Réponses à quelques préjugés

Les personnes souffrant de maladies mentales entendent souvent les mêmes réflexions. Voici mes réponses à quelques unes d’entre elles.

« C’est dans ta tête »

Oui, c’est pour ça qu’on appelle ça une maladie mentale. Ca ne veut pas dire que c’est une maladie imaginaire. Dans ma tête, il y a un cerveau, c’est un organe très complexe qui peut parfois partir en vrille.

« Tu as lu un livre sur la schizophrénie et depuis tu t’imagines que tu as les même symptômes »

Les symptômes d’une maladie mentale n’apparaissent pas sur commande, la folie ne se choisit pas. Et puis ça n’a rien de drôle, je ne vois pas pourquoi je provoquerais moi-même ce genre de symptômes. Je préférerais être en bonne santé.

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« Les médicaments, c’est pas  naturel, c’est dangereux, tu devrais arrêter »

Et pourquoi ne dis-tu pas la même chose à quelqu’un qui a une maladie somatique? C’est vrai, ce n’est pas naturel, et si tu veux tellement vivre de façon naturelle, pourquoi tu ne jettes pas ton portable, ta tablette, ton frigo et ta machine à laver? C’est vrai, ça peut être dangereux, comme tous les médicaments, mais ils sont bien moins dangereux que la schizophrénie. Je ne vais pas subir une maladie grave et mortelle dans 10% des cas pour éviter le danger potentiel des médicaments.

« Tu ne peux pas être schizophrène, tu serais plus malade que ça »

Apparemment, tout le monde a un don inné pour la médecine et les diagnostics, on se demande pourquoi les psychiatres font autant d’années d’études. Déjà, tu ne m’as pas vu quand j’étais en crise. Ensuite, je ne parle pas de mes symptômes à tout le monde (voire à personne). Et puis, depuis un petit temps, on a inventé les neuroleptiques et la psychothérapie, et il se trouve que ça marche pour certaines personnes. Non, toutes les personnes touchées par une maladie mentale ne sont pas enfermées dans un HP. Et oui, quoiqu’on en dise, il arrive qu’on s’en sorte. Ca n’invalide pas le diagnostic pour autant.

« Tu te définis à travers une maladie »

Non, je  suis beaucoup d’autres choses. Mais oui, parfois, j’ai envie de parler de la maladie. Oui, elle fait aussi partie de ce que je suis. Je me demande pourquoi personne ne me dit que je ne me définis que par mon métier quand je parle boulot.

« Pourquoi tu te dis encore schizophrène alors que tu vas mieux? »

Parce que je prends toujours un traitement, que j’en subis les effets secondaires et que j’ai encore des symptômes. Donc, je vis toujours avec cette maladie.

« Tu t’enfermes dans un ghetto » (à propos des forum internet ou des associations d’usagers)

Désolée que tu te sentes exclu parce que, de temps en temps, après une journée boulot avec des gens « normaux », j’ai envie de discuter avec des personnes qui vivent la même chose que moi et me comprennent. Je ne crois pas que le sujet de la schizophrénie t’intéresse beaucoup, donc c’est quoi le problème exactement? Que je ne me contente pas de vivre dans un monde où mon vécu n’a pas droit de cité? Que j’ai besoin de cet espace pour pouvoir vivre, la majorité du temps, dans le monde « normal »?

« Très calée, pour une psychotique »

Avoir une maladie mentale ne veut pas dire être bête. Si la maladie nous fait parfois voir les choses de façon biaisée, ça ne veut pas dire qu’on a perdu notre intelligence pour autant.  Si on est ralenti, la plupart du temps c’est à cause des médicaments. Si on est bête à la base, la maladie ne fera pas de nous un génie, si on est intelligent, on ne deviendra pas stupide.

« Je ne suis pas d’accord avec toi, tu dois délirer »

On ne délire pas tout le temps. Etre schizophrène fait aussi voir la vie autrement, et ça n’a rien de délirant. C’est juste un autre point de vue.

8 commentaires »

  1. Flo Said:

    Bonjour
    J’ai découvert votre blog il y a peu mais j’y suis assidu grâce à la qualité de vos réflexions et de votre plume.
    Je me sens concerné par cette réponse face aux préjugés bien que n’étant pas schizo mais bipo et petit ami d’une personne atteinte de schizophrénie paranoïde.
    Ces préjugés sont mon lot quotidien et vos réponses sont à la hauteur de cette xénophobie ambiante contre les malades psy.

    Bonne continuation.

  2. Lana Said:

    Merci! Oui, ces préjugés sot connus de toute personne souffrant de maladie mentale, et certains touchent aussi les gens avec une maladie somatique ou un handicap.

  3. gecka Said:

    Bonjour, cela me donne l’envie (furieuse) de dire les réflexions stupides que l’on entend quand on est conjoint de malade psy. Voici ce que l’on me dit, SANS ARRET (c’est dans la même veine que ce que tu écris) :

    – Qui tu es toi pour dire qu’il est malade ? T’es pas psy que je sache ?
    (Même une fois confirmé par un thérapeute)
    Je suis juste la personne aux premières loges de ses délires, mais à part ça non, je dois être mal placée pour dire qu’il est malade.

