marc Dugain « Avenue des Géants » qui en parle (tiré d’une histoire vraie, celle du criminel en série Ed Kemper): « La famille est le principal terrain de fermentation de la criminalité » (p.362 du livre de poche). L’auteur a pris le parti d’expliquer le mal-être du criminel en série (aujourd’hui enfermé dans une prison américaine) par sa mère qui le dénigrait en permanence et qui lui aurait dit qu’elle était la première femme à avoir fait une fausse couche menée à son terme. Elle détestait les hommes et son fils en particulier. Elle n’a jamais su lui dire un mot gentil. C’est terrible de voir qu’une mère peut avoir autant de propos assassins envers sa progéniture.

    Je pense que nous ne nous sommes pas bien comprises. Pas facile de s’exprimer à l’écrit. Il se peut que je manque de clarté et que mon message ne passe pas du coup… Avec le temps, peut-être…

    Concernant l’armée, il y a effectivement des cas où cela se passe mal, mais j’ai connu cette cohésion aussi et j’ai vu que certaines valeurs étaient positives pour les avoir vécues, puisque le père de mes enfants y a été pendant plusieurs années. L’ambiance était bonne. Il y avait un esprit de corps que je n’ai jamais rencontré ailleurs, un sens de l’ordre et la justice, mais il est sûrement bien tombé.

    Cela dit, comme dans toute discussion, il faut peser le pour et le contre et il n’y a pas de vérités. On peut trouver des exemples complètement contradictoires.

  7. gecka Said:

    « Motif de la consultation » Mouaaaaaaaaaaaah !
    Ces secrétaires n’ont aucune notion de respect de l’intimité. Idem d’ailleurs pour l’accueil gynéco de l’hopital (je plaisante pas).

  8. Lana Said:

    Une amie a carrément dû expliquer sa problématique pendant dix minutes à la secrétaire d’une psychologue avant que celle-ci juge que ce n’était pas assez grave pour qu’elle lui donne un rendez-vous!


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