    – Tu te sers de sa maladie pour ne te remettre en question sur rien.
    Et qu’est-ce que vous en savez vous du sentiment de culpabilité et d’impuissance que je ressens ? Du sentiment de torture à se demander ce qui est vrai dans toutes ses accusations ?!! Des regrets, des « si j’avais agi ainsi, on en serait pas là… j’aurais dû, j’aurais pas dû… » ???

    – Vous avez un problème de couple, tout simplement.
    Vous avez déjà tenté de vivre avec un homme adorable, amoureux, généreux et enthousiaste un jour, puis haineux, méfiant, persécuté et déprimé quelques temps plus tard ?
    Vous savez ce que c’est que de tenter de consoler un homme en pleurs sans comprendre son mal ? Puis de devenir la cible de sa rage, de son désespoir et de son délire ? De l’entendre dire « je t’aimerai toujours, sache-le » et ne pas le reconnaître 10 jours plus tard ? Ou plutôt que lui ne vous reconnaisse plus comme étant la femme qu’il disait tant aimer ? De voir dériver la personne la plus proche de vous et ne pouvoir rien faire ? Non, vous connaissez pas ? Alors ne réduisez pas la place du « témoin de crise » à un simple acteur de « dispute », de grâce !

    – Y’a pas besoin d’être schizo ou autre pour se comporter en ordure, je vois pas pourquoi tu dis qu’il est malade.
    Non, c’est sûr y’a des pourris de tous genres. Mais vous avez déjà eu la sensation de voir quelqu’un avec la rage ? Non, pas la grosse colère, l’épidémie. Là, où la personne perd notion de la réalité, et se met à croire que vous lui voulez du mal, que vous complotez pour lui nuire, et tout ça sans raison. De voir que rien ne stoppe son délire, sa paranoïa, de l’entendre dire « je dois me défendre » d’un mal qui n’existe pas…

    – Tu lui trouves des excuses, dépêche-toi de tourner la page, je ne comprends pas que tu sois si accro.
    Je ne suis pas accro, je suis normale. J’aimais un homme sincèrement, nous avons un bébé, une petite famille, et étions prêts à partir en vacances. Et BOUM ! ou plutôt PATATRAS devrais-je dire, tout est parti en live : crises d’angoisse, paranoïa, accusations, rejet, fuite, victimisation, attaques…. Entre la dernière fois qu’il m’a dit qu’il m’aimait et qu’il ne voulait pas tout faire foirer et aujourd’hui, où il me traite en ennemie (je suis obligée d’envisager le tribunal par peur qu’il embarque notre bébé), il s’est passé… 2 mois.
    Et en deux mois, je dois le zapper, alors que je sais qu’il est malade ? Mais c’est un truc de malaaaade !!!

    – C’est pas parce qu’il est malade qu’il peut pas décider en son âme et conscience. T’as pas à décider à sa place.
    Ok, alors qui croire ? Le mec qui me disait y’a 3 mois (moment de trêve dans son délire) que le « vrai lui c’était celui qui était calme et gentil, et non le gars violent », qu’il tenait à moi et souhaitait le bonheur de notre petite famille. Ou celui qui m’a dit y’a 1 mois, froid et sans émotion, que mes sentiments l’importaient peu, que je l’avais forcé depuis le début dans notre relation, qu’il n’avait pas voulu d’enfant ?
    Oui, je le laisse décider. De tout détruire, de me nuire, de me critiquer auprès de sa famille. De nier qu’il est malade. De laisser ce délire de persécution prendre toute la place dans sa vie.

    – Tu réduis sa personne à sa maladie.
    Je ne le réduis pas, j’essaie de comprendre. J’ai été la seule personne de son entourage à l’aimer, à l’accepter, tout en sachant qu’il est malade. Ses parents, eux, continuent de nier son état et encouragent son délire. Ils réduisent sa personne et notre relation à ces derniers mois, qui oui, ont été délirants et tragiques. Quoi que l’avenir réserve, je refuse de réduire sa personne et nous à cet enfer sur terre que nous sommes en train de vivre. Il a oublié qu’on s’aimait, mais moi j’ai une mémoire.

  4. Lana Said:

    Je viens de lire l’article sur ton blog, justement. Parfois les commentaires passent dans les spams, mais je les rétablis dès que je viens sur le blog. Merci pour ce texte, où voit que les préjugés sont définitivement la chose la mieux partagée au monde!

  5. gecka Said:

    Merci à toi Lana, te lire m’aide à comprendre bcp de choses 🙂

  6. […] Réponse à un article : https://blogschizo.wordpress.com/2014/05/04/reponses-a-quelques-prejuges/ […]

  7. oeilsauvage Said:

    Bonjour, j’aimerais bien rentrer en contact avec vous…

  8. Lana Said:

    Vous pouvez m’écrire à cette adresse: schizo.sosblog@yahoo.fr


